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Montréal pourrait-elle devenir une vallée de l'intelligence artificielle?

Yann Le Cun et Yoshua Bengio sont des sommités, des rockstars, dans le domaine de l'intelligence artificielle. Le genre de scientifiques avec qui plusieurs souhaitent prendre un égoportrait. Ils sont considérés partout dans le monde comme les pionniers d'une révolution qui pourrait bien transformer notre société. 

Un texte de Vincent Maisonneuve

Selon le professeur Bengio, si la révolution industrielle a augmenté la puissance mécanique de l'homme, l'intelligence artificielle (IA) fera croître la puissance cognitive de l'humanité.

En plus d'être professeur à la NYU, Yann Le Cun dirige - chez Facebook - les recherches dans le domaine de l'intelligence artificielle. Yoshua Bengio, lui, est professeur à l'Université de Montréal et directeur de l'Institut de Montréal des algorithmes d'apprentissage.

Nous les avons rencontrés lors de la dernière Conférence de la montagne organisée par l'Université de Montréal. Entrevue.

1. À quel point l'intelligence artificielle influence-t-elle déjà nos vies?

Yoshua Bengio : C'est déjà tout autour de nous. Si vous avez un téléphone intelligent, que vous communiquez avec votre téléphone par la parole, que vous utilisez les engins de recherche qui se trouvent sur votre téléphone ou votre ordinateur, l'intelligence artificielle est là autour de nous. Ça sert à la traduction automatique. Ça va servir aux voitures autonomes, ça sert déjà sur certains modèles comme les Tesla. On n'en est pas vraiment conscient, mais l'intelligence artificielle est déjà là et va l'être de plus en plus.

Yann Le Cun : Les applications potentielles à court terme, on les voit déjà. C'est la sécurité routière, les voitures qui se conduisent toutes seules. Ça va réduire les accidents et les morts sur les routes. L'analyse d'images médicales, la détection de tumeurs, ça va améliorer la médecine, la radiologie en particulier et la médecine en général.

À long terme, il y a des applications qui intéressent les compagnies qui sont dans ce milieu-là. On pense aux assistants intelligents virtuels, une espèce de personnalité numérique qui sera votre ami numérique et qui vous aidera dans la vie de tous les jours. Un assistant qui peut répondre à n'importe quelle question, qui peut organiser votre vie et sélectionner les informations les plus importantes pour vous, parce qu'il connaît vos goûts.

2. Actuellement, quelles sont les limites de l'IA?

Yoshua Bengio: Lors de sa conférence, mon collègue Yann Le Cun insistait sur un point que je martèle moi aussi. Une des limites importantes aujourd'hui, c'est que l'on doit prendre l'ordinateur par la main comme un bébé et lui expliquer chaque tâche qu'il doit faire. On doit faire ce qu'on appelle de l'apprentissage supervisé. On doit lui dire dans telle image, il y a tel objet. Il y a un chien, un chat ou une chaise.

Alors que nous, les humains, on est capables d'apprendre de façon plus autonome, simplement par l'observation ou lors d'interactions avec le monde. Ça, c'est quelque chose qu'on ne sait pas encore faire. Peut-être que ça va prendre 10 ou 20 ans pour résoudre le problème. Beaucoup de gens s'y attardent, mais on est encore loin de là.

Aujourd'hui, par exemple, on a des systèmes capables de reconnaître les visages dans une base de données. On a des systèmes capables de comprendre le contenu d'une image, qui peuvent comprendre le contenu de la parole, qui peuvent dialoguer un petit peu, bien que l'on soit au tout début de ça. Mais toutes ces choses-là sont des tâches assez limitées.

Actuellement, l'ordinateur est entraîné à une tâche. Mais l'intelligence artificielle du niveau humain signifie que l'ordinateur soit capable de comprendre l'ensemble des choses qui nous entourent. Qu'il soit plus autonome et capable de découvrir un paquet de choses par lui-même au lieu de tâches très, très ciblées.

3. Doit-on craindre l'intelligence artificielle?

Yann Le Cun : Le scénario d'Hollywood du Terminator qui élimine l'humanité est totalement improbable. L'erreur que fait Hollywood et que l'on fait nous-mêmes, c'est de projeter tous les défauts ou les qualités des humains sur les robots ou les ordinateurs. D'une part, la grande majorité des machines intelligentes seront des machines virtuelles, elles ne seront pas des robots. Donc leur capacité de faire quelque chose de mal sur le monde physique sera très limitée.

De plus, ce qui fait que les gens se font du mal les uns aux autres, ce sont des comportements construits en nous par l'évolution et la survie de l'espèce. Le fait de se battre quand on est menacé, par exemple. Il n'y a aucune raison de construire ces comportements dans les machines. Elles ne l'apprendront pas spontanément.

Yoshua Bengio : Par contre, il y a des craintes sur lesquelles on devrait insister plus, c'est sur l'utilisation de l'intelligence artificielle, à court ou à moyen terme, dans des buts qui ne seraient pas ce que l'on souhaite. On aimerait que ça serve au bien collectif et que ça aide pour la santé. Mais on peut aussi imaginer utiliser ses techniques pour le militaire, pour instaurer un État Big Brother. Il y a donc des questions éthiques. Il y a des impacts économiques auxquels il faut réfléchir en raison des changements qui pourraient survenir avec l'intelligence artificielle.

4. Quel est le rôle de Montréal dans le développement de l'IA?

Yoshua Bengio : Il faut savoir qu'il y a eu une percée en matière d'intelligence artificielle qui a commencé il y a une dizaine d'années, et le Canada a été au coeur de ça, en particulier le groupe de recherche de l'Université de Montréal en apprentissage profond et en Intelligence artificielle. Nous avons contribué beaucoup à ces avancées-là. Maintenant, on a une reconnaissance internationale. On attire des chercheurs du monde entier qui veulent venir ici. On refuse des gens, parce qu'il y en a trop qui veulent venir.

On a là une opportunité. Non seulement de faire croître cette masse critique universitaire, mais de transformer ça en entreprises qui vont influencer le reste de la société de manière positive. Pourquoi ne pas créer à Montréal une vallée de l'Intelligence artificielle, un peu comme la Silicon Valley?

Si on crée les jobs ici qui vont créer l'intelligence artificielle de demain, non seulement on va profiter comme tout le monde des avancées scientifiques, mais on va pouvoir être les acteurs de ça et en profiter économiquement. On va surtout pouvoir participer aux décisions qui vont déterminer notre avenir.

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