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Payer selon sa quantité d'ordures, un modèle qui fonctionne à Beaconsfield

Depuis près de six mois, les résidents de Beaconsfield, dans l'ouest de Montréal, paient pour envoyer leurs déchets au dépotoir en fonction de la quantité qu'ils produisent. Le modèle est quasi unique au Québec. Et les résultats sont surprenants.

Un texte de Marie-Ève Maheu

« L'objectif ultime, c'est d'envoyer moins de déchets au site d'enfouissement. Ça, pour les premiers mois, c'est vraiment une réussite », tranche le directeur des travaux publics de la ville, Andrew Duffield.

La municipalité a réduit ses ordures du quart (26 %) durant les quatre premiers mois de l'année par rapport à la même période en 2015.

Comment ça fonctionne?

Les résidents paient selon la grosseur du bac qu'ils choisissent - mini, standard ou costaud, et selon le nombre de ramassages. Chaque bac est muni d'une puce qui enregistre la levée.

Résultat : les gens choisissent de mettre moins souvent leur poubelle au chemin, en moyenne une semaine sur deux jusqu'à présent. Avec l'été, la donne pourrait un peu changer.

Le maire Bourelle affirme que les efforts de sensibilisation ont commencé dès 2014.

L'année suivante, le tonnage des résidus verts sortis des poubelles, et transformés en compost par la ville, a explosé de 1250 %. « Le coût pour la collecte des déchets a diminué beaucoup, soit d'à peu près 25 %, ce qui nous a permis d'acheter d'autres services. On collecte notamment les résidus verts beaucoup plus fréquemment. »

Les gens interrogés sont généralement satisfaits du changement. « Je suis très heureux! C'est un bon encouragement. Chaque semaine, je remplis tout mon bac de recyclage, et la moitié de ma poubelle. Ça fait ça de moins au dépotoir », dit Ruy Mendes. Il croit même que la Ville devrait faire payer encore pour les déchets.

Certains restent tout de même réticents, comme Marie Darling. « Je ne suis pas d'accord, parce qu'on paie déjà des taxes pour les vidanges, et il y a ça en surplus. »

Dans les faits, le coût pour les citoyens reste à peu près le même qu'avant. Ceux qui produisent un maximum de déchets devront débourser 30 $ de plus par an, et les plus disciplinés paieront 25 $ de moins.

Une inspiration?

L'approche de Beaconsfield pourrait inspirer les élus de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui se sont notamment engagés à récupérer 60 % des matières organiques d'ici 2025, alors que le taux n'atteignait que 13 % en 2012 (dernières données disponibles).

La Ville est d'ailleurs donnée en exemple dans le Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles de la CMM 2015-2020 récemment adopté.

« Beaucoup de villes nous ont posé des questions, ils surveillent le déroulement de tout ça depuis janvier. J'ai eu la visite de conseillers de Montréal. Il y a de l'intérêt », dit le maire.

Si la ville est novatrice au Québec, Beaconsfield n'a rien inventé. Des systèmes similaires existent dans des pays d'Europe et aux États-Unis.

Le conseiller lavallois Stéphane Boyer, qui a présidé les consultations menées pour l'élaboration de ce plan, souligne que l'intérêt du modèle « payer pour jeter » est qu'il motive les citoyens à avoir une utilisation efficace de leur bac de poubelle.

La crainte des déversements sauvages

Mais certains élus ont des craintes, explique M. Boyer. « On a vu dans d'autres villes ailleurs dans le monde que, quand il y a une tarification sur les ordures, certains vont faire de la dompe sauvage. Plutôt que de mettre les ordures dans leur bac, ils vont s'en débarrasser dans les boisés. Il y a aussi l'aspect plus politique. Quand on parle d'une tarification, des citoyens vont penser qu'on augmente les taxes. »

Fait intéressant, Beaconsfield entreprend un projet pilote sur le recyclage. La Ville veut notamment s'assurer que les éléments jetés dans les bacs bleus sont bien des articles recyclables et non des ordures.

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