Les résidents de Mont-Laurier, dans les Hautes-Laurentides, doivent parcourir de longues distances pour avoir accès à des services de radiologie. Depuis août, aucun radiologiste ne pratique dans la région et des milliers de radiographies attendent d'être analysées. La situation est à ce point critique qu'un groupe de médecins de famille a décidé de sonner l'alarme.

Un texte d'Olivier Bachand

À la veille d'une opération pour se faire retirer une masse cancéreuse à un sein, Maryse Bondu est optimiste.

La femme de 50 ans, résidente de Mont-Laurier, estime cependant qu'elle aurait pu être opérée il y a plusieurs mois, si ce n'était la pénurie de radiologistes dans la région.

Après avoir reçu les résultats d'une mammographie en août, son médecin de famille lui a recommandé de passer une biopsie, un prélèvement qui doit être effectué par un radiologiste.

En temps normal, Maryse Bondu aurait dû subir cette biopsie à Mont-Laurier, au plus tard quatre à six semaines après sa mammographie.

Mais en raison de la pénurie de radiologistes, elle a finalement dû attendre sept mois pour passer sa biopsie à Saint-Jérôme, à 200 km de chez elle.

« J'ai un cancer de stade 1, alors je vais m'en sortir. Si ça avait été à un stade plus avancé, la personne ne s'en serait pas sortie », déplore-t-elle.

Elle estime que les délais supplémentaires ont aggravé sa maladie. « Il n'y avait aucune masse, c'était des calcifications. Maintenant, j'ai une masse, donc le cancer s'est développé. »

Radiologistes recherchés, médecins inquiets

Habituellement, deux radiologistes desservent les hôpitaux de Mont-Laurier et de Rivière-Rouge, dans les Hautes-Laurentides. Ils ont tous deux quittés leur poste en juin dernier. Jusqu'à présent, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides a été incapable de les remplacer.

Les patients qui doivent subir des échographies, comme les femmes enceintes, doivent se rendre jusqu'à Maniwaki, Sainte-Agathe-des-Monts, ou encore Saint-Jérôme.

Un radiologiste est dépêché quelques jours par mois pour traiter les cas les plus urgents et d'autres analysent des radiographies à distance, mais ça ne suffit pas.

Quelque 5000 radiographies de patients de la région s'empilent et n'ont pas encore été analysées, selon un groupe de médecins de famille de la région qui a décidé de sonner l'alarme.

Inquiet pour la santé de ses patients, le groupe a envoyé une lettre la semaine dernière au ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Au cours d'une réunion tenue le 9 mars dernier, plusieurs d'entre eux « ont soumis des dossiers où la vie et la survie des patients est directement touchée par l'inaction actuelle des décideurs en santé au Québec », peut-on lire dans la missive.

« Les patients qui auront des diagnostics tardifs, que ce soit pour des fractures, des cancers ou des pneumonies, risquent de voir leur état de santé se détériorer, et même de décéder », affirme l'une des signataires, Dre Lynda Landry.

Ils souhaitent que des solutions de rechange soient mises en place d'ici un mois afin de réduire les listes d'attente en radiologie à des standards de pratique acceptables.

Le maire de Mont-Laurier, Michel Adrien, a lui aussi écrit une lettre au ministre Barrette pour dénoncer la situation.

Barrette promet des changements

Le ministre de la Santé dit être au courant de la situation depuis deux semaines et se montre rassurant.

Gaétan Barrette affirme que les cas urgents sont pris en charge dans les délais requis et que les retards dans l'analyse des radiographies touchent en majorité des cas non urgents. « La population n'est pas en danger », assure-t-il.

Il indique que les autorités de la santé, en collaboration avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec et l'Association des radiologistes du Québec, travaillent activement à trouver des solutions à la pénurie de radiologistes.

Le CISSS des Laurentides promet de résoudre le problème au plus vite.

Des radiologistes supplémentaires seront bientôt chargés d'analyser des radiographies à distance. D'autres seront appelés en renfort sur place pour effectuer du « dépannage », c'est-à-dire mener des examens qui nécessitent la présence d'un radiologiste, comme des échographies ou des biopsies.

« Avant le mois de juin, tout va être réglé, mais les délais de lecture, vraiment, dans le prochain mois, le gros va être réglé », affirme le président-directeur général du CISSS des Laurentides, Jean-François Foisy.

Il affirme que les deux postes de radiologistes vacants seront pourvus au cours de l'été.

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