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Pas de cause unique à la radicalisation des jeunes au Collège de Maisonneuve, conclut un rapport

Il n'y avait pas de cause unique à la radicalisation des étudiants du Collège de Maisonneuve qui ont rejoint des groupes islamistes radicaux au Moyen-Orient - ou qui, à tout le moins, ont tenté de le faire -, affirme le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), qui fait toutefois état d'une influence extérieure au sein des murs de l'établissement.

Un texte de François Messier

Le CPRMV dévoilait alors son rapport Enjeux et perspectives de la radicalisation menant à la violence en milieu scolaire, qui étale sur 84 pages les conclusions que tirent les auteurs d'une série d'entretiens menés auprès de jeunes fréquentant le Collège ou leurs proches. Cet exercice a eu lieu à la demande du Collège.

Selon le directeur général de l'organisme, Herman Deparice-Okomba, le fait que plusieurs jeunes aient voulu quitter le pays pour la Syrie n'est qu'un « concours de circonstances » attribuable au fait qu'un groupe de jeunes qui se connaissaient depuis l'école primaire ou secondaire « se sont retrouvés au Collège de Maisonneuve ».

« Il n'y a pas de réseau au Collège de Maisonneuve, à ma connaissance. [....] Il n'y a jamais eu un réseau au Collège Maisonneuve », a affirmé Herman Deparice-Okomba lors d'une conférence de presse tenue vendredi, à Montréal.

Le rapport de 84 pages s'attarde tout de même au cas de « la Source », qu'il décrit comme « un lieu de méditation et de ressourcement aménagé dans une cage d'escalier en 2012, ouvert à l'ensemble des étudiants et des étudiantes de l'établissement.

L'endroit a graduellement été investi « par un noyau d'individus souhaitant le transformer en zone confessionnelle » et est devenu un « point de tension à l'intérieur du Collège ».

Le CPRMV ne nie pas que des agents de radicalisation soient actifs au Québec, mais souligne que son centre ne cherche pas à les identifier, puisque cela est du ressort de la police. Il souhaite d'abord et avant tout s'assurer que les jeunes ont « la résilience nécessaire pour faire la différence entre un discours polarisant et les faits ».

« Les agents de radicalisation sont partout. Ils sont dans le monde réel, le monde virtuel. Ils sont au Québec, ils sont partout en Occident », résume M. Deparice-Okomba.

« Ils ont toujours la bonne formule. Ils vont naviguer sur nos débats de société pour dire : "Voilà, cette société ne veut pas de vous." C'est ça, le problème », poursuit-il, en évoquant le cas de la charte des valeurs que le gouvernement Marois voulait faire adopter.

« Ce n'est pas tant le débat qu'on a eu autour de la charte, des accommodements raisonnables. Le problème, c'est vraiment comme les gens ont utilisé et ont exploité ce débat-là », souligne-t-il à ce sujet. 

« Pour beaucoup de jeunes Québécois de confession musulmane, le débat public autour des enjeux de neutralité religieuse de l'État n'a pas été perçu comme un débat neutre, mais bien comme une attaque supplémentaire formulée envers la communauté musulmane », indique d'ailleurs le rapport.

Le rapport « témoigne de la complexité du phénomène » et « explique la dynamique qui a mené un petit groupe d'étudiants à se radicaliser », a affirmé le Collège de Maisonneuve dans un communiqué. L'établissement dit accueillir avec intérêt les conclusions et les recommandations des auteurs, dont plusieurs sont déjà en application.

Un « mal-être » à laquelle la société ne répond pas

De manière plus globale, les jeunes Québécois qui adhèrent à une idéologie radicale aspirent essentiellement à trouver des « solutions acceptables à leur mal-être », conclut le rapport du centre, créé au printemps 2015 par la Ville de Montréal

« Il n'y a pas de hasard ni de fatalité dans la manifestation radicale : celle-ci est toujours le fait d'une fêlure du cadre personnel, rapidement exploitée par la propagande », souligne l'organisme, qui invite le Québec à proposer un modèle de prévention basé sur une « approche proactive, mobilisatrice et multisectorielle ».

Les motifs de radicalisation sont multiples, souligne le centre, qui cite pêle-mêle quête identitaire alimentée par un sentiment d'exclusion ou de stigmatisation, désir de réalisation personnelle, envie de défendre une cause et volonté de renverser l'ordre établi et de réparer ce qui est perçu comme une injustice.

Des facteurs humanitaires, comme le sens de la compassion et l'identification viscérale avec les souffrances des Syriens et des Irakiens, peuvent aussi être en cause dans certains cas. 

Ce constat démontre l'importance de « promouvoir un vivre-ensemble exempt de jugements et de discrimination », une tâche qui n'est pas l'apanage exclusif du gouvernement, mais aussi de tous les citoyens.

Des proches et des intervenants sur le terrain peuvent donc jouer un rôle crucial pour « prévenir la radicalisation et mettre en place des stratégies de prises en charge efficaces et proactives », indique encore le CPRMV, qui invite donc les établissements scolaires à s'outiller en conséquence et à faire appel à ses services au besoin.

Plus tôt cette semaine, Le Devoir a révélé que le Collège de Maisonneuve, qui est à l'origine du rapport présenté par le CPRMV, s'apprête à embaucher cinq professionnels pour désamorcer de possibles cas de radicalisation entre ses murs. Québec lui avait accordé 400 000 $ à cette fin le printemps dernier.

Le gouvernement Couillard dit pour sa part qu'il « prend acte des constats [...] dressés et des recommandations formulées » dans le rapport, et que cela permettra d'enrichir le Plan d'action gouvernemental 2015-2018, La radicalisation au Québec : agir, prévenir, détecter et vivre ensemble.

Témoignage poignant

Dans une vidéo publiée au cours des dernières heures sur le site du centre, une femme présentée simplement comme une « proche des familles touchées par le départ de jeunes Québécois vers la Syrie » témoigne sous le couvert de l'anonymat de sa douleur.

Les jeunes radicalisés, dit-elle avec des sanglots dans la voix, sont « des gens comme tout le monde », qui « étaient heureux et se disaient Québécois », mais qui se sont sentis victimes d'« injustices », de « rejet » ou de « manque de reconnaissance » et qui sont « à la recherche d'un idéal ».

S'ils ont été embrigadés, c'est « parce qu'un autre discours leur offre ce qu'ils n'ont pas trouvé », croit-elle, abordant du coup le problème du prosélytisme effectué par des agents de radicalisation. « On a essayé de leur faire miroiter mieux. »

« Les parents, vous n'êtes pas coupables », lance-t-elle à l'intention des autres personnes qui se trouveraient dans une situation semblable, après s'être attaquée à tous ceux qui « sèment la haine » en pervertissant l'islam et son livre saint, le Coran. « Ce livre sacré dont vous vous proclamez est loin de refléter ce que vous faites. »

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