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Où y a-t-il eu des punaises de lit à Montréal?

Aucun quartier de Montréal n'est épargné par l'épidémie de punaises de lit qui sévit dans les grandes villes du monde depuis plusieurs années déjà. La Ville de Montréal vient de publier les données transmises par les exterminateurs depuis 2011. Constat : la bataille est loin d'être gagnée.

Un texte de Mathieu Gobeil

Depuis les cinq dernières années, les exterminateurs rapportent avoir fait environ 5700 interventions en moyenne par année pour éradiquer les punaises de lit dans des appartements et des maisons sur le territoire de la métropole.

On note une croissance marquée entre les années 2011 et 2013 (avec un pic de 9643 exterminations cette année-là), puis une légère diminution à partir de 2014, selon les données de la Ville.

« Ça ne va pas aller en décroissance, c'est sûr », affirme d'emblée Pierre St-Louis, propriétaire d'Abiosphère, qui dit avoir plutôt noté chaque année une légère augmentation du nombre d'exterminations que son entreprise effectue. « Parce que les punaises ont développé beaucoup de résistance par rapport aux insecticides homologués », poursuit-il.

« C'est difficile de cibler vraiment les endroits où c'est pire [à Montréal], mais il y a des quartiers plus problématiques que d'autres. C'est souvent relié à la pauvreté. Les gens vont ramasser des meubles, par exemple », qui peuvent contenir des punaises, dit Pierre St-Louis.

« C'est difficile à enrayer. Beaucoup de gens sont laissés à eux-mêmes dans ces situations. Les locataires n'ont pas nécessairement les bons outils pour régler le problème. Souvent, les gens vont essayer de tuer les punaises par eux-mêmes, avec des insecticides », souligne-t-il.

Le problème tient beaucoup à un manque d'information et à une mauvaise communication entre propriétaires et locataires, selon M. St-Louis, qui fait aussi remarquer que de beaucoup de propriétaires refusent de payer les traitements, même s'ils sont obligés de le faire.

Steve Lemieux, propriétaire d'Axon Extermination, est du même avis. « Ce que les propriétaires d'immeubles nous disent depuis les deux derniers mois, c'est qu'ils n'ont plus d'argent et que les locataires ont loué un appartement sans punaises de lit et donc, que c'est [aux locataires] de les traiter. »

Et lorsqu'un locataire mal informé tente des traitements par lui-même, il peut empirer la situation.

« Un appartement avec des punaises de lit, si les gens ne le traitent pas bien, s'ils achètent des produits domestiques pour le faire, ils vont infester leur immeuble au complet et malheureusement, c'est ce qui arrive depuis les quatre à cinq dernières années. »

Même lorsque les exterminateurs professionnels interviennent, les locataires doivent bien préparer leur logement et mettre en oeuvre toutes les recommandations (laver et sécher tous les vêtements, passer fréquemment l'aspirateur, soulever les matelas, ne pas utiliser d'autres insecticides) - un processus fastidieux qui s'étend sur plusieurs semaines, rappelle M. St-Louis.

Bien souvent, le traitement des professionnels va échouer parce que les locataires ne font pas tout le nécessaire demandé par l'exterminateur.

Selon Pierre St-Louis, les rapports des exterminateurs que possède la Ville sont loin de donner un portrait complet. Les exterminateurs doivent non seulement préciser le lieu et la date du début du traitement, mais aussi fournir des renseignements en ce qui a trait aux visites de suivi.

« Beaucoup d'exterminateurs qui interviennent à Montréal ont leur bureau [à l'extérieur de l'île]. Je sais par expérience qu'ils ne mentionnent pas tout dans le registre », dit-il. D'autres exterminateurs, qui ne font pas partie de l'Association québécoise de gestion parasitaire, omettent de faire des rapports, poursuit M. St-Louis.

De plus, lorsqu'un propriétaire demande à un concierge, par exemple, de traiter lui-même l'immeuble (ce qui peut s'avérer efficace ou non), cette situation ne sera pas prise en compte dans le registre.

Le nombre d'exterminations que la Ville a publié représente seulement une fraction de toutes les interventions réalisées, estime-t-il, en raison de tous ces facteurs.

L'opposition à la Ville de Montréal réclame plus d'inspecteurs, de publicités préventives ainsi que la création d'un fonds d'urgence pour aider les locataires, les propriétaires et les clientèles vulnérables à payer les coûts d'extermination.

« Ça prend surtout un fonds d'urgence pour justement financer des exterminations dans des endroits où, si le fonds d'urgence n'existe pas, on sait qu'on ne sera pas capable de régler le problème », explique Sylvain Ouellet, porte-parole en matière de développement durable à Projet Montréal.

Du côté de l'administration Coderre, on rappelle qu'un projet pilote d'aide financière a aidé une centaine de ménages vulnérables à nettoyer leurs logements, cette année, et que la responsabilité d'engager des inspecteurs relève des arrondissements.

« S'il y a des locataires qui constatent la présence de punaises de lit, et qui l'ont signalé à leur propriétaire et que le propriétaire n'a pas agi, il faut que ces personnes communiquent avec le 311, avec les inspecteurs dans chacun des arrondissements, afin que nous, comme Ville, on puisse envoyer des inspecteurs faire les constats d'inspection nécessaires si le propriétaire résiste », affirme Russell Copeman, responsable de l'habitation au comité exécutif de la Ville.

« Je ne crois pas qu'on a perdu le contrôle, mais il faut se donner de meilleurs moyens. Il faudrait qu'il y ait une campagne du gouvernement provincial », selon M. St-Louis, qui soutient que Québec a bien peu fait jusqu'à maintenant. « Ce sont les municipalités qui sont prises avec ça. »

« Si on laisse le problème aller, ça va vraiment être pire », dit-il.

Avec les informations de Sarah Sanchez

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