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Moins d'argent pour les livres audio, moins de livres pour les malvoyants

L'organisme à but non lucratif Vues et Voix produit annuellement quelque 750 livres audio adaptés aux besoins des personnes ayant une déficience visuelle. L'OBNL montréalais déplore une chute vertigineuse des commandes de la part de son principal client, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Un texte de Vincent Resseguier

Vues et Voix (l'ex-Magnétothèque), qui permet aux personnes non voyantes et malvoyantes d’avoir accès à une littérature variée, affirme avoir dû diminuer sa production de 30 % dans la dernière année.

L’organisme soutient que la Grande Bibliothèque a revu à la baisse son carnet de commandes, à cause de compressions budgétaires, et ce, en plein milieu d’un contrat renouvelé tous les deux ans sur appel d’offres.

La présidente-directrice générale de Vues et Voix, Marjorie Théodore, anticipe une diminution du nombre de titres qui fragiliserait la capacité d’intégration ainsi que l’accès à la culture et à l’information pour des milliers de personnes.

D’un autre côté, souligne-t-elle « cela précarise une organisation et son champ d’expertise qui sont en développement depuis 40 ans ». Cette activité mobilise la moitié de ses employés, soit une dizaine de personnes et 350 bénévoles.

Le directeur général de la Fondation En Vue de l'Institut Nazareth et Louis-Braille, Michel Poulain, se dit lui « surpris », car le gouvernement a prévu une hausse potentielle de la clientèle avec une déficience visuelle de 65 % dans les cinq prochaines années à cause du vieillissement de la population.

Son organisme est partenaire de Vues et Voix, avec qui il partage l’objectif d’améliorer la vie des personnes ayant une déficience visuelle. « Ce genre de décision fait en sorte que cela hypothèque le quotidien de beaucoup de gens, dit-il dans un soupir. C’est une activité importante pour cette population. »

La réponse de BAnQ

Bibliothèque et Archives nationales du Québec confirme dans un courriel s’être engagée « au cours des derniers mois dans une révision de ses méthodes d’acquisition de livres et de livres adaptés. »

BAnQ se défend en affirmant que le nombre de nouveaux livres audio offerts chaque année aux usagers est resté quasi inchangé avec 829 en 2015 contre 838 en 2017.

La directrice de l'accueil et du prêt de BAnQ, Chloé Baril, soutient que le volume des commandes pour 2018 n’a pas encore été décidé, mais qu’il pourrait effectivement être revu en raison des compressions budgétaires imposées par le gouvernement.

Les commandes de titres (livres audio) passées à Vues et Voix sont en légère baisse de 5 % sur l’année financière en cours, par rapport à l’année précédente, selon Mme Baril.

Elle précise que l’organisme a remporté les trois quarts des lots (pour un total de 1400 titres) lors du dernier appel d’offres courant sur la période 2016 à 2018, ce qui représente, reconnaît-elle, un léger recul par rapport aux contrats précédents.

Elle affirme que BAnQ est satisfaite des productions de Vues et Voix, qui fournit des enregistrements sonores de « grande qualité ». Les contrats seront renouvelés en 2018, ce qui pourrait expliquer, selon Mme Baril, l’inquiétude de cet organisme à but non lucratif qui doit faire face notamment à la concurrence de l’entreprise privée Point-par-Point.

BAnQ gère le Service québécois du livre adapté (SQLA), qui donne accès gratuitement aux livres audio adaptés, produits par Vues et Voix. Le service compte 10 000 abonnés qui peuvent puiser dans une collection de plus de 375 000 documents.

Une offre francophone limitée

Chaque année au Québec, le lecteur peut avoir accès à 40 000 nouveautés en librairie, contre 900 titres environ pour les livres audio adaptés. « C’est insuffisant, on sait que la clientèle va augmenter alors logiquement les besoins vont augmenter », tranche Michel Poulain.

Marjorie Théodore se désole de voir que l’accès aux nouveautés en fiction, aux derniers essais et aux classiques de la littérature d’expression française est progressivement en train de se réduire.

Le livre audio adapté présente plusieurs avantages : il permet, dit-elle, de naviguer facilement dans le document en permettant l’accès à la table des matières, aux notes de bas pages, de mettre un signet, etc.

Contrairement au livre audio du commerce, le livre audio adapté offre une expérience proche de celle d’une personne voyante, « on parle ici d’accessibilité universelle », conclut-elle.

Mme Théodore déplore par ailleurs que l’offre anglophone soit plus étoffée que l’offre francophone. Pour y remédier, elle souhaite que le gouvernement du Québec emboîte le pas au gouvernement fédéral qui a pris plusieurs engagements sur ce terrain.

Le Canada a signé en 2016 le Traité de Marrakech, qui vise à faciliter l'accès à des textes imprimés aux personnes ayant une déficience visuelle.

Il a ratifié, il y a quelques mois, la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées. Après une large consultation auprès de 6000 personnes, en 2016, le gouvernement fédéral élabore actuellement une loi sur l’accessibilité universelle afin d’améliorer le sort des personnes handicapées.

Afin de plaider la cause de Vues et Voix, Marjorie Théodore a envoyé une lettre à la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Marie Montpetit.

Elle a aussi envoyé une copie à la ministre canadienne du Patrimoine, Mélanie Joly. Dans cette missive, elle affirme qu’il serait « dommage » que dans la foulée des compressions budgétaires, le gouvernement du Québec « décide de réduire cet accès à l’imprimé et à la culture ».

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