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Montréal veut offrir plus de services aux itinérants dans les quartiers périphériques

L'itinérance est une réalité de plus en plus visible à l'extérieur du centre-ville de Montréal, où sont concentrés les refuges pour les sans-abri. La Ville compte présenter des mesures afin de mieux répondre aux besoins des itinérants dans les quartiers périphériques.

Un texte d'Olivier Bachand

L'administration Plante annoncera qu'elle compte dresser un portrait de l'itinérance « quartier par quartier » dans le plan d'action qu'elle dévoilera sur le sujet, mercredi à l'Accueil Bonneau.

Ce portrait sera établi en collaboration avec les arrondissements, le réseau de la santé et les organismes locaux. L'objectif est de déterminer les besoins précis selon les secteurs, afin d'offrir des services adaptés aux itinérants qui y vivent. Une fois l'exercice terminé, des mesures concrètes seront appliquées.

Par ailleurs, un nouveau dénombrement des itinérants sera effectué cette année. Le tout premier recensement du genre avait été mené dans la nuit du 24 au 25 mars 2015. On avait alors dénombré 3016 personnes en situation d'itinérance visible, c'est-à-dire dormant dehors ou dans des refuges.

Cette année, il sera mené un mois plus tard, c'est-à-dire le 24 avril. Les responsables du décompte estiment qu'ils pourront dresser un portrait de la situation plus fidèle en avril, puisque la température est généralement plus élevée qu'en mars. Davantage de sans-abri pourraient alors décider de dormir à l'extérieur et ainsi être plus visibles.

Ce deuxième recensement en trois ans pourrait aussi permettre de voir jusqu'à quel point l'itinérance est en hausse dans les quartiers périphériques.

Des besoins criants, d'est en ouest

Depuis quelque temps, les sans-abri semblent plus nombreux dans Hochelaga-Maisonneuve. Dans la rue Ontario, une des artères commerciales les plus achalandées de l'arrondissement, on croise quotidiennement des gens installés sur le trottoir, en quête de quelques pièces de monnaie.

Hugo fait partie de ceux-là. Assis devant le Tim Hortons du coin par une soirée froide de janvier, il salue les passants, en espérant susciter leur générosité. L'itinérant, qui a déjà fréquenté le centre-ville par le passé, préfère vivre ici.

« Je me sens plus accueilli que dans d'autres quartiers où j'ai déjà été. Je trouve que je récolte plus de sourires que dans d'autres quartiers », dit-il. Il estime cependant qu'il y a peu de services offerts aux sans-abri. « Dans Hochelaga-Maisonneuve, il y a encore beaucoup de choses à faire. On pourrait peut-être nous aider un peu plus. »

Plus d'itinérants, moins de services

Tous les organismes auxquels nous avons parlé ont remarqué une hausse de l'itinérance dans les quartiers périphériques au cours des dernières années, alors que les services pour les sans-abri sont concentrés au centre-ville.

Devant cette nouvelle réalité, le Carrefour d'alimentation et de partage (CAP) Saint-Barnabé a décidé d'ouvrir un refuge dans Hochelaga-Maisonneuve. « Depuis trois ans, depuis qu'on est ouvert, il y a une croissance de l'itinérance. Chaque année, il y a de nouveaux itinérants qui arrivent », affirme le président du conseil d'administration de l'organisme, Marc Gagné.

Situé à quelques pâtés de maisons du boulevard Pie-IX, il s'agit du seul refuge de l'arrondissement et celui le plus à l'est de toute l'île de Montréal. L'endroit, qui compte 16 lits pour les hommes et 5 pour les femmes, est plein tous les soirs. Pour répondre à la demande, le CAP Saint-Barnabé estime qu'il faudrait au moins 60 places.

Lors de notre passage, des personnes hébergées ont évoqué différentes raisons pour lesquelles elles se trouvaient sur place. « Heureusement, on est ici et on est bien, on a une place pour dormir, au chaud. Mais sinon, toutes les autres places qu'on a appelées, c'était complet », nous a raconté une femme.

« Moi, j'arrive de Saint-Jérôme et présentement il n'y a pas de services pour les personnes en itinérance à Saint-Jérôme. Dans le fond, où on retrouve le plus de soutien et de services, c'est à Montréal », constate Jennifer, une jeune adulte.

« Comparativement au centre-ville, j'y ai été dans le passé, c'est la deuxième fois que je suis en itinérance, c'est un quatre étoiles et demi », ajoute un homme, faisant référence à l'accompagnement plus personnalisé que lui offre le CAP Saint-Barnabé.

Plusieurs facteurs mènent les itinérants à se diriger vers les quartiers périphériques, selon les organismes qui leur viennent en aide.

Ils évoquent entre autres la fermeture du square Viger, où des travaux de réaménagement doivent être effectués. L'endroit était fréquenté par de nombreux sans-abri, qui profitaient des structures de béton pour s'abriter du vent et des intempéries. Une répression policière accrue au centre-ville serait aussi l'une des causes du phénomène.

Pas d'endroit où dormir au chaud dans Le Sud-Ouest

Un nombre grandissant d'itinérants fréquentent aussi l'arrondissement du Sud-Ouest. C'est du moins ce qu'on a constaté à la Maison Benoît Labre, un centre de jour pour itinérants et personnes vulnérables situé en plein coeur de Griffintown.

Au cours de la dernière année, le nombre de repas servis y a bondi de 24 %. « C'est de moins en moins rare d'avoir 140 personnes; et d'énormes journées, on voit 180 personnes, ce qui est complètement fou », souligne la directrice générale de l'établissement, Andréane Désilets.

Le Sud-Ouest ne compte ni centre de soir ni refuge pour y passer la nuit. Les organismes communautaires de l'arrondissement ont cerné ces besoins depuis quelques années déjà. « Ça prend des sous, ça prend une volonté de [...] mettre des projets en place. Mais pour ça, on ne peut pas faire des collectes de fonds et vendre des hot-dogs. Ça ne marche pas, ça prend plus que ça », explique Andréane Désilets.

Elle réclame une hausse du financement et un engagement de tous les ordres de gouvernement pour combler ce qu'elle qualifie de « trou de services ».

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