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Menacée avec une « machette » par son présumé proxénète

Une femme de 35 ans qui se serait retrouvée sous le joug d'un proxénète affirme qu'il l'a menacée avec une « machette » pour l'obliger à avoir un rapport sexuel non protégé avec lui. Le procès d'Emmanuel Stark lève le voile sur la grande vulnérabilité des femmes dans la rue, au palais de justice de Montréal.

Un texte de Geneviève Garon

« Si j'ai le choix entre mourir et me faire baiser, je choisis de me faire baiser », a affirmé sans hésitation la présumée victime dont l'identité est protégée par le tribunal. La trentenaire est sans domicile fixe, consomme du crack et de la cocaïne et fait de la prostitution et « des petites jobines ».

Sa nervosité était évidente, jeudi, alors qu'elle racontait à la juge Anne-Marie Lanctôt l'agression qu'elle aurait subie le soir même de sa première rencontre avec l'accusé Emmanuel Stark. Elle a même dû prendre un calmant pendant son témoignage pour mieux rassembler ses idées.

Du sexe en échange de la drogue

Elle aurait rencontré le vendeur de drogue surnommé « Pacman » près du métro Berri-UQAM au centre-ville de Montréal. « C'était un nouveau pusher, je ne le connaissais pas. Il m'a donné de la roche, je l'ai trouvée bonne. Je suis allée faire de la prostitution pour pouvoir m'en payer », a-t-elle expliqué.

Il l'aurait ensuite invitée chez lui et aurait verrouillé la porte de l'intérieur derrière elle. Elle lui aurait offert des faveurs sexuelles en échange de drogue puis il l'aurait menacée avec un couteau en exigeant d'avoir une relation sexuelle sans condom.

« Je ne voulais pas, mais quand quelqu'un brandit une machette, tu le fais », a-t-elle soutenu. Terrorisée, elle aurait passé la nuit chez lui, n'ayant pas la clef pour déverrouiller la porte.

Dans les semaines qui ont suivi, elle se serait prostituée et lui aurait remis l'argent en échange de drogue. Il l'aurait aussi menacée afin qu'elle lui remette son chèque d'aide sociale. Un soir, « il a disjoncté » a-t-elle raconté, et lui aurait asséné trois coups de poing à l'oeil, lui occasionnant des fractures à l'arcade sourcilière.

La femme a par la suite trouvé refuge dans une maison d'hébergement.

Plusieurs femmes brutalisées

En janvier 2017, une employée de la ressource d'aide a communiqué avec la police après que plusieurs femmes se soient plaintes d'avoir été battues, séquestrées et menacées avec un couteau.

« Le nom qui revenait tout le temps était Pacman », a témoigné la coordonnatrice Ann-Gael Whiteman, selon qui il semblait y avoir un « prédateur » qui ciblait des femmes vulnérables.

Elle soutient que la clientèle « très fragile » du centre était récalcitrante à porter plainte auprès des autorités.

Une deuxième présumée victime a accepté de collaborer et témoignera au procès. Une femme dans la trentaine qui aurait subi un avortement après avoir été agressée sexuellement par Emmanuel Stark.

L'homme de 44 ans fait face à 20 chefs d'accusation de traite de personnes, proxénétisme, séquestration, agression sexuelle armée, voies de fait, menaces et trafic de drogues entre le 1er décembre 2016 et le 8 février 2017. S'il est reconnu coupable de traite de personnes, il écopera d'un minimum de quatre ans de détention.

Emmanuel Stark doit aussi subir un procès en lien avec une troisième présumée victime de proxénétisme, dont certains faits remonteraient à 1995.

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