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Montréal : le milieu communautaire sous pression à cause des travailleurs pauvres

Les organismes communautaires ont de plus en plus de difficulté à répondre aux besoins croissants des personnes qui travaillent, mais qui n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Cette réalité touche 125 000 travailleurs et leur famille dans la région de Montréal.

Une étude récente de l'Institut national de la recherche scientifique, en collaboration avec Centraide, montre qu'à Montréal, le nombre de travailleurs pauvres s'est accru de 30 % entre 2001 et 2012, et tout semble indiquer que la tendance va se maintenir.

Ces personnes se tournent en majorité vers le milieu communautaire, car elles n’ont pas toujours accès aux différents programmes d’aide sociale, et cela pose de nouveaux défis aux organismes qui doivent élargir leur palette de services.

Aide alimentaire dans Pointe-Saint-Charles

Dans le quartier Pointe-Saint-Charles, l’épicerie solidaire du Club des consommateurs connaît un succès croissant depuis son ouverture en 2012. Ses étals sont garnis de produits alimentaires courants, comme de la viande, des fruits et des légumes, à des prix défiant toute concurrence.

La responsable de l’épicerie, Sylvie Rouillard, constate que les gens ayant de très faibles revenus ou les personnes ayant recours à l'aide sociale ne sont pas ses seuls clients. Elle sert plus régulièrement « des familles de professionnels, des jeunes couples et des étudiants qui trouvent que ça coûte de plus en plus cher de se nourrir ».

Les gens qui viennent à l'épicerie solidaire ne sont pas des millionnaires, ils sont vraiment dans le besoin.

Sylvie Rouillard, responsable de l'épicerie solidaire du Club des consommateurs

La clientèle, composée essentiellement de gens du quartier, demande des horaires plus flexibles et d’élargir les heures d’ouverture aux soirées et aux fins de semaine. « Pour nous, c'est extrêmement difficile à gérer », regrette Sylvie Rouillard. Malgré les « besoins alimentaires criants », elle avoue ne pas disposer des moyens nécessaires pour ouvrir les portes de son épicerie plus de deux demi-journées par semaine.

Soutien psychosocial dans Centre-Sud

Dans le quartier Centre-Sud, La Relance Jeunes et Familles offre des services allant de l’aide aux devoirs à des interventions psychosociales. Son directeur, Benoit Deguire, affirme lui aussi que l’augmentation de travailleurs pauvres pose un défi supplémentaire. Par rapport aux personnes qui bénéficient de l'aide sociale, sa clientèle historique, les gens qui ont un emploi sont moins disponibles, mais font désormais des demandes similaires.

On voit de plus en plus des besoins en sécurité alimentaire et en logement.

Benoît Deguire, directeur de La Relance Jeunes et Familles

M. Deguire a réussi à mettre sur pied « des activités plus appropriées, le soir et les fins de semaine », mais déplore un manque de financement et estime avoir atteint ses limites en matière « de service, de locaux et de disponibilité des employés ». Il s'inquiète aussi pour ses employés, qui lui confient de plus en plus souvent être à bout de souffle parce qu'ils n'arrivent pas à répondre aux besoins de certaines familles.

M. Deguire doit par ailleurs composer avec une population issue de l’immigration croissante, qui a besoin de soutien afin de s'adapter à la réalité sociale du Québec et apprendre le français dans de bonnes conditions. Quand il est entré en fonction en 2009, 80 % des familles étaient francophones et implantées depuis longtemps dans le quartier. Désormais, plus de la moitié de sa clientèle est composée d’immigrants.

Centraide tire la sonnette d’alarme

Centraide recueille des dons auprès de la population et participe au financement de 350 organismes, une position qui lui permet d’avoir une vue d’ensemble. Depuis quelques mois, Centraide tente d'attirer l'attention des autorités sur les travailleurs pauvres.

Des gens qui, comme vous et moi, se lèvent tous les matins, vont travailler, concilient leurs obligations familiales et, malgré tout, vivent sous le seuil de faible revenu en gagnant moins de 17 000 $ par année.

Mario Régis, vice-président de Centraide

Son vice-président, Mario Régis, juge qu’ils se heurtent à des défis « complexes » et souligne que les personnes issues de l’immigration et les femmes sont surreprésentées, notamment les mères célibataires.

Mario Régis juge que le contexte est « inquiétant » et souhaite une implication plus appuyée de la part de tous les ordres de gouvernement, mais aussi de toute la population. Il croit que la pauvreté doit rassembler la communauté autour de projets locaux. Il cite comme exemple la création de jardins collectifs ou de magasins de partage, qui permettent de tisser des liens sociaux et de stimuler l’innovation tout en donnant des réponses concrètes à des besoins alimentaires.

À Montréal, 40 % des personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté ont un emploi.

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