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Meurtre de Daphné Boudreault : l'accusé « abandonné » avec des problèmes de santé mentale

Les proches d'Anthony Pratte-Lops, 22 ans, accusé du meurtre de son ex-petite amie, Daphné Boudreault, affirment qu'il souffrait d'importants problèmes de santé mentale depuis sa plus tendre enfance. Ils en veulent au système de santé qui les aurait « laissé tomber ». Leur témoignage jette un éclairage nouveau sur un possible drame conjugal survenu il y a trois semaines.

Un texte de Geneviève Garon

Lorsque Radio-Canada arrive à l'improviste chez Lorraine Guertin, en Montérégie, elle ouvre la porte de sa maison avec l'oreille collée sur un téléphone sans fil. Le coeur serré, c'est la première fois que la retraitée reparle à son « gros toutou » depuis qu'il est derrière les barreaux à la prison de Sorel.

Anthony Pratte-Lops a été arrêté le 22 mars à son appartement de Mont-Saint-Hilaire. Il est accusé d'avoir tué son ex-petite amie des deux dernières années, Daphné Boudreault, après qu'elle l'eut quitté.

Lorraine Guertin a côtoyé pendant plusieurs années Anthony Pratte-Lops lorsqu'il était adolescent. Elle garde le souvenir d'un grand gaillard apprécié de tous, qui a été toujours été doux avec elle. Il lui serait arrivé cependant de perdre le contrôle de lui-même.

« Il disjonctait, il devenait agressif et n'était pas contrôlable », se souvient-elle.

« Ça fait 5 ans qu'on essaie de le faire évaluer »

Monique et son mari connaissent également bien Anthony. Il l'ont côtoyé pendant près de 14 ans. Dès l'âge de 6 ans, il aurait été suivi en psychiatrie externe au CHU Sainte-Justine. Monique soutient qu'il a reçu un diagnostic de trouble de l'attachement sévère avec impulsivité en plus d'un trouble déficitaire de l'attention avec impulsivité.

Sentant que son état s'était aggravé, Monique aurait tenté de le faire réévaluer par des spécialistes à maintes reprises depuis ses 17 ans, mais sans succès.

Les délais étaient longs pour une évaluation, et à au moins trois reprises, des établissements de la Montérégie auraient refusé de traiter Anthony puisqu'il n'habitait pas sur leur territoire. « Si quelqu'un fait une crise cardiaque, il ne se fera jamais répondre qu'il n'est pas dans le bon secteur! [...] J'en veux au système et à tous ceux qui ne l'ont pas aidé. »

Monique soutient que le système de santé n'est pas adapté à la réalité des personnes aux prises avec de graves problèmes de santé mentale. « J'ai cogné à toutes les portes de CLSC, mais chaque fois on me répondait qu'il fallait que ce soit la personne elle-même qui demande de l'aide », soupire-t-elle. Selon elle, Anthony n'acceptait pas son état et aurait cessé de prendre toute médication il y a quelques années.

Il avait atteint « un point de non-retour »

Kevin Gagnon affirme avoir vécu aux premières loges les pertes de contrôle de soi de son ami Anthony. Son expérience rappelle d'ailleurs de façon troublante la dernière journée de Daphné Boudreault.

Il y a trois ans, Kevin et Anthony ont partagé un appartement à Beloeil, pendant quelques mois.

Lorsque Kevin a graduellement déménagé ses affaires pour retourner chez ses parents, Anthony aurait d'abord été compréhensif. Mais après quelques jours, il aurait vu rouge.

« Un après-midi, il m'a écrit, il m'a appelé : il fallait vraiment que je sorte. Ça filait pas, je savais qu'il avait pété un câble. » Kevin Gagnon est aussitôt retourné à l'appartement pour sortir ses derniers effets personnels. Sa mère a insisté pour l'accompagner.

« Quand on est arrivés, il avait explosé. Il n'était plus lui-même, affirme Kevin Gagnon. On voyait des meubles par terre fracassés, il était en train de lancer mes objets dehors. »

Sa mère, Kellie-Ann Philbin, a appelé les policiers pour qu'ils le calment. « Il tremblait, il était en transpiration et salivait beaucoup... il était en colère. Il était en psychose, c'est carrément ça que je sentais. »

Anthony se serait calmé et lui aurait par la suite présenté des excuses.

