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Michel Therrien, les 400 victoires d'un chat de ruelle

BILLET – Derrière le banc d'une moitié d'équipe, Michel Therrien a remporté samedi soir la 400e victoire de sa carrière face aux jeunes et redoutables Maple Leafs à Toronto. Toutefois, à la fin de la soirée, cette statistique n'était peut-être pas la plus impressionnante à apparaître à la fiche de l'entraîneur du Canadien.

Après 40 matchs (le CH atteindra le cap de la mi-saison lundi soir au Centre Bell face aux Capitals de Washington), le Tricolore jouit d’une confortable avance de 10 points au sommet de sa division, et l’équipe occupe le 3e rang du classement général de la LNH avec une hallucinante moyenne de… ,700!

Vous avez bien lu : une moyenne de ,700.

Ceux qui peinent à mesurer ce que signifie ce standard d’excellence seront peut-être surpris d’apprendre qu’il faut remonter jusqu’aux saisons 1988-1989 et 1978-1979 pour retrouver les dernières campagnes que le Canadien est parvenu à terminer avec une telle moyenne. Et les deux fois, sous les commandes de Pat Burns et de Scotty Bowman, l’équipe a pris part à la finale de la Coupe Stanley.

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Il n’est pas question ici de partir en peur, d’extrapoler et de prédire le même parcours à l'équipe de 2016-2017. Mais tout de même, il est assez époustouflant d’analyser le contexte dans lequel le Bleu-blanc-rouge est parvenu à maintenir un tel niveau et à s’agripper au sommet de sa division au cours des 15 derniers matchs, alors que la liste des blessés n’a jamais cessé de s’allonger.

Depuis le début de décembre, le Canadien réagit de façon diamétralement opposée à la crise très semblable vécue l’an dernier, laquelle avait rapidement viré au cauchemar.

- Bien oui, mais cette année, Carey Price n’a pas été blessé! Ça prouve encore une fois que cette équipe n’est rien sans Carey Price!, réagiront certains.

Il est toutefois bon de souligner que Price n’a pas tout à fait campé un rôle de sauveur en décembre. Il a compilé un taux d’efficacité inférieure à ,900. Ça faisait trois ans qu’il n’avait pas connu un tel creux de vague.

D’ailleurs, pour une rare fois, ce n’est pas Carey Price qui a remporté les honneurs de la Coupe Molson pour le dernier mois de l’année 2016. Ce sont Jeff Petry et Phillip Danault, deux héros obscurs, qui se sont partagé cet honneur.

***Le CH a simultanément perdu les services de ses deux meilleurs centres offensifs, Alex Galchenyuk et David Desharnais, au début de décembre, juste au moment où l’équipe entamait un passage particulièrement corsé de son calendrier.

Il était alors facile d’imaginer la catastrophe : même avec une formation complète, le Tricolore venait de disputer 11 matchs de suite qui s’étaient soldés par la marge d’un but.

Andrew Shaw est ensuite tombé au combat. Puis Andrei Markov. Puis Greg Pateryn, Paul Byron, Brendan Gallagher et alouette.

Samedi soir, à Toronto, Michel Therrien misait sur seulement 10 joueurs qui étaient en uniforme lors du premier match de la saison. Quatre des six joueurs composant habituellement ses deux premiers trios étaient absents. Son quatrième trio et son troisième duo de défenseurs étaient entièrement composés de joueurs ayant commencé la campagne dans la Ligue américaine.

Le Canadien a pourtant bouclé la soirée avec une victoire de 5 à 3. Depuis l’hécatombe du début décembre, l’équipe présente une fiche très respectable de 8-3-4.

Il faut une structure de jeu extrêmement solide et un engagement total des meneurs de la formation pour résister à de telles avaries. D’autant plus que le club-école n’est absolument pas une puissance de l'AHL.

Ce n’est pas très à la mode à Montréal (où réclamer la tête de l’entraîneur est une sorte de sport national), mais peut-être faudra-t-il un jour donner un peu de crédit à Therrien?

Depuis son arrivée à la barre de l’équipe en 2012, seulement six formations de la LNH ont remporté plus de matchs de saison que le Canadien. Et même en tenant compte de l’effondrement historique de la saison dernière, l'équipe a maintenu une moyenne de succès de ,615 sous sa direction. Il faut remonter jusqu’à la fin des années 1970 et au début des années 1980 pour retrouver une telle séquence de succès pour cette organisation.

Parmi la confrérie des entraîneurs de la LNH, Michel Therrien fait parfois figure de chat de ruelle.

Il n’a pas joué dans la LNH et n’a pas de diplôme en psychologie sportive. Il a plutôt appris son métier à la rude école des frères Morrisette et ne pourra sans doute jamais occuper des fonctions de diplomate. Son français ne lui permettra jamais de devenir membre de l’Académie et son anglais – sa langue de travail – est souvent ponctué d’étranges accords de verbes.

Mais piégez-le dans un coin, et il va se battre jusqu'au sang pour en sortir. Qu’on lui accorde donc ce qui lui revient : ses équipes travaillent, elles sont structurées et elles gagnent beaucoup plus souvent que le contraire.

Et c’est la plus grande qualité que puisse posséder un entraîneur.

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