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Pas d'électricité pour les locataires d'une maison de chambres présentée comme un « manoir »

On leur avait promis un manoir au cœur de Montréal, mais une demi-douzaine de locataires d'une maison de chambres du centre-ville sont privés d'électricité depuis 10 jours en raison d'une facture impayée.

Un texte de Steve Rukavina et de Sudha Krishnan, de CBC

Le propriétaire de l'immeuble, Maan Malouf, blâme Roominex, une agence de location à court terme de Montréal qui sous-loue des chambres dans la maison. M. Maloof dit que l'agence lui loue bel et bien l'immeuble, mais qu’elle ne l'a pas payé depuis plus d'un an.

Aucun des locataires n'a voulu que CBC News publie son nom. Certains sont des étudiants étrangers et ils craignent que le fait de se plaindre puisse mettre en péril leur statut d'immigration.

Ils vivent sans électricité depuis le 7 mai.

Pas exactement comme annoncé

Le site web de Roominex décrit la propriété, située en face de l'Hôpital général de Montréal sur le chemin Côte-des-Neiges, comme « un immense manoir qui offre une façon unique de vivre en communauté et en société ».

« Vous ne trouverez JAMAIS rien de tel au centre-ville de Montréal », poursuit Roominex.

De l'extérieur, le bâtiment semble en effet être un imposant manoir de deux étages.

À l'intérieur, par contre, la maison est décrépite et abîmée. Les chambres sont spartiates et sont meublées uniquement de lits simples défoncés et de petits bureaux. Les placards n'ont pas de portes.

Une salle de bain semble être utilisée comme placard, avec des ordures poussiéreuses empilées dans l'évier et sur les toilettes.

Dans la cuisine commune, l'odeur de nourriture pourrie est omniprésente, le réfrigérateur étant hors service depuis que l'électricité a été coupée.

Pas le bon permis pour le bâtiment

Les locataires disent qu'ils paient leur loyer chaque mois à Roominex, en plus d’avoir payé à l'avance le premier et le dernier mois de leur séjour.

Sur le site web de Roominex, le fondateur Christian Levasseur décrit l'entreprise comme « un monde où les maisons intelligentes et le réseautage se combinent pour atteindre un objectif commun de durabilité sociale ».

Le site, qui s'adresse aux étudiants et aux voyageurs, propose des locations à court terme dans plus de 15 immeubles de Montréal.

Au rôle d'évaluation de la Ville, l'immeuble du chemin Côte-des-Neiges est inscrit comme un domicile unique.

En réalité, il comporte 16 chambres à louer, et cinq personnes y vivent actuellement.

Selon la Ville, aucun permis n'a été émis à cette adresse dans le but de permettre l’exploitation d’une maison de chambres.

Le propriétaire de l'immeuble blâme Roominex

Dans des documents déposés en 2017 auprès de la Régie du bâtiment du Québec, le propriétaire de l'immeuble, Maan Malouf, a allégué que Roominex lui devait 16 000 $ en loyer impayé sur la propriété.

La Régie a rejeté la demande de M. Malouf à l'époque, affirmant qu'il n'y avait pas de contrat clair entre lui et Roominex.

CBC News a brièvement parlé au téléphone avec Maan Malouf mercredi.

Le propriétaire a indiqué qu'il ne pouvait pas payer les factures d'électricité de l'immeuble parce qu'il n'avait pas reçu d’argent de la part de Roominex depuis plus d'un an. L'affaire est devant les tribunaux, a-t-il ajouté avant de référer CBC News à son avocat, qui n'a pas répondu aux demandes d’entrevue.

Plaintes antérieures

Roominex et Christian Levasseur ont déjà eu des problèmes avec la Régie du logement dans le passé.

Levasseur a l'habitude de louer des chambres, prétendument pour y vivre en lui-même, puis de les sous-louer sans en informer les propriétaires.

En 2016, la Régie a ordonné à M. Levasseur et à un partenaire d'affaires de verser 2000 $ en dommages et intérêts à un propriétaire d'immeuble de Côte-des-Neiges, après la découverte par celui-ci que Christian Levasseur louait des chambres à court terme à des voyageurs et à des étudiants.

En 2015, la Régie a expulsé Christian Levasseur d’une autre propriété qu'il louait pour mieux la sous-louer à plusieurs personnes, toujours à court terme. Le propriétaire s’en est rendu compte alors qu’il était venu réparer une fuite d’eau.

Dans cette affaire, la Régie a condamné M. Levasseur à payer un peu plus de 2500 $ en dommages et intérêts.

Des amendes « sans conséquence » selon un expert

Pour Ted Wright, expert en droits des locataires de Montréal, la réglementation doit être resserrée.

« Les règles ne sont pas strictes. Les amendes sont sans importance. Ça ne va pas empêcher d’autres personnes de faire la même chose », dit-il.

Roominex a répondu à la demande d'entrevue de CBC News par un courriel d'une phrase. « L'affaire est dans les mains des avocats, de sorte que nous ne pouvons pas commenter cette affaire », indique l’entreprise, qui ajoute qu’elle « s'efforce de s'assurer que tous les clients » profitent de leur location.

Roominex poursuit donc ses activités. Son site web indique d’ailleurs que des chambres sont offertes dans le « manoir » du chemin Côte-des-Neiges House pour le printemps et l'été.

« Roominex est guidé par l'intégrité de son fondateur et représente l'organisation idéale pour mener cette importante mission dans le monde entier », clame le site web de l'entreprise.

« C'est une mission en évolution constante puisque pour Christian, une maison est comme une toile pour un artiste : elle n'est jamais complétée. »

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