Kevin Gagnon soutient que son ami a besoin d'aide. « Il a beau se faire prescrire des médicaments, mais je ne pense pas que quelqu'un qui a un problème comme ça est assez autonome pour s'automédicamenter. Il y aurait besoin de places pour des gens comme lui. Il faut avoir des endroits pour ces personnes-là pour les aider. »

Kellie-Ann Philbin demande qu'on soigne les malades dès les premiers signaux d'alerte. « Il faut un suivi plus proche. Qu'il y ait de l'aide entre les policiers et la psychiatrie. Je ne sais pas où il peut y avoir de l'aide, mais chose certaine, il faut faire de quoi avant qu'il y ait trop de conséquences. »

Non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux?

Monique et son mari ont choisi une nouvelle avocate pour Anthony Pratte-Lops, qui est représenté par l'aide juridique.

Marie-Ève D'Anjou succédera officiellement à Mathieu Bourgon le 19 avril, lors du retour en cour au palais de justice de Saint-Hyacinthe. Elle affirme que l'évaluation psychiatrique est « une des premières avenues » qui sera évaluée. La défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux est présentement envisagée.

L'avocate n'a pas encore reçu toute la preuve au dossier.

Le père de Daphné Boudreault n'en croit rien

Le père de Daphné Boudreault affirme n'avoir jamais entendu parler des problèmes de santé mentale de l'ex-petit ami de sa fille.

« Je n'ai jamais entendu parler de ça. Des problèmes de comportement, oui, mais des problèmes mentaux non. Et ça fait longtemps que je le connais », soutient Éric Boudreault.

Le père éploré ne sait pas encore s'il aura la force d'assister à la prochaine audience. « Je suis encore en train de vivre mon deuil, je ne veux même pas penser à ça pour l'instant. »

Un traitement non judiciaire en 2015

Par ailleurs, Radio-Canada a appris qu'Anthony Pratte-Lops a bénéficié du programme de traitement non judiciaire il y a deux ans.

En pleine nuit, en mars 2015, le jeune homme, alors âgé de 20 ans, se serait présenté à une station-service de Mont-Saint-Hilaire. Au volant de sa voiture, il aurait fait des dérapages entre les pompes à essence.

L'ancien caissier du dépanneur – qui ne souhaite pas être identifié – se souvient s'être senti intimidé par le jeune homme de forte stature. « Quand il est arrivé à la porte, il criait avec un de ses amis. » L'employé a refusé de déverrouiller la porte.

Le lendemain, Anthony Pratte-Lops serait revenu au dépanneur pour proférer des menaces. « Il a dit à mon collègue qu'il allait m'arracher la face à mon prochain quart de travail. J'ai appelé la police, avec ma boss. »

Quelques mois plus tard, le jeune homme a reçu une lettre du Directeur des poursuites criminelles et pénales, dont Radio-Canada a obtenu copie. Elle stipule qu'aucune accusation criminelle de menaces ne sera déposée contre Anthony Pratte-Lops, mais qu'il est admissible au programme de traitement non judiciaire de certaines infractions criminelles. « L'expérience a démontré qu'il est possible de mettre fin à certains comportements illégaux sans qu'il soit absolument nécessaire de mettre en branle l'appareil judiciaire », disait la lettre.

Anthony Pratte-Lops a donc reçu une lettre d'avertissement.

Le capitaine Yannick Parent, de la Régie intermunicipale de la police de Richelieu-Saint-Laurent, confirme qu'une infraction non judiciarisée n'apparaît pas au dossier lorsqu'un agent fait une simple vérification de routine au sujet d'un individu.

Or, l'ancien employé de la station-service se demande si le contraire aurait pu changer l'intervention des policiers.

« Quand Daphné a demandé l'intervention des policiers, ils auraient dû l'identifier et voir s'il y avait déjà eu des plaintes... Une menace de mort, veut veut pas, c'est en lien avec la violence conjugale... »

Daphné Boudreault avait prévenu les policiers, peu de temps avant sa mort, qu'elle craignait pour sa vie en raison d'un ex-conjoint violent. Le Bureau des enquêtes indépendantes enquête sur l'intervention des policiers.

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