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Mort de Clément Ouimet : le coroner recommande des mesures sécuritaires « appropriées »

Un an après la mort du jeune cycliste Clément Ouimet, victime d'une collision mortelle avec un véhicule utilitaire sport (VUS) alors qu'il descendait la voie Camillien-Houde, sur le mont Royal, le Bureau du coroner rend son rapport d'enquête et recommande de « mettre en place les mesures les plus appropriées » pour protéger les « utilisateurs vulnérables ». Le coroner ne se prononce toutefois pas sur le débat entourant la circulation de transit sur cette artère.

Un texte de Hugo Prévost et Romain Schué

Le constat est clair : « Clément Ouimet est décédé des suites d'un traumatisme craniocérébral » consécutivement à sa collision avec un VUS, lit-on dans le rapport du coroner.

L'accident, survenu le 4 octobre 2017, s'est produit lorsque le jeune homme de 18 ans a percuté la portière d'un véhicule effectuant un virage en U illégal à l'extrémité du muret de béton séparant les deux voies de la route qui traverse le parc du Mont-Royal.

Le conducteur du VUS, qui désirait retourner vers le sommet de la montagne, a d'abord déplacé son véhicule vers la droite de la route, avant d'effectuer le virage en U à l'endroit où le muret de béton disparaît pour céder sa place à une simple ligne jaune double.

Clément Ouimet, qui descendait rapidement la pente, n'a pas disposé du temps et de l'espace nécessaires pour freiner correctement, lit-on encore dans le document.

Toujours dans son rapport, le coroner écrit que l'« on ignore si le conducteur du VUS a actionné son clignotant pour indiquer son intention, ou s'il a vu le cycliste arriver derrière lui ».

Le document précise par ailleurs que « la manoeuvre du VUS a probablement surpris le cycliste, dont la roue arrière n'a laissé sur l'asphalte qu'une marque de freinage de moins d'un mètre ».

Vif débat public

L'accident mortel, survenu en pleine campagne électorale à la mairie de Montréal, continue de faire couler de l'encre.

Après l'installation temporaire de caméras de surveillance et de panneaux indiquant, tout près des lieux de l'accident, que les demi-tours étaient interdits, la nouvelle administration montréalaise, dirigée par la mairesse Valérie Plante, a décidé d'interdire temporairement la circulation de transit sur la voie Camillien-Houde.

Vivement décrié par une partie de la population de la métropole, le projet a pris la forme d'une période d'essai jusqu'au 31 octobre. Montréal entend également mener des consultations publiques. À l'Hôtel de Ville, l'administration estime que la fermeture permettra aux citoyens de se « réapproprier la montagne ».

Le Bureau du coroner ne se prononce pas sur la pertinence de l'interdiction de la circulation de transit, se bornant à dire que si telle est la volonté de la mairie, l'accès au belvédère sur la montagne devra être revu.

Actuellement, ledit belvédère a été aménagé pour ne permettre l'arrivée de véhicules qu'en provenance de l'ouest. Ces véhicules ne peuvent ensuite que se diriger vers l'est.

Il est aussi impossible, pour des véhicules provenant d'abord de l'ouest, de reprendre cette direction, à la sortie du belvédère, sans effectuer un virage en U.

« Il faudra repenser tout l'aménagement des lieux ou envisager d'autres solutions, par exemple, l'utilisation de navettes pour le transport des visiteurs au parc du Mont-Royal », écrit-on.

Le coroner mentionne par ailleurs que « la solution la plus adéquate pour assurer la sécurité [...] n'est pas facile à trouver ». Il souligne également que, selon le rapport de police, trois collisions avec blessés entre des véhicules et des vélos ont été répertoriées au même endroit depuis 2015.

L'opposition montréalaise dénonce le manque de mesures

Indiquant que le coroner « soulève de très bonnes questions », le chef de l'opposition montréalaise, Lionel Perez, a assuré que « ce même genre d'accident pourrait avoir lieu encore une fois sur la même partie du mont Royal. »

Selon lui, le projet pilote mis en place par l'administration Plante ne règle « aucunement » la sécurité des cyclistes.

« Oui, il y a moins d'achalandage pendant le projet pilote, mais il n'y a aucune mesure qui a été prise pour améliorer le sort des cyclistes sur la partie où ils partagent la route avec les automobilistes », a-t-il insisté.

Faux, a répondu la conseillère Marianne Giguère. « On en a fait beaucoup » en « éliminant la circulation de transit » et en diminuant « de façon très significative » le nombre de véhicules, a répondu celle qui est en charge de ce dossier pour Projet Montréal.

« Ça fait déjà une grosse différence », a-t-elle ajouté, précisant que « le fait qu'il n'y ait plus de transit a éliminé beaucoup de raisons de faire des U-turns. »

M. Perez n'a cependant pas voulu se prononcer sur une éventuelle fermeture du belvédère aux automobilistes. Disant vouloir « avoir une vue d'ensemble », Lionel Perez a précisé que « si on veut fermer le belvédère, il faut voir quelles sont les conséquences, s'il y a des alternatives », a-t-il mentionné.

« Il n'y a pas de solutions simples, a quant à elle fait savoir Mme Giguère, en rappelant qu'une consultation publique était en cours. Toutes les possibilités sont là. On va aller chercher la meilleure solution qui préserve l'accès et qui préserve surtout la vie humaine. »

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