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Osheaga Jour 2 : Lana Del Rey et la langueur de l'été

Lana Del Rey clôturait samedi soir la deuxième journée du Festival Osheaga et l'artiste quelque peu hésitante et maladroite de ses débuts a désormais fait place à une jeune femme assumée et assurée.

Un texte de Philippe Rezzonico

Même les conditions climatiques épousaient à merveille la production de la chanteuse. La chaleur encore bien présente de la magnifique journée estivale donnait était une valeur ajoutée aux images des vidéos de High By the Beach, Honeymoon et Summertime Sadness.

Il y a une langueur omniprésente dans l'univers de Lana Del Rey, autant dans le ton de la voix et le geste minimaliste que dans l'enveloppe sonore. Elle a beau s'offrir quelques pas de danse synchronisés avec ses choristes, ici et là, cela n'a rien à voir avec l'énergie d'un spectacle de Janet Jackson.

Avec Lana, tout se passe au ralenti, comme si on prenait le temps de saisir le sens propre et le deuxième degré de textes de chansons phares comme Cruel World, Born To Die et Lolita, cette dernière aussi suggestive dans le propos que la chorégraphie.

Impeccable au plan vocal, Del Rey sait maintenant établir un contact sans faille avec les spectateurs des premiers rangs. Les clins d'œil et les sourires complices étaient nombreux.

Elle a même donné suite à ce qui a semblé être une demande d'une des nombreuses spectatrices massées au-devant la scène extérieure : interpréter Chelsea Hotel # 2, de Leonard Cohen, chanson qu'elle a enregistrée dans le passé.

« Chelsea Hotel? Mmm... Attendez un instant que je me rappelle... »

Et elle a enchaîné avec une version a cappella, s'il vous plaît, du classique du poète montréalais. Nous avons eu droit à cette chanson de la part de Lana Del Rey et des Red Hot Chili Peppers durant le même week-end. Qui l'eût cru?

Et Del Rey ne s'est pas laissé démonter par les feux d'artifice de la Ronde qui n'ont pas éclaté aux moments les plus judicieux. L'ancienne Lana aurait probablement été démontée. Pas la nouvelle.

Près d'une dizaine d'autres groupes ou artistes ont jalonné mon parcours durant dix heures, samedi. Voici quatre autres critiques et des constats révélateurs de l'ambiance qui règne sur le site.

The Last Shadow Puppets

Je m'attendais à de belles choses pour le retour de The Last Shadow Puppets, formé des Britanniques Alex Turner (Arctic Monkeys) et Miles Kane (The Rascals), mais pas à voir Turner se pointer avec un veston blanc, des lunettes aviateur et à interpréter dans un élan de folie Les Cactus, de Jacques Dutronc, dans un français impeccable teinté d'un joli accent.

Turner, Kane et leurs musiciens étaient accompagnés d'un quatuor à cordes qui - loin d'être sirupeux - ajoutait du mordant dans les chansons du duo quand il le fallait ou les enjolivait au plus haut point, peu importe si elles étaient tirées de The Age of the Understatement (2008) ou de Everything You've Come To Expect (2016). Les cordes, c'est l'une des marques de commerce du duo.

Une heure de musique brute (Bad Habits), vibrante (Aviation), envoutante (Used To Be My Girl) et hautement mélodique (Meeting Place, Standing Next To Me). Excitant d'un bout à l'autre. Mon meilleur concert du week-end.

The Arcs

The Arcs, c'est le projet parallèle de Dan Auerbach (la moitié du duo des Black Keys) avec quatre collègues musiciens. Mais c'est, en définitive, beaucoup plus un deuxième groupe bien à lui qu'un projet partagé.

Un peu comme Jack White avec ses diverses collaborations, la marque distinctive d'Auerbach se repère sur toutes les chansons du disque, lors des solos de guitare, et, bien sûr, au plan vocal.

La différence, c'est que la musique de The Arcs est plus tempérée, plus riche et bien moins rentre-dedans que celle des Black Keys. On navigue dans le rock un peu crasseux, charpenté de couches de guitares, le tout, amplifié par les chœurs de trois choristes vêtues en costumes de Mariachis.

Auerbach peut être romantique (Put a Flower in Your Pocket), touchant (Stay In My Corner), déchiré (Outta My Mind) et même s'offrir une relecture formidable de Smiling Faces Sometimes, des Temptations. Excellent.

July Talk

Lui : un look presque BCBG et une voix grave qu'envieraient des chanteurs de métal. Elle : une allure de bibliothécaire, une taille menue et une voix aérienne. Eux : ce sont Peter Dreimanis et Leah Fay de July Talk, duo torontois à la complicité sulfureuse qui concocte des chansons dynamitées.

Fay tire les cheveux de Dreimanis durant Push + Pull ou qui lui donne carrément des coups de pieds (nus, tout de même) lors d'une version déjantée de Paper Girl. En alternance, l'un ou l'autre plonge dans la foule, et elle se permet de marcher sur le rail de sécurité, d'asperger de flotte ses vêtements. Quarante-cinq minutes d'amour physique et de musique efficace avec le concours des obligatoires canons à eau.

The Damn Truth

Nous sommes plusieurs collègues à penser que le groupe montréalais The Damn Truth aurait mérité une meilleure case horaire que la toute première prestation sur la scène de la Vallée, à 13 h 30. Cela importe visiblement peu à la chanteuse Lee-La Baum et ses collègues.

Devant une foule mince, mais acquise à sa cause, le groupe a balancé une demi-douzaine de titres en 35 minutes sous un soleil de plomb : une voix puissante, des guitares acérées, un soupçon de distorsion et une attitude qui va de pair.

Quand Baum est venue terminer sa prestation sur le gazon au milieu de la foule, je me disais que le groupe allait se retrouver plus haut sur l'affiche lors de son prochain passage au festival Osheaga.

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