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Mikaël Kingsbury, le goût de la victoire et les Jeux de Pékin

Mikaël Kingsbury a encore tout cassé cette saison, avec deux globes de cristal pour le prouver. Avec sa médaille d'or olympique, il peut dire, à 25 ans, qu'il a tout gagné dans son sport. De retour à la maison, le bosseur québécois parle déjà avec enthousiasme du nouveau cycle olympique dans lequel il se lance, et aussi du nouveau rôle qui l'attend dans l'équipe canadienne.

Un texte de Guillaume Boucher

Mikaël Kingsbury se sent libéré et « en paix avec son sport » depuis qu’il a remporté l’or aux Jeux de Pyeongchang pour ainsi décrocher le seul titre manquant à son palmarès. Mais tout ça est encore un peu surréel pour lui.

« Après avoir gagné tout ce qui est possible dans mon sport - 49 Coupes du monde, deux fois les Championnats du monde et sept globes de cristal – tu te dis : "Cette médaille-là, elle doit être à moi". […] L’objectif de ma vie, c’était ça. C’est difficile de réaliser que je l’ai fait », a-t-il admis jeudi, à l’aube des Championnats canadiens, dernier chapitre d’une saison chargée.

Après être redescendu de son nuage, Mikaël Kingsbury sait comment il se motivera pour relancer la machine vers les Jeux de Pékin, en 2022. Il parle par exemple du Japonais Ikuma Horishima, celui qui a mis fin en janvier à son incroyable séquence de 13 victoires de suite en Coupe du monde, comme d’un rival qui le forcera à se réinventer.

Mais la motivation vient surtout de lui-même.

« Je ne pense pas nécessairement avoir des choses à prouver, fait-il valoir. J’ai battu tous les records. En termes statistiques, je suis le meilleur de tous les temps. Je veux seulement me prouver des choses à moi-même. J’ai l’impression que je peux être meilleur. »

« Et je veux prouver le contraire la journée où les gens diront que ce n’est plus moi le meilleur », ajoute-t-il en se projetant un peu plus loin dans l’avenir.

Constance et préparation mentale

Mikaël Kingsbury a remporté cette saison un septième globe de cristal de suite en bosses et aussi un septième de suite au classement général de la Coupe du monde de ski acrobatique. D’année en année, sa constance ne se dément pas.

Mais rester au sommet est peut-être plus difficile que d’y parvenir, fait-il remarquer.

« Quand tu es premier, il faut que tu trouves de nouvelles manières de te motiver et d’innover pour toujours regarder vers l’avant, parce que la journée où tu regardes derrière, tout le monde passe devant toi », dit-il de façon imagée.

Pour atteindre un autre niveau dans le cycle qui l’a conduit à Pyeongchang, Mikaël Kingsbury a senti le besoin d’investir plus de ressources dans sa préparation mentale en ajoutant à son entourage un spécialiste en la matière : Jean-François Ménard.

Grâce à lui, il a développé une routine de course plus efficace, croit-il, qui a payé aux Jeux olympiques en lui permettant de se sentir « comme un superhéros » sans être rongé par le stress.

« Je suis capable de garder mon énergie toute la journée, explique Mikaël Kingsbury. Et quand c’est le moment de performer, je suis à mon meilleur.

« Tout ce qui était stressant, c’était d’attendre jusqu’à 18 h pour pouvoir m’habiller et performer. À chaque descente, je me sentais de mieux en mieux. À ma dernière descente, je savais exactement ce que j’allais faire. J’avais un bon feeling à ce moment-là que j’allais probablement gagner. »

Avec l’ajout d’un préparateur mental, Mikaël Kingsbury a l’impression d’avoir une équipe multidisciplinaire complète. C’est cette même équipe qui le mènera aux Jeux de Pékin.

Le travail des spécialistes est bien défini et coordonné, se réjouit-il.

Il y aura quand même des changements au programme, « pour ne pas faire les mêmes choses pendant encore quatre ans », mais rien de majeur : des changements d’horaires d’entraînement, de nouvelles techniques de ski à peaufiner, de nouvelles destinations pour des camps.

Mentor

Marc-Antoine Gagnon a dit que cette saison serait sa dernière. Philippe Marquis a participé à Pyeongchang à ses derniers Jeux et n’ira pas au bout du prochain cycle olympique.

Mikaël Kingsbury perdra donc deux coéquipiers qui sont aussi des amis proches, qu’il côtoie depuis une quinzaine d’années.

« Ça va être tough, ajoute-t-il au sujet de leur retraite éventuelle. On a tellement vécu d’émotions fortes ensemble. On a déjà fait un triplé aux Championnats du monde (en bosses parallèles en 2015, NDLR). Les deux fois que je suis allé aux Jeux olympiques, ils étaient avec moi. »

Pour la première fois de sa carrière, Mikaël Kingsbury a l’impression « de ne plus être le plus jeune de l’équipe ». « Je vais un peu porter le C de capitaine », dit-il à propos de la saison prochaine, où il se voit jouer les mentors pour la relève.

Il promet de donner l’exemple par son effort à l’entraînement, mais sans être trop directif.

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