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Patrick Chan doit retrouver ses marques, selon Alain Goldberg

Osaka accueille ce week-end le quatrième Grand Prix de la saison de patinage artistique. Patrick Chan, qui devait initialement y prendre part, s'est retiré du Trophée NHK. Doit-on s'inquiéter? À quoi s'attendre des autres patineurs canadiens? Survol de la compétition japonaise en cinq questions avec l'analyste Alain Goldberg.

Q. Pourquoi Patrick Chan renonce-t-il au Grand Prix NHK?

Il a fait une très mauvaise performance aux Internationaux Patinage Canada. Il a pris la bonne décision pour pouvoir prendre du recul et se réajuster. Ça va lui permettre de retrouver ses marques et de se redonner le temps d'être sélectionné pour les Jeux olympiques lors des Championnats canadiens.

N'oublions pas que Patrick Chan a manqué pendant près d'une année et demie après les Jeux de Sotchi. Il a été trois fois champions du monde en 2011, 2012 et 2013, il a gagné la médaille d'argent à Sotchi en 2014, et ensuite, il s'arrête. Depuis qu’il a repris la compétition, ça fait deux fois qu'il est 5e du monde. Il a du mal à retrouver ses marques, mais aussi les autres patineurs ont augmenté leur niveau. Ils se sont inspirés de lui. Ils ont vu vers quel type de patinage il fallait aller. Ils ont augmenté la qualité de leur programme et, en plus, ils ont ajouté des quadruples sauts. Ils en sont à cinq quadruples alors que, dans le moment, Patrick Chan ne peut en faire que deux, et il faut qu'il réussisse tout le reste du programme.

On doit beaucoup de respect à Patrick Chan. Il remet sa tête sur le billot. Il n'a plus rien à prouver. Il a été trois fois champion du monde, médaillé d'argent aux Jeux olympiques. Il peut aider l'équipe canadienne à gagner une médaille par équipe, et on aura grandement besoin de sa présence. Il faut absolument qu'il puisse retrouver ses marques, ne serait-ce que pour qu'il soit fier de lui. C'est ça qui importe. Le reste importe peu, il n'a pas à prouver qu'il a été et qu’il est toujours un grand patineur.

Q. Pourquoi n'est-il pas capable de faire quatre ou cinq quadruples s'il en fait déjà deux dans son programme?

Les sauts ne sont pas les mêmes, ce ne sont pas les mêmes prises de carre, les mêmes appuis. Dans certains sauts, vous allez être meilleurs que dans d'autres. Par exemple, il y a des sauts pour lesquels l'appui maximal est sur la jambe gauche, d'autres sur la jambe droite. Ça va dépendre de votre capacité de répulsion de la glace. Il y a des sauts qui sont des sauts de carre, et d'autres piqués. Les sauts piqués sont le flip, le lutz et le boucle piqué et les sauts de carre sont l'axel, le salchow et le boucle.

En fonction des couples de rotation et des leviers que vous êtes capables de donner, vous allez pouvoir plus ou moins tourner. Ce n'est pas du tout la même chose de faire quatre tours sur un boucle que sur un boucle piqué. Les sauts ne sont pas pris de la même manière. Il n'y a plus qu'un seul quadruple qui n'a pas été fait en compétition mondiale, c'est le quadruple axel (quatre tours et demi depuis la carre). Et puis, on en sera aux quintuples...

Chan a tenté d'ajouter le quadruple salchow, qui est un saut de carre, mais il a plus de mal à le faire. Il réussit le quadruple boucle piqué, mais il réussit aussi le triple axel, qui est un saut très dur parce que le saut est pris directement à l'avant sur une seule jambe alors que les autres sont pris quasiment sur deux jambes, avec un double appui.

Le champion olympique, le Japonais Yuzuru Hanyu (qui sera du trophée NHK) n'avait pas le quadruple lutz, maintenant il l'a. Il va certainement essayer d'avoir dans son programme le quadruple lutz et le quadruple boucle. Le lutz, c'est le plus difficile des sauts à quatre tours. Après, il reste le quadruple axel qui n’a jamais été réussi en compétition, mais c'est quatre tours et demi.

