Comment mieux profiter des berges de l'île de Montréal et en particulier du Vieux-Port? Il y a peut-être des solutions du côté de Toronto qui, comme Montréal, est situé sur le bord de l'eau. Avec 50 kilomètres de berges le long du lac Ontario, le secteur riverain de Toronto connaît un développement fulgurant.

Un texte de Danny Braun, de l’émission Le 15-18

Comme de nombreuses villes nord-américaines, Montréal et Toronto ont été développées au fil de l’eau et, par la suite, de l’auto. Les berges ont longtemps été de vastes espaces industriels où les navires déchargeaient leurs cargaisons. La zone était ceinturée par des rails de chemin de fer et des autoroutes desservant un flot de véhicules routiers de plus en plus grand.

« Il y a un changement de paradigme dans la manière de vivre en ville. Près d’une personne sur deux au centre-ville de Toronto ne possède pas de voiture. Elles utilisent le transport en commun, le vélo ou vont à pied, ce qui a un impact sur le développement urbain. Maintenant, on pense d’abord aux espaces publics et ensuite au bâtiment », dit l’urbaniste Ken Greenberg.

Cet homme est un des urbanistes derrière le projet Sidewalk, qui verra le jour au bord du lac Ontario, à Toronto. Mené par Google, Sidewalk est une sorte de laboratoire de haute technologie qui a choisi la métropole parmi une centaine de villes à travers le monde pour y aménager ce que l’équipe espère être le quartier de l’avenir.

Espaces publics, rues sans véhicules, transport en commun intelligent et accès à l’eau, le défi est de taille. « Qu’est-ce que la technologie peut ajouter à un urbanisme centré sur l’être humain? », demande Ken Greenberg. Dans le but de répondre à la question, Google a investi 50 millions de dollars pour financer une année de réflexion sur ce quartier intelligent.

Se tourner vers l’eau

C’est le dynamisme urbain de Toronto qui a mené la ville à se tourner vers l’eau pour développer de nouveaux quartiers. La zone portuaire a longtemps été isolée par des voies rapides comme c’est le cas à Montréal avec l’autoroute Ville-Marie. À Toronto, c’est l’autoroute Gardiner avec une structure surélevée qui longe la rive du lac Ontario.

La solution torontoise : remblayer la berge sur 750 mètres pour avancer la ville dans le lac afin d’y construire de nouveaux quartiers pour les nouveaux arrivants. « On parle de 130 000 personnes qui débarquent chaque année à Toronto. C’est plus que la ville de Trois-Rivières. C’est immense. On n’a pas le choix, il faut investir », dit Éric Turcotte, architecte à Urban Strategies.

Éviter les erreurs du passé

Lorsqu’on pense à Toronto, on pense aux grandes tours à condos qui coupent la vue et l’accès à l’eau. Mais dans le secteur riverain de la ville, on a appris des erreurs du passé et on mise sur la mixité pour construire de nouveaux quartiers avec des immeubles à échelle humaine et surtout, des ouvertures un peu partout pour admirer le lac.

Le résultat? Des quartiers modernes bien conçus, mais aussi des quartiers fonctionnels sans grande identité. « C’est vrai, reconnaît Éric Turcotte, mais la grande qualité du front de mer c’est le domaine public. On a planté des arbres, on a pavé les voies piétonnes, on a mis les bancs… Quand il fait beau, les gens envahissent la place. Ça devient une destination pour les touristes et un lieu de rassemblement. »

Avec ses quelque 40 millions de visiteurs par année –quatre fois plus qu’à Montréal- Toronto est-elle devenue une ville plus divertissante à cause de son secteur riverain? Probablement pas, mais la venue année après année de nouveaux arrivants entraîne avec elle un flot de « touristes » qui viennent rendre visite à leurs familles avec lesquelles ils font une promenade sur le bord de l’eau.

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