Retour

Mort de Kimberly Gloade : un devoir de traiter les gens sans carte-soleil

Kimberly Gloade n'était pas la première Autochtone sans carte d'assurance-maladie à passer à travers les mailles du filet du réseau de la santé, mais les défenseurs d'un système de soins de santé universel veulent qu'elle soit la dernière à le faire.

La mort de Kimberly Gloade survenue en 2016 a incité Médecins québécois pour le régime public (MQRP), un regroupement de 500 médecins et résidents, à réclamer d’importants changements sur le plan de l’accessibilité des soins de santé.

« Ce n'est pas une attente raisonnable pour les hôpitaux et les autres institutions du réseau de la santé de s’attendre à ce que tout le monde qui se présente ait ses papiers en règle », a dit à CBC le Dr Samir Shaheen-Hussain, porte-parole de MQRP et pédiatre travaillant à l’urgence.

Âgée de 44 ans, Kimberly Gloade a quitté l'hôpital Royal Victoria, un établissement faisant partie du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), en février 2016, sans avoir pu voir de médecin.

Comme elle avait perdu sa carte d'assurance-maladie, elle s’était fait dire que pour consulter un médecin, elle devait payer plus de 1000 $. Elle est décédée à la maison deux mois plus tard d'une cirrhose.

Un rapport du coroner a indiqué que, bien que sa cirrhose ait été trop avancée pour empêcher sa mort, elle est décédée sans voir un médecin qui aurait pu lui expliquer ce qu’elle avait.

« Il ne s'agissait pas ici de prévenir un décès, désormais inévitable, mais simplement d'offrir l'accompagnement minimal qu'exige la décence en face de la mort, de la part d'une société digne de ce nom », avait écrit dans son rapport le coroner Jacques Ramsay.

Remises en question au CUSM

Le CUSM a ouvert une enquête qui a permis de déterminer que Kimberly Gloade avait bel et bien été rencontrée par une infirmière au triage, puis qu’elle avait été transférée au bureau des inscriptions, mais elle ne détenait pas sa carte d’assurance-maladie sur elle.

Dans une lettre adressée à sa mère en février 2016, elle racontait s’être fait voler son sac à main et être allée à l’hôpital avec son ami pour se faire soigner. Elle a écrit qu’on lui avait dit que « cela coûterait 1400 $ pour voir un médecin. Imagine! »

Elle s’était aussi confiée sur son état de santé : « Maman, c'est moi Kim! Désolée de ne pas t'avoir appelée depuis un moment, mais j'ai eu des problèmes avec ma santé, avait-elle écrit. Pour être honnête, je peux à peine marcher. Je ne peux plus le cacher. Je suis très malade. »

À la suite du rapport du coroner et de son enquête interne, la direction du CUSM a décidé de revoir des pratiques au chapitre de l’accueil des patients. Aujourd’hui, si un patient souhaite partir de l’hôpital parce qu’il ne possède pas d’assurance santé, le préposé à l’accueil est obligé de le rediriger au triage voir une infirmière qui déterminera s’il est sécuritaire ou non sur le plan médical de quitter les lieux.

« Cette affaire a éclairé beaucoup de gestionnaires », a dit à CBC le Dr Gilbert Boucher, vice-président de l’Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec.

« Du point de vue d'un médecin, rien n’a changé. Mais l’hôpital a réellement changé », explique ce médecin travaillant à l’urgence du CUSM.

Gilbert Boucher affirme qu’il peut y avoir des discussions à propos du remboursement du coût des soins médicaux pour les personnes qui ne sont pas assurées. Il précise cependant que ce sujet n’est pas abordé au début de la conversation.

Des politiques contradictoires

Shaheen-Hussain croit que les politiques entourant l’accueil des patients devrait être clarifiées davantage.

« Le ministère de la Santé doit établir une politique qui stipule que les gens ne seront pas facturés à l'avance pour les soins de santé qu’ils requièrent », estime-t-il.

Selon la politique actuelle du ministère de la Santé, les patients seront facturés pour les services obtenus en fonction d’une grille tarifaire dans les circonstances suivantes : s’ils ne bénéficient pas de l’assurance-maladie, s’ils ne recherchent pas l’asile ou s’ils proviennent d’un pays avec lequel le Québec n’a pas d’entente de réciprocité sur le remboursement du coût des soins reçus.

Toutefois, la politique ministérielle stipule aussi que les « médecins doivent prodiguer les meilleurs soins au patient quand sa condition médicale pourrait avoir de graves conséquences si elle n’est pas traitée », indépendamment de sa situation financière.

Le Dr Shaheen-Hussain souligne que ces politiques contradictoires posent un dilemme pour les travailleurs de la santé en première ligne. « C'est hypocrite - sans risquer d'être malhonnête – de suggérer que c'est au médecin de décider ou de mettre le poids de cette décision sur les épaules des infirmières », dit-il.

Il estime que l’idée de devoir payer la facture émise par un grand hôpital peut refroidir certaines personnes et les inciter à repartir sans recevoir les soins dont ils ont besoin.

« Je crois que c’est ici que la distinction entre être "formellement refoulé" et être refoulé de facto entre en ligne », déclare le DR Shaheen-Hussain.

Une règle très simple, dit Gaétan Barrette

Le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, parle du cas de Kimberly Gloade comme étant « une histoire extrêmement triste ».

Néanmoins, il insiste sur le fait que la directive première du ministère est claire.

« La règle au Québec est très simple. Si vous vous rendez à l’urgence et que vous avez un problème de santé urgent, vous serez soigné. Point final », a déclaré à CBC le ministre Barrette.

Par contre, il n’a pas voulu répondre aux questions sur les discussions entourant la facturation, qui pourraient dissuader les patients marginalisés à aller demander des soins.

Le budget du CUSM absorbe chaque année des millions de dollars de frais médicaux impayés.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Recettes de Noël - Ragoût de boulettes de dinde et épinards