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Nikamotan MTL, une occasion de réactualiser l'identité autochtone

Ils vous le diront eux-mêmes; trop souvent les artistes autochtones doivent mettre de côté leur art pour répondre aux questions d'actualité concernant leurs communautés. On les voit de plus en plus et pourtant on les écoute peu. Pour remédier à la situation, l'organisme Musique Nomade leur donne toute la place pour chanter haut et fort dans le cadre de son grand rendez-vous annuel Nikamotan MTL.

Un texte de Vanessa Destiné

Pour cette nouvelle édition, l’équipe de Musique Nomade, qui a pour mission d’accompagner et de soutenir les artistes autochtones de la relève, a choisi de présenter des œuvres musicales nées de rencontres provoquées entre 10 artistes de divers horizons par l’entremise du projet multidisciplinaire Vélo Paradiso.

Ce projet, alliant cinéma et musique, a été élaboré en partenariat avec Wapikoni Mobile dans le cadre des festivités entourant le 375e anniversaire de Montréal. Il a donné lieu à cinq co-créations sonores et visuelles que se partagent les artistes sous forme de duos.

Chaque extrait célèbre un quartier différent de la métropole. Les artistes ont tellement été emballés par ces collaborations que l'équipe de Musique Nomade a voulu les reproduire devant public au cours d'un événement de plus grande envergure.

C’est donc le fruit de ces rencontres qui sera présenté sur la scène principale de la place des Festivals ce vendredi. Les spectateurs pourront notamment entendre les duos formés de la poète et militante innue Natasha Kanapé Fontaine, les chanteurs/rappeurs de Random Recipe, « l’innu moderne » Matiu ainsi que Dramatik, vétéran de la scène hip-hop montréalaise.

Des rencontres humaines riches

Pour Matiu, jeune auteur-compositeur-interprète originaire de la communauté de Mani-Utenam, qui collabore avec Dramatik sur le morceau « Je gratte ciel et terre », l'expérience avec Musique nomade a été plus que cool.

« C'est une collaboration interculturelle, c'était vraiment cool et c'était un beau défi. Je vous dis beau défi parce qu'en six jours, fallait écrire, composer et enregistrer... ça laisse pas beaucoup de temps pour faire une toune! T'es un peu mis on the spot : let's go, on fait ça avec un thème qui est un peu Montréal, mais c'est vraiment cool tout ce qui est sorti de ces collabos-là ».Dans « Je gratte ciel et terre », Matiu et Dramatik décrivent le parcours d'un déraciné anonyme qui déambule dans les rues de l'arrondissement Ville-Marie. « J'ai un peu raconté ma venue à Montréal parce que je suis vraiment pas un gars de ville », explique Matiu en ajoutant qu'il évite de passer plus de quatre jours dans la métropole. « Surtout l'été », précise-t-il alors que le mercure affiche pas loin de 35 degrés Celsius sur l'île.

Le jeune auteur-compositeur-inteprète se compte bien chanceux d'avoir pu travailler avec le rappeur Dramatik, un artiste qu'il admire depuis son adolescence, pour l'aider à traduire la réalité montréalaise.

« Moi je connais Dramatik depuis longtemps, c'est quand j'étais à l'école secondaire, quand j'étais un peu plus yo puis que j'écoutais Muzion [un groupe de hip-hop québécois formé des rappeurs Dramatik, Imposs et J.Kyll]. C'était vraiment avec lui qu'il fallait que je le fasse. Je ne fais pas de la musique rap, mais mélanger les styles, c'est ça le défi », raconte-t-il.

Matiu croit d'ailleurs que cette nouvelle édition de Nikamotan MTL puise sa force dans la diversité; tant au niveau des genres musicaux que dans les racines des interprètes. « La diversité c'est pas mal ce qui se passe à Montréal. C'est plus justes les Blancs pis les Indiens, maintenant il y a beaucoup de monde et [Montréal] c'est un gros partage de tout ce monde-là », soutient-il.

Même son de cloche du côté de la musicienne La Bronze, qui interprète la pièce « Smell of your light » avec Esther Pennell, une auteure-compositrice originaire de la communauté micmaque de Qalipu, en Ontario.

« Au-delà de la rencontre humaine qui est riche, symboliquement le fait de collaborer avec quelqu'un des Premières Nations c'est le fun, c'est leur donner une réactualisation de leur identité. [Nikamotan MTL] ça les inclut dans ce qui leur appartient, c'est-à-dire cette terre ».

C'est dans cet esprit que La Bronze a abordé sa collaboration avec Esther Pennell dont elle garde d'excellents souvenirs . « On s'est rencontrées, on s'est tout de suite aimées, la création s'est faite extrêmement rapidement, c'était extrêmement organique », raconte-t-elle en parlant de la pièce « Smell of your light », qui nous fait visiter différents secteurs de l'arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie à travers un parcours onirique.

Pour La Bronze, qui est née à Montréal de parents marocains, les échanges culturels, comme celui qu'elle a partagé avec sa partenaire de chant, sont importants. Mais elle regrette de voir les artistes autochtones et ceux issus de la diversité être cantonnés au rôle de « l'Autre ». « Je ne suis pas une artiste de la diversité, on est tous issu de la diversité », explique-t-elle.

« On dit ''Oh, des artistes de la diversité! Oh, de l'art autochtone!'' Mais pourquoi mettre l'accent là-dessus? C'est de l'art, juste de l'art. On peut inclure l'art autochtone dans l'art commun. [...] On a souvent tendance à vouloir mettre les gens dans des petites cases, mais je trouve ça réducteur », ajoute la chanteuse qui espère que l'événement d'aujourd'hui permettra justement au public de se défaire de ces « petites cases ».

Nikamotan MTL réunira huit des dix artistes ayant pris part à l'expérience Velo Paradiso. Les musiciens et chanteurs doivent également présenter des pièces de leur répertoire respectif. L’événement risque d'emprunter à plusieurs genres musicaux tels que le slam, le folk et l'électro, mais les organisateurs assurent que le tout restera harmonieux et surtout très rassembleur.

Le spectacle est présenté dans le cadre du festival Présence autochtone qui se déroule du 2 au 9 août dans la métropole.

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