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Montréal est mal équipée pour éviter les surdoses d'opioïdes

EXCLUSIF - Deux ans après la vague de surdoses à Montréal où 28 personnes ont perdu la vie, dont plusieurs liées aux opioïdes, Radio-Canada a appris que peu d'employés des services d'urgence sont équipés pour intervenir, malgré les craintes que suscite la situation ailleurs au pays.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Alors que depuis le début des années 2000 le nombre de surdoses mortelles liées aux opioïdes a doublé au Québec et que plusieurs de ces surdoses surviennent à Montréal, peu d'employés des services d'urgence de la métropole ont accès la naloxone, un des médicaments qui contrent les effets des surdoses de narcotiques  comme le fentanyl. La naloxone peut permettre aux personnes intoxiquées de rester en vie jusqu'à ce qu'elles arrivent à l'hôpital.

Selon les données du ministère de la Santé, le tiers seulement des 1200 ambulanciers d'Urgence-Santé dans la région de Montréal sont formés pour administrer cet antidote.

Cette situation inquiète les ambulanciers et le président de leur syndicat, Réjean Leclerc. « Pour les équipes qui n'ont pas encore reçu la formation, il faut faire appel à une autre équipe pour donner le médicament aux patients [...] ça peut créer des délais », explique-t-il.

Mieux ailleurs au Québec

Plus d'ambulanciers ont été formés pour administrer la naloxone dans la région de Québec qu'à Montréal. Or, c'est à Montréal que l'on compte le plus grand nombre de décès dus à des surdoses de drogues. On en dénombre environ 70 par année.

En Colombie-Britannique et à Toronto, tous les ambulanciers sont formés et autorisés à administrer la naloxone, tout comme les premiers répondants à Vancouver.

À Montréal, les pompiers, qui sont les premiers répondants, ne sont pas formés. Les policiers non plus. Ils ne peuvent donc pas administrer la naloxone.

La chef médicale à la direction de la santé publique de Montréal, Carole Morissette, précise qu'il n'est pas prévu pour l'instant que les policiers ou les pompiers soient formés. Elle reconnaît qu'il pourrait être utile que certains d'entre eux puissent administrer l'antidote à la lumière de la situation en Colombie-Britannique « dans un contexte surtout de menace importante et d'urgence de santé publique, l'important c'est que la naloxone soit le plus proche possible de l'événement. »

Attendre les ambulanciers

Le commandant du poste de quartier 23 dans Hochelaga-Maisonneuve, Martial Mallette, affirme que les policiers interviennent en collaboration avec les ambulanciers lorsqu'ils sont face à un cas de surdose de drogue. « On n'applique pas présentement de médication, c'est laissé à nos collègues d'Urgence-Santé, dit-il, ajoutant que lorsqu'une personne est en surdose, les policiers pratiquent les premiers soins en attendant les ambulanciers. »

Former les toxicomanes et leur entourage

L'organisme Méta-d'âme, qui vient en aide aux toxicomanes dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, donne des formations aux toxicomanes et à leurs proches pour leur apprendre à intervenir en cas de surdose et à utiliser la naloxone.

« On a des mamans qui sont venues suivre de la formation parce qu'elles ont une personne à la maison qui consomme un opioïde », explique le directeur général de l'organisme, Guy-Pierre Lévesque. Pour éviter des vagues de surdoses, comme en Colombie-Britannique, ajoute-t-il, son organisme « cherche à démocratiser l'accès à la naloxone le plus possible. »

Céline Côté, une ex-toxicomane qui donne parfois des formations chez Méta-d'âme, a déjà utilisé l'antidote avec succès.

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