CHRONIQUE - C'est drôle comme le regard d'un étranger peut nous en apprendre long sur notre ville. Une amie torontoise m'a récemment fait comprendre à quel point Montréal a acquis une réputation de ville de party.

« Tu sais que Montréal, c’est le Pays imaginaire [l’île magique de Peter Pan où les enfants ne vieillissent jamais]? », m’a-t-elle lancé. Elle m’a expliqué que Montréal est, pour plusieurs Canadiens qui « refusent de grandir et de se trouver un "vrai" emploi », un endroit qu’on peut visiter pour faire la fête 24 heures par jour sans trop se soucier de la vie.

Vraiment? Pourtant, dans le métro, à 8 h 30, en direction du centre-ville, l’ambiance n’est pas très déjantée.

Mais pour les touristes, du moins, la réputation de Montréal est bien ancrée.

En 2016, le blogue Thrillist plaçait Montréal en septième position dans son palmarès des 20 villes les plus festives au monde. Seule ville canadienne dans le palmarès, Montréal déclasse des endroits légendaires comme La Nouvelle-Orléans (14e), Amsterdam (15e) et Rio de Janeiro (20e). Le guide de voyage Lonely Planet, lui, plaçait en 2009 la métropole en deuxième position au monde, derrière Belgrade.

Avec ses mille et un festivals, son animation urbaine et – bien sûr – sa vie nocturne bien étoffée, Montréal sait attirer les fêtards d’un peu partout au monde. De quoi faire plaisir à Pierre Bellerose, vice-président de Tourisme Montréal.

« Il y a une longue tradition, et on est connu au Canada, surtout, pour notre caractère festif. Quand on demande aux touristes canadiens où on fait la fête, c’est Montréal qui ressort, lance-t-il au bout du fil. C’est dans l’ADN de Montréal. »

M. Bellerose explique que, déjà, durant la prohibition aux États-Unis, de 1919 à 1933, Montréal était connue comme une ville de cabarets, attirant artistes et touristes américains en soif de boissons alcoolisées.

Aujourd’hui, M. Bellerose reconnaît que la vie nocturne de la métropole attire surtout les moins de 35 ans originaires de l’Amérique du Nord. Pour les touristes d’outre-mer, ce sont surtout les festivals et les compétitions sportives qui les intéressent.

Selon des sondages de Tourisme Montréal, 17 % des vacanciers choisissent Montréal comme destination pour son côté festif. De ce nombre, 89 % recommanderaient la ville pour sa vie nocturne.

Comme quoi, quand on l'essaie, on l'adopte!

Je m’attendais un peu à ce que les statistiques donnent raison à ce stéréotype, mais quand j’ai vu les chiffres que m’a fait parvenir Statistique Canada, je suis tombé en bas de ma chaise (je jure que j’étais à jeun).

Voici, selon les données de décembre 2016, les dix endroits au Canada comportant le plus de bars.

À noter que les données disponibles sont organisées selon la Région métropolitaine de recensement (RMR), et non la ville. La RMR de Montréal, par exemple, comprend tout le Grand Montréal, dont la Rive-Sud, la Rive-Nord et Laval. Vous pouvez consulter une carte ici. Pour le reste de l’article, lorsque je nommerai une ville, notez qu’il s’agit de la RMR qui y est rattachée.

Moi non plus, je n’y croyais pas. J’ai même demandé à Statistique Canada de me confirmer la validité de ces données, pour en être certain. Mais vous avez bien vu.

Avec ses 924 bars, Montréal trône au sommet de la beuverie. La métropole abrite près de deux fois plus de bars que Toronto, qui, pourtant, a près de 2 millions de résidents de plus. Montréal a presque autant de bars que Toronto, Vancouver et Québec réunis.

Encore plus ahurissant : Montréal contient 17,5 % des 5280 bars du Canada en entier, même si la RMR ne représente que grosso modo 11 % de la population du pays.

Alors, réputation confirmée?

Pas si vite.

Les lecteurs futés auront remarqué quelques anomalies dans le palmarès. Il est logique de voir les trois plus grandes villes du pays - Montréal, Toronto et Vancouver - en tête de peloton… Mais Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador? Sherbrooke? Ce ne sont pas de très grandes villes. Hmmmmm.

Regardons donc le nombre de bars selon la population :

Aha! Je m’en doutais!

Montréal a un bar par 4436 habitants, ce qui est à peu près équivalent à Québec, avec un bar par 4940 habitants. Mais, à ce titre, Sherbrooke (un bar par 3073 habitants) et Saint-Jean (un bar par 2900 habitants) remportent la palme.

En fait, ce n’est pas très surprenant, puisque les Montréalais eux-mêmes ne sont pas ceux des grandes villes du Canada qui boivent le plus.

Voici le nombre de verres d’alcool consommés en moyenne en une semaine par les buveurs des grandes villes canadiennes, ainsi que le pourcentage de la population qui en boit, selon Statistique Canada (malheureusement, l’enquête n’a pas été menée en Alberta, donc les données pour Edmonton et Calgary ne sont pas disponibles) :

Eh oui, les buveurs des grandes villes boivent tous à peu près le même nombre de verres par semaine, soit autour de six ou sept. Statistique Canada n’y voit pas de différences statistiquement significatives.

Remarquez que Montréal se retrouve en deuxième position derrière Québec quand on classe les villes selon le pourcentage de gens qui boivent, mais la différence entre Montréal, Ottawa-Gatineau et Kitchener n’est pas statistiquement significative, selon Statistique Canada.

Une dernière remarque cocasse : d’après ces données, les gens de Québec sont plus portés à boire que les habitants des autres grandes villes. Or, Éduc’alcool classait en 2015 la région de la Capitale-Nationale en première place au Québec dans son palmarès... de la modération (Montréal se retrouvait en 4e place). L’étude d’Éduc’alcool mesurait la proportion de gens qui avaient consommé cinq verres ou plus en une occasion au moins une fois par année.

Donc… les gens de Québec boivent plus en général, mais consomment plus rarement de façon excessive.

Je suis tout mêlé. Je m’en vais boire un verre.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine