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Pénurie de main-d’oeuvre : des entreprises se prêtent leurs employés

Pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre, deux entreprises de l'est de Montréal ont décidé de partager leur personnel. Cette initiative, une première du genre dans la région, a été lancée par PME MTL Est-de-l'Île.

Un texte de Vincent Rességuier

Pour Studio Artefact et USD Global, le prêt de main-d‘oeuvre a un double objectif : pallier le manque de personnel durant les périodes achalandées et, inversement, éviter les mises à pied lors des ralentissements d'activité.

Studio Artefact, qui fabrique des décorations de Noël et qui emploie une trentaine de personnes, doit mettre les bouchées doubles avant les fêtes pour satisfaire ses clients au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Chaque année à la fin de l’été, la coordonnatrice des ressources humaines, Micheline St-Jean, fait face à un véritable casse-tête. Elle a le mandat de recruter près de 200 personnes pour des contrats de quatre mois environ.

Après Noël, les employés temporaires se cherchent d’autres contrats, mais Micheline St-Jean s’inquiète déjà pour le recrutement de l’été suivant, d’autant plus depuis que la main-d’oeuvre se fait rare dans la région de Montréal. « C'est difficile d'une année à l'autre d'avoir de très bons employés, on les forme, ils deviennent bons, puis on les perd », déplore-t-elle.

À quelques rues de là, chez USD Global, un distributeur de bacs à déchets, la période de pointe est au printemps. Cette entreprise compte une petite dizaine d’employés permanents. Quand la livraison des bacs (vidanges, recyclage, matières compostables...) reprend, le directeur de la succursale de Montréal, Steve Laflamme, a besoin rapidement d’une quinzaine de personnes, voire plus.

Lui aussi a des grandes difficultés pour recruter ses chauffeurs et manutentionnaires. Régulièrement, après une prise de rendez-vous par téléphone, des candidats ne se présentent pas en entrevue, car entre-temps, ils se sont trouvé un emploi, explique-t-il. Les temps sont durs.

Solution gagnant-gagnant

Quand PME MTL Est-de-l'Île a proposé à ces deux gestionnaires de partager leurs employés, ils ont tout de suite été enthousiastes. « On avait un match parfait », soutient Steve Laflamme, car les périodes d'activité sont complémentaires. Il a tout de suite vu une occasion pour son entreprise de régler ses problèmes de recrutement, mais aussi la possibilité d’avoir de nouveaux contacts et des employés plus sereins, plus stables devant la perspective d’avoir du travail toute l’année.

Après plusieurs rencontres entre dirigeants, orchestrées par PME MTL, Micheline St-Jean a constaté que les deux entreprises avaient des valeurs similaires et des conditions de travail assez proches. Elle a aussi été rassurée par les méthodes de son partenaire, elle voulait s’assurer que ses employés reviendraient en forme, qu’ils ne seraient « pas brisés ».

La seule inquiétude pour les futurs partenaires résidait dans les aspects juridiques. Steve Laflamme voulait absolument éviter les conflits. PME MTL a mis les deux entreprises en lien avec des conseillers juridiques et elles ont pu rapidement arriver à un accord. M. Laflamme dit avoir été rapidement rassuré, de même que Micheline St-Jean qui affirme avoir pu développer par la suite « une collaboration de coeur ».

Une dizaine de personnes pour le premier échange

Pour cette première expérience, cinq employés temporaires de Studio Artefact ont fait le saut chez le voisin USD Global. Cinq autres proviennent du bassin de main-d’oeuvre tenu par PME MTL de l’Est-de-l’Île.

Steve Laflamme, qui a accueilli ses nouveaux chauffeurs et manutentionnaires au début de février, juge déjà que « c’est un succès ». Il se dit « surpris et impressionné » de la rapidité avec laquelle ses recrues se sont acclimatées.

La transition a été facilitée par le fait que les deux entreprises ont la « même mentalité » et des « environnements de travail agréables », estime Vladimir Francisque, qui fait partie des transfuges. Il est ravi de ne plus avoir de « temps mort » au cours de son année de travail.

Chez PME MTL, les instigateurs du programme se frottent les mains et envisagent déjà d'appliquer la méthode à d’autres partenaires. La chargée de projet, Amélie Issa, se dit très satisfaite de cette première expérience et assure que le prêt de main-d'oeuvre « va faire beaucoup de petits ».

Elle explique que son organisme travaille déjà avec plusieurs autres entreprises. Mme Issa souhaite que cette méthode devienne un « réflexe », même si elle concède qu’il s’agit d’une solution parmi tant d’autres. Elle constate que la pénurie de main-d’oeuvre est un enjeu récurrent, de plus en plus important, et qu’il n’y aura pas de solution miracle.

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