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« Ne m'oublie pas », une pièce chère à la famille Duceppe

La pièce Ne m'oublie pas, présentée chez Duceppe, met en lumière un pan méconnu de l'histoire : celle des enfants surnommés les British Home Children.

Un texte de Valérie-Micaela Bain

Gerry, interprété par François Papineau, est un Australien, alcoolique depuis des années; un homme hanté par son passé. « C’est un gros magané, c’est un gars de 50 ans qui s’est formé une énorme carapace pour protéger le petit enfant qu’on a abusé pendant toutes ces années », explique le comédien. Sa fille Nathalie, jouée par Marie-Ève Milot, n’en peut plus de faire les frais du comportement destructeur de son père.

« C’est une pièce sur le non-dit aussi, parce que les personnages ont une incapacité à dire réellement ce qu’ils ressentent et à rentrer en contact ensemble », ajoute Frédéric Dubois, metteur en scène de la pièce Ne m’oublie pas.

Le personnage de Gerry est inspiré de ces enfants pauvres que la Grande-Bretagne a envoyés au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud, de la fin des années 1860 jusqu’au début des années 1970. Selon le magazine Canada’s History, 150 000 enfants se sont retrouvés dans l’un ou l’autre des pays de l’Empire britannique. Le Canada en a reçu 100 000 à lui seul.

Certains étaient orphelins, mais d’autres, comme Gerry dans la pièce de l’auteur Tom Holloway, ont été arrachés de leur famille. Il n’était pas rare de dire aux parents pauvres que leurs enfants étaient adoptés dans de bonnes familles. On cachait aussi la vérité à ces jeunes migrants.

François Papineau, qui ne connaissait rien de l’histoire de ces enfants migrants lorsqu’il a décroché le rôle de Gerry, est horrifié par ce qu’il a découvert. « De leur faire croire en plus que leurs parents sont morts pour alléger, en pensant alléger leurs souffrances (…), c’est d’une atrocité incroyable », explique-t-il.

Certains de ces enfants ont eu la chance d’être adoptés dans des familles aimantes, mais un grand nombre a servi de main-d’œuvre bon marché.

Dans la pièce, Nathalie oblige son père à partir à la recherche de ses origines. Un organisme retrouvera la mère de Gerry, interprétée par Louise Turcot, afin de les réunir.

Une page d'histoire bien connue des Duceppe

La famille Duceppe trouvait important de présenter Ne m’oublie pas au public. Le grand-père maternel de Gilles Duceppe, John James Rowley, est un British Home Child envoyé au Canada.

Grand-papa ne nous en a jamais parlé. On a vécu jusqu’à l’âge de 10 ans avec lui, et jamais il n'a dit ça. Il avait probablement un sentiment de honte, il voulait effacer ça, j’imagine.

Gilles Duceppe

« Ces enfants-là, qui à travers le monde, se sont fait arracher [à leurs parents] et qui ont vécu des vies atroces, n’ont pas eu de parole, poursuit François Papineau. Je me sens extrêmement privilégié et bouleversé d’avoir à faire ce travail-là, de dire que je serai votre représentant. Je serai là tous les soirs pour prendre votre parole et dire la douleur que vous avez vécue. »

Ne m’oublie pas est présentée chez Duceppe jusqu’au 25 mars.

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