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Montréal doit-elle devenir une ville refuge?

Des voix s'élèvent pour que Montréal devienne une ville refuge, qu'on appelle aussi « sanctuaire », comme plusieurs villes aux États-Unis et quelques-unes au Canada, dont Toronto et Vancouver. Ces villes ont adopté des politiques claires dans le but de fournir des services municipaux aux immigrants sans-papiers, sans qu'ils aient à craindre une expulsion.

Un texte d'Olivier Bachand

On estime que quelques dizaines de milliers de sans-papiers vivent à Montréal, même si leur nombre exact ne peut être établi clairement.

Ces gens, hommes, femmes et enfants qui ont fait du Canada leur maison, sont en situation irrégulière aux yeux des autorités de l'immigration.

Ils doivent vivre dans la clandestinité, puisqu'ils risquent d'être expulsés du pays s'ils sont retracés.

« Notre défi quotidien, c'est de vivre comme tout le monde. Trouver un travail, ce n'est pas évident. On prend ce qu'on peut trouver et dans la majorité des cas, ce ne sont pas de bonnes conditions », explique une Montréalaise voulant rester anonyme, que nous allons appeler Camille. Elle a été sans-papiers pendant sept ans et est en voie de régulariser son statut.

S'ils sont venus au Canada dans l'espoir d'avoir une vie meilleure, les clandestins doivent bien souvent vivre dans la précarité, n'ayant pas accès aux services gouvernementaux, comme l'aide sociale et les soins de santé.

« Si j'ai un accident, je ne peux pas aller à l'hôpital. Qu'est-ce qui va arriver à l'hôpital si le médecin me demande mes papiers? » s’interroge une autre femme en situation irrégulière que nous avons rencontré.

La peur au quotidien

À ces difficultés s'ajoute la crainte quotidienne de se faire expulser du pays pour une simple malchance.

Pour un sans-papiers, perdre un billet de métro pour ensuite passer un contrôle policier à la sortie d'une station peut éventuellement mener à une expulsion du pays.

« Si le policier, il a assez le coeur froid, il va vous apporter à la prison de Laval directement », dit Camille, faisant référence au Centre de prévention de l'immigration de Laval, où sont détenus les illégaux, parfois dans l'attente d'un renvoi.

Les villes refuges, oasis municipal

À la fin janvier, la signature d’un décret présidentiel interdisant l'entrée de ressortissants de sept pays à majorité musulmane aux États-Unis a poussé de nombreuses villes américaines, comme New York, à réaffirmer leur statut de villes refuges.

Il s'agit d'endroits où les autorités municipales ont décidé de limiter la coopération de leurs forces policières avec les agents d'immigration fédéraux pour éviter les expulsions d'immigrants illégaux et où des services leurs sont donnés sans égard à leur statut migratoire.

Dans ce tweet envoyé au président Donald Trump le 31 janvier, le maire de Montréal, Denis Coderre, affirme que Montréal est fière d'être une ville refuge.

Le hic, c'est que Montréal n'est pas une ville refuge, du moins pas encore. Aucune politique n'a été adoptée par le conseil municipal à cet égard.

Le maire Coderre laisse cependant entendre qu'il est ouvert à l'idée. « On va prendre les mesures qui s'y rattachent », a-t-il déclaré cette semaine.

Il cite en exemple le maire de New York, qui refuse que ses forces policières collaborent avec les autorités fédérales pour appliquer le décret de l'administration Trump.

Il y a un discours de Bill de Blasio, par exemple à New York, disant qu'il n'est pas question de faire l'expulsion des gens ici. On va avoir ce réflexe de protéger les gens quand ils sont ici.

Denis Coderre, maire de Montréal

L'opposition officielle à l'Hôtel de Ville croit qu'il faut y réfléchir sérieusement. « Pour moi, une ville sanctuaire, c'est une ville qui travaille avec les autorités frontalières pour s'assurer que les sans-papiers ne sont pas vus comme des criminels et qu'on est capable de leur assurer certains services, par exemple, l'habitation, des soins de santé », explique la chef de Projet Montréal, Valérie Plante.

Montréal, cinquième ville refuge au pays?

À l'heure actuelle, quatre villes canadiennes sont des villes refuges : Toronto, London et Hamilton, en Ontario, ainsi que Vancouver, en Colombie-Britannique.

C'est Toronto qui a été la pionnière à ce chapitre. Depuis 2013, des politiques claires y sont en place.

« Tous les services municipaux sont donnés selon le principe don't ask, don't tell », explique le conseiller municipal Joe Mihevc. Les employés de la Ville de Toronto ont reçu la directive de ne jamais demander quel est le statut migratoire d'une personne.

Concrètement, cela permet par exemple aux sans-papiers de profiter de cliniques de vaccination offertes par la Ville, sans craintes.

Toronto a aussi limité la coopération de son corps de police avec l'Agence des services frontaliers du Canada, qui a la responsabilité d'expulser les immigrants illégaux du pays.

« Nous n'avons pas à agir en tant qu'agents du gouvernement fédéral. Nous faisons notre travail et notre travail est de s'assurer que les gens qui habitent Toronto sont en sécurité et qu'ils peuvent vivre une vie décente », dit M. Mihevc.

Selon lui, il n'y a aucun avantage pour une ville à faciliter l'expulsion d'immigrants. Il fait valoir que plusieurs d'entre eux sont au pays depuis de nombreuses années et qu'ils occupent bien souvent des emplois.

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