Quand on était aux Jeux de Sotchi, deux quadruples dans un programme, c'était déjà phénoménal. Le patinage, en huit ans, entre les Jeux de Vancouver et les Jeux de Pyeongchang, a progressé de manière exponentielle.

Q. Est-ce que Patrick Chan a le temps de rattraper l'écart qui le sépare de ses adversaires si près des JO?

Ça va dépendre de lui, ça va dépendre de l'équipe autour de lui, de ses difficultés psychologiques par le fait de ne pas retrouver ses marques. [S'il est] capable d'oublier ces soucis, du jour au lendemain, il peut retrouver les mouvements qui lui manquent.

Mais ça va dépendre de ses conditions psychologiques pour retrouver ses marques; pour les retrouver, il fallait absolument qu'il s'enlève de la pression. Et en retardant le fait de se retrouver [devant un public], il s'enlève de la pression.

Q. Ce sera le dernier Grand Prix de la saison pour Tessa Virtue et Scott Moir. Après leur record du monde au Canada, qu’est-ce qu’ils peuvent encore améliorer?

Ils vont de toute évidence gagner la compétition, ce sera une promenade de santé.

Il va toutefois falloir qu'ils confirment leur manière de patiner le programme. À Osaka, ils seront face à eux-mêmes, mais aux JO, ils seront opposés aux Français Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, qui s'entraînent avec eux, au même endroit, à Montréal. Et les Français ont battu le record de points de Virtue et Moir au dernier Grand Prix, samedi, en Chine.

Il y a une forme de premier jugement qui se fait, pour les Olympiques, par les juges internationaux, parce que tout le monde a vu leurs performances. C'est comme une campagne électorale. Les juges internationaux regardent toujours leurs programmes, mais avec YouTube et tous les moyens modernes, ça change complètement la donne. Avant, ils arrivaient au championnat, ils s'asseyaient dans les gradins, ils regardaient, puis ils se faisaient une idée. Ce qui est normal, puisqu'ils doivent juger sur ce qui se passe le jour de la compétition. Mais maintenant, ils [ont] déjà une idée [de ceux qu']ils préfèrent.

Le jugement a déjà commencé.

En danse, les chutes sont rares, même s'ils prennent beaucoup plus de risques qu'avant. Ils tombent très peu, donc s'ils patinent très bien, ils vont peut-être rendre leur programme un peu plus fluide, ils vont l'améliorer un petit peu, mais c'est vraiment ténu.

Aux Jeux olympiques, ce ne sera pas jugeable, parce que les Français patinent sur la sonate « Clair de lune », de Beethoven, et les Canadiens font leur programme libre sur la musique du film Moulin rouge. Je vous défie de trouver une équivalence de style entre les deux...

Q. Après une 5e position à Moscou, Julianne Séguin et Charlie Bilodeau seront aussi en action au Japon. Quel est l’enjeu pour le couple québécois et les autres Canadiens? Peuvent-ils encore se qualifier pour la finale des Grands Prix?

Il n'y a rien d'impossible. Il suffit [que] des patineurs qui sont un peu mieux classés qu'eux fassent une contre-performance, et ils passent devant. Si Séguin et Bilodeau patinent bien, ils pourraient peut-être se qualifier pour la finale, mais ils vont avoir fort à faire avec les champions du monde, les Chinois Sui Wenjing et Han Cong, qui sont exceptionnels et les Russes Ksenia Stolbova et Fedor Klimov qui sont aussi d'excellents patineurs.

Chez les femmes, on surveillera Alaine Chartrand. C'est la troisième des grandes patineuses canadiennes. Elle doit prouver qu'elle est capable de faire un programme sans faute. Mais elle aura fort à faire avec l'Italienne Carolina Kostner, médaillée de bronze à Sotchi, et la championne du monde, la Russe Evgenia Medvedeva. Le Canada a trois places pour les Jeux olympiques et elle pourrait bien être la troisième, avec Gabrielle Daleman et Kaetlyn Osmond.

Chez les hommes, Nam Nguyen et Keegan Messing seront aussi de la partie, mais le véritable but de leur saison est de réussir à déloger Kevin Reynolds lors des sélections olympiques canadiennes. Le Canada n'aura que deux places chez les hommes à Pyeongchang.

Propos recueillis par Olivier Paradis-Lemieux

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