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Ovechkin ou Kuznetsov pour le Conn-Smythe? La réponse est évidente!

BILLET - Après trois tours éliminatoires totalement enlevants, on s'attendait à ce que les séries éliminatoires de la Coupe Stanley se terminent par un thriller de tous les instants. Or, curieusement, la finale entre les Capitals de Washington et les étonnants Golden Knights de Vegas s'avère l'un des affrontements les plus ternes du tournoi printanier.

Après les finales d’Associations, j’écrivais dans cette chronique que Marc-André Fleury (qui affichait alors la meilleure moyenne d’efficacité de l’histoire de la LNH en séries, soit ,947) était essentiellement responsable de la présence en finale des nouveaux chouchous de la LNH. Comme le dit si bien un vieil adage du hockey, montrez-moi un grand gardien et je vous montrerai un excellent entraîneur.

Au cours des trois premiers tours, Fleury était à ce point efficace qu’il procurait à son équipe l’équivalent d’un avantage d’un but par rencontre. Avec un gardien vivant sur cette inaccessible planète, des équipes comme Toronto, Columbus, Pittsburgh, et même les jeunes de l’Avalanche du Colorado auraient aussi pu connaître un très long parcours en séries.

Depuis le début de la finale, Fleury a toutefois perdu sa touche magique. Il présente une moyenne d’efficacité de ,845 et vient de disputer quatre matchs de suite sous la barre des ,900, chose qui ne lui était pas arrivée depuis février 2013. Si son homologue Braden Holtby s’était montré un peu plus solide dans le premier match (un duel rocambolesque durant lequel l’avance a changé de camp cinq fois), les Capitals seraient déjà en train de célébrer un balayage.

Entre deux équipes qui excellent défensivement, dans la très grande majorité des cas, celle qui aligne les attaquants les plus talentueux finit par s’en sortir. Marc-André Fleury avait renversé cette forte tendance face aux Jets de Winnipeg, mais tout indique que, cette fois, il ne parviendra pas à sortir un autre lapin de son chapeau.

Cela dit, la piètre moyenne d’efficacité de Fleury n’est que le reflet de la domination qu’exercent les gros canons des Capitals sur la défense de Vegas. Les deux équipes sont presque nez à nez au chapitre des chances de marquer de qualité (37 à 33 pour les Capitals), mais Washington ne rate pas ces précieuses chances lorsqu’elles se présentent.

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Outre l’impact considérable de Fleury, à peu près tous les piliers offensifs des Golden Knights sont en train d'expérimenter la même traversée du désert que les redoutables attaques des Penguins de Pittsburgh et du Lightning de Tampa Bay avaient vécue lors des tours précédents.

À forces égales, l’étau défensif de Barry Trotz empêche les adversaires de générer de la vitesse en zone neutre. Vegas est la troisième équipe d'affilée avec un jeu peu physique et essentiellement basé sur la vitesse que les Capitals affrontent. Et pour la troisième fois, Washington s’en donne à coeur joie.

William Karlsson, Jonathan Marchessault, Alex Tuch et Eric Haula, qui ont collectivement inscrit 114 buts pour Vegas durant la saison, n’ont secoué les cordages qu’une fois depuis le début de la finale. Et encore, leur seul but a été l’oeuvre de Karlsson, à peu près invisible dans cette série.

Lorsqu’on additionne tous ces facteurs, on conclut que minuit a sonné et que le carrosse doré des Knights ne défilera pas avec la coupe sur la Strip.

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Pour terminer, il faut souligner à grands traits que si la tendance actuelle se maintenait, ce serait une incroyable injustice si le trophée Conn-Smythe devait être remis à un autre joueur qu’Evgeny Kuznetsov.

Depuis le deuxième tour des séries, toute la trame narrative du parcours des Capitals tourne autour de l’histoire d’Alex Ovechkin, qui n’a jamais réussi à soulever la coupe et qui a dû avaler une longue série de déceptions et de reproches en séries malgré une carrière individuelle exceptionnelle.

Cela dit, le rôle des confrères et consoeurs appelés à déterminer le gagnant du Conn-Smythe consiste à identifier le joueur qui a eu le plus d’impact sur le parcours éliminatoire de son équipe. Ce vote n’est pas un concours de popularité ou une occasion de façonner ce qui constituerait la plus belle manchette le lendemain.

En 2016, Kris Letang avait été victime de ce genre de vote lors de la conquête des Penguins. Du début à la fin des séries, le défenseur québécois avait clairement été le meilleur joueur de son équipe, mais le prestigieux trophée avait tout de même été décerné à Sidney Crosby. Les voteurs se disaient qu’après deux coupes, il était anormal qu’Evgeny Malkin ait un Conn-Smythe à son actif et que Sid the Kid n’en ait pas. Et puis, qui n’adore pas Crosby?

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Cette année, Kuznetsov est devenu le cinquième joueur seulement à atteindre le plateau des 30 points en séries depuis le début des années 2000 (après Malkin et Crosby en 2008-2009, Brière en 2009-2010 et Couture en 2015-2016). En plus, sa séquence de 11 matchs avec au moins un point en séries n’était que la cinquième du genre depuis... 1997. Sans compter le fait que 9 de ses 12 buts ont été inscrits à forces égales.

Mais surtout, dans chacune des séries disputées par son club cette année, chaque fois que les Caps arrivaient à des passages critiques où ils avaient l’habitude de s’écrouler, c'est Kuznetsov qui a pris les choses en main.

Au premier tour, au moment où Washington accusait un retard de 1-2 dans sa série face à Columbus, c’est Kuznetsov qui a enchaîné avec une performance de 1 but et 3 passes pour remettre le bateau à flot.

Au tour suivant, quand les Caps étaient à égalité 2-2 face à leur bête noire, les Penguins, Kuznetsov a encore sonné la charge avec un but et une passe dans une victoire de 3-1 pour placer Pittsburgh au bord du précipice. Lors du match suivant, c’est Kuznetsov qui a scellé l’élimination des doubles champions de la Coupe Stanley et l’une des plus importantes victoires de l’organisation en inscrivant le but gagnant.

En finale d'Association face au Lightning, alors que son équipe était encore en train de s’écrouler, Kuznetsov a continué de disputer du hockey hallucinant. Il a marqué dans quatre rencontres de suite et récolté des points à tous les matchs. Pendant que ses coéquipiers semblaient éteints lors d'une séquence de trois défaites, le centre russe continuait d’obtenir ou de créer des chances de marquer à la pelletée. Outre Mark Scheifele, des Jets, aucun autre attaquant impliqué en séries n’a assumé un rôle plus névralgique sur les performances offensives de son équipe.

Nous voilà en finale, et le même manège se reproduit.

L’ultime série était égale 1-1 quand, dans le troisième match, Kuznetsov a récolté 1 but et 1 aide dans une victoire de 3-1 des Caps. Puis lundi, il a littéralement taillé la défense des Golden Knights en pièces en créant trois chances de marquer directes et en récoltant quatre mentions d’aide dans une victoire de 6-2.

À ce stade des séries, ça défie donc toute logique que le nom de Kuznetsov commence à peine à être mentionné dans la même phrase que celui d’Ovechkin lorsqu’il est question du Conn-Smythe. Dans les faits, la course à l’obtention de ce prestigieux trophée n’est même pas serrée.

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