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Nicole Clermont vivra ses premiers Jeux paralympiques à 55 ans

Nicole Clermont s'est retrouvée dans le conte de fées qu'est sa vie d'athlète paralympique par hasard. Si la directrice d'une école primaire s'était fait dire il y a quatre ans qu'elle porterait le maillot de l'équipe canadienne aux Jeux de Rio, elle aurait probablement éclaté de rire.

Un texte d'Alexandra Piché

Tout a commencé en 2011. Nicole Clermont participait à une activité avec son club cycliste amateur quand une amie a remarqué son léger handicap au bras gauche. L'amie en question était Suzanne Labrecque, médecin de l'équipe paracycliste canadienne.

« Elle m'a lancé : "Peut-être que tu pourrais faire du paracyclisme." Moi, je pars à rire! À mon âge! », se souvient Clermont, qui a fêté ses 55 ans jeudi dernier.
La blague s'est rapidement transformée en aventure. Quelques mois plus tard, elle rencontrait l'entraîneur de l'équipe nationale de paracyclisme Sébastien Travers pour voir si elle avait les qualités requises pour représenter le Canada sur la scène internationale.

« Je n'y croyais pas. Mais comme je suis curieuse, je suis allée le rencontrer. J'ai fait quelques tests et il m'a dit qu'il y avait du potentiel, malgré mon âge », explique la Québécoise.

Nicole Clermont est atteinte d'une atrophie du plexus brachial qui provoque une limitation du mouvement, handicap avec lequel elle vit depuis la naissance. Après deux tentatives, son dossier a été approuvé et elle a eu sa classification (C5). À peine quatre ans plus tard, elle s'apprête à s'envoler pour ses premiers Jeux paralympiques avec en tête l'objectif de monter sur le podium.

« Vous connaissez l'expression "pincez-moi, je dois rêver." Eh bien, je me pince chaque matin depuis quatre ans parce que je n'en reviens pas de ce que je vis. »

L'âge de la raison

Bien que Nicole Clermont soit la paracycliste la plus âgée de la formation féminine qui représentera le pays à Rio, c'est celle qui a le moins d'années de compétition dans les jambes. Elle se souvient encore de sa première course internationale.

« J'étais sur la ligne de départ, extrêmement nerveuse. C'était intimidant. Je ne me sentais pas à ma place du tout. Quand le départ a été donné, les autres roulaient déjà tellement vite. Je me disais que je ne pourrais jamais maintenir une telle vitesse. Éventuellement, j'ai appris à gérer mes courses », raconte l'athlète de Saint-Denis-de-Brompton.

Clermont était également intimidée par le jeune âge de ses adversaires. « Certaines auraient pu être mes filles. Disons que la semaine avant les courses, je vais au salon de coiffure pour être certaine que mes cheveux blancs soient bien cachés », dit-elle en riant.

Elle a cependant vite compris que son âge lui offrait un avantage que ses jeunes adversaires n'avaient pas : l'expérience. « L'âge, c'est juste le chiffre sur mon permis de conduire. Une fois que nous avons nos casques, nos maillots et que l'entraînement est terminé, nous voulons toutes monter sur le podium. En fait, une carrière n'est pas seulement basée sur la forme physique. C'est aussi tout ce qui précède les compétitions. »

Et c'est là que la cycliste croit qu'elle à un net avantage sur la jeunesse. « Comme je gère une école depuis longtemps, je suis habituée de gérer mon stress, de cuisiner pour bien m'alimenter et d'être organisée. Mon expérience de vie est un gros avantage sur les plus jeunes. Et malgré mon âge, j'arrive quand même à améliorer ma forme physique à chaque entraînement. »

Depuis ses débuts en 2013, la paracycliste a décroché neuf médailles en Coupe du monde et est montée sur la troisième marche du podium aux Jeux panaméricains de Toronto. Elle sait maintenant qu'elle a sa place parmi l'élite mondiale.

Tous avec « Mme Nicole »!

Nicole Clermont transpose sa passion pour le sport dans son quotidien de directrice d'école. À l'école primaire Boisjoli de Sherbrooke, il y a des vélos stationnaires dans les corridors.

« Pour certains, la récréation n'est pas assez longue. Ils ont trop d'énergie pour pouvoir se concentrer durant toute la journée. Nous leur permettons donc de pédaler quelques minutes sur les vélos pour évacuer ce surplus d'énergie. Il est important de préciser que ce n'est pas une punition pour les élèves, c'est une façon de les aider », indique celle qui a une formation d'enseignante en éducation physique.

L'athlète délaisse parfois même son rôle de directrice quelques minutes pour jouer les entraîneuses avec les élèves en pleine action. « Des fois, je circule dans les couloirs et je donne de petits défis aux jeunes qui sont en train de pédaler. Je leur dis : "Allez, on y va pour un sprint de deux minutes." On fait des petits concours aussi parfois. »
C'est important pour elle d'être un exemple pour ses protégés. « Je veux que les élèves puissent tirer avantage de mon expérience, qu'ils apprennent qu'avec de la persévérance, on peut atteindre nos rêves. Ils sont toujours heureux de voir mes médailles quand je rentre d'une compétition à l'étranger. »

« Mme Nicole » espère bien avoir une médaille paralympique à montrer à ses élèves de l'école Boisjoli en revenant du Brésil. Elle prendra part à la poursuite de 3 km sur piste, au contre-la-montre sur route et à la course en ligne.

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