Ballou Jean-Yves Tabla impressionne à ses débuts dans la MLS, à 18 ans. Il est l'un des rares produits québécois de l'Académie de l'Impact, créée en 2010, à s'imposer comme partant avec le grand club.

Un texte de Christine RogerMaxim Tissot et Karl Ouimette ont certainement connu de bons moments à Montréal, mais leur aventure au Québec n’a pas duré. Si certains joueurs locaux se retrouvent sous d’autres cieux, les Québécois qui sont toujours avec l’Impact, comme Louis Béland-Goyette, Anthony Jackson-Hamel ou David Choinière, sont majoritairement confinés à un rôle de réserviste.

Alessandro Riggi, joueur formé à l’Académie, ne pense pas que la cause est un manque de talent, mais plutôt un manque d’occasions.

« L’Impact a de la misère à donner des chances et à croire en ses produits locaux. Il faut juste qu’il nous donne du temps de jeu », souligne celui qui a porté les couleurs du FC Montréal en 2015-2016.

Si le directeur de l’Académie, Philippe Eullaffroy, reconnaît que les dirigeants de l’Impact peuvent être plus exigeants envers les joueurs québécois, il ne voit aucune corrélation entre l’origine d'un joueur et son temps de jeu.

James Geffrard, qui a fait ses classes dans l’organigramme de l’Impact, a rapidement compris que la devise du club, « Tous pour gagner », n’était pas de la frime. La priorité était, et est toujours, de gagner.

« Montréal est un club de la MLS difficile à percer. Ils avaient beaucoup d’attentes envers les jeunes. Ils ne voulaient pas seulement prendre un Québécois pour prendre un Québécois. Il fallait vraiment qu’ils voient en toi le joueur capable de faire gagner l’équipe », raconte Geffrard, qui joue maintenant avec l’équipe finlandaise d’Ekenäs.

Saisir les occasionsUn joueur peut posséder le plus grand talent du monde, mais il doit surtout savoir saisir les occasions. Anthony Jackson-Hamel en sait quelque chose.

Au premier match de la saison face aux Earthquakes de San Jose, Nick DePuy avait été préféré au Québécois, à la grande surprise de plusieurs observateurs. Limité à une minute de jeu depuis le début de la saison, Jackson-Hamel est entré sur le terrain en fin de match contre Atlanta et a réussi à brouiller les cartes. Il a marqué un but pour procurer une première victoire cette année à son équipe.

« Pour avoir du temps de jeu, pour réussir une carrière au plus haut niveau, il faut qu’il y ait des circonstances favorables. Ces événements aident à convaincre les dirigeants de l’importance de ces joueurs formés au club. Maintenant, c’est à eux de continuer à gagner du temps de jeu », souligne Philippe Eullaffroy.

Il n’y a pas de formule magique pour le développement des joueurs. Avoir des joueurs talentueux comme Louis Béland-Goyette et David Choinière qui se contentent de réchauffer le banc n’est certainement pas un scénario idéal.« C’est sûr qu’à un moment donné, quand un joueur ne joue pas, ce n’est pas forcément bon pour lui. C’est là qu'entre en jeu notre affiliation avec le club d’Ottawa. C’est peut-être des joueurs qui seront prêtés pour avoir du temps de jeu en USL. Mais s’ils restent en santé et qu’ils s’entraînent tous les jours à un haut niveau, ce n’est pas une perte de temps », assure le directeur de l'Académie.

La fin du FC Montréal, un échec?

Certains ont vu la dissolution du FC Montréal en décembre dernier comme un désaveu envers le développement des produits québécois. C’est le cas d’Alessandro Riggi, qui joue maintenant avec le Rising de Phoenix, en USL.

Eullaffroy, qui était l’entraîneur du FC Montréal en USL, ne voit pas cette décision de l’Impact de Montréal comme un échec.

« C’est une déception, c’est certain. Ça nous motive encore plus pour travailler mieux afin d’amener des jeunes de 19 ans les mieux préparés possible à être performants en USL avec Ottawa. Après, on espère se servir d’Ottawa comme tremplin pour qu’ils atteignent la première équipe », explique-t-il.

Ces talents expatriésLes joueurs qui ont réussi à percer la formation montréalaise ne sont pas nombreux et plusieurs d’entre eux ont poursuivi leur carrière à l’étranger. C’est notamment le cas de Masta Kacher (Colorado, USL), de Zakaria Massoudi (Norvège) et de Fabio Morelli (Suisse). Eullafroy est très fier de voir des joueurs qu’il a côtoyés obtenir du succès.« Quand ces jeunes réussissent, ça nous fait plaisir. Notre récompense, elle n’est pas financière ou ce ne sont pas des titres. Notre réussite, c’est la leur. Nous travaillons pour qu’ils s’épanouissent au sein de l’Impact dans la MLS, mais si c’est ailleurs, nous nous disons que nous avons quand même bien travaillé. »La patience est donc de mise. Philippe Eullaffroy rappelle que le développement des jeunes joueurs est une idée exploitée en Europe depuis 45 ans. En Amérique, cette approche a été adoptée il y a moins de dix ans.

Il ajoute qu’il est indispensable de pouvoir comparer nos jeunes Québécois à des joueurs évoluant dans des pays où le soccer est une religion. C’est la raison pour laquelle l’équipe U-13 de l’Académie revient tout juste de France, où elle a participé au Tournoi Sans Frontière et terminé 11e sur 24 clubs.« Nous ne sommes pas encore en mesure de gagner ce genre de compétition, mais nous sommes capables de rivaliser avec la majorité de ces équipes », indique Eullaffroy.Voir un Québécois dans une grande équipe européenne comme le FC Barcelone ou Chelsea n’est peut-être pas si utopique qu’on pourrait le croire, selon lui.« Je ne pense pas que nous allons attendre encore 15 ans. Nous sommes proches. Nous devons sans doute attendre quatre ou cinq ans avant de voir un gamin qui éclate en MLS et qui est acheté par un club européen. Il va alors prouver que nous ne sommes pas plus mauvais qu’ailleurs », prédit Philippe Eullaffroy.

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