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Peter Simons et Amir Khadir, l’alliance inattendue

ANALYSE - Accompagné des députés de Québec solidaire, l'homme d'affaires Peter Simons a livré un vibrant plaidoyer en faveur de l'équité fiscale mercredi midi, à Québec. Pour mettre fin à une injustice commerciale et pour stopper l'érosion fiscale de nos gouvernements, le patron des magasins Simons demande au gouvernement Couillard de mettre en oeuvre le projet de loi sur la fiscalité des géants américains du web proposé par le député de Mercier, Amir Khadir.

La formation de gauche, dont les votes sont concentrés au coeur de l’île de Montréal, s’est trouvé un allié inattendu en Peter Simons, homme d’affaires prospère de Québec qui oeuvre dans un secteur très concurrentiel, celui du commerce de détail de vêtements, où les salaires sont généralement peu élevés et où les syndicats sont généralement absents.

Amir Khadir nous a habitués à des discours très critiques des pratiques des milieux d’affaires, pourfendant le capitalisme sauvage et les conditions de travail difficiles qui sont celles de milliers d’employés dans le secteur du détail. Amir Khadir participe aux manifestations syndicales, revendique inlassablement de meilleures conditions de travail, réclame le salaire minimum à 15 $ l’heure.

Mais, voilà, mercredi, il était là, debout à son podium, avec ses deux PDG en conférence de presse : celui de Simons et celui du Conseil québécois du commerce de détail, farouche opposant au salaire minimum à 15 $. Leopold Turgeon a souvent dit qu’un commerce sur 4 pourrait fermer au Québec si le gouvernement Couillard décidait d’augmenter le salaire minimum à 15 $ l’heure.

Or, la vie étant ce qu’elle est, aujourd’hui, Amir Khadir, Léopold Turgeon et Peter Simons sont des alliés de circonstances. Au nom de l’équité fiscale et du financement des services publics, Québec solidaire se fait aujourd’hui le défenseur des détaillants, des entrepreneurs et d’une bonne partie des entreprises du Québec. C’est incongru, c’est inattendu, mais ça s’explique.

« C’est sûr que les gens ne sont pas habitués à nous voir du côté des entreprises, a admis Amir Khadir d’entrée de jeu à RDI économie. Mais, c’est erroné, a-t-il ajouté, parce qu’il y a des entreprises qui travaillent honnêtement, qui veulent jouer dans les règles, qui veulent respecter les lois, payer leur impôt ici, donner de bons salaires, et qui, surtout, dénoncent des injustices. Elles vont toujours trouver en Québec solidaire l’allié le plus combatif et le plus sincère. »

Il faut dire que Peter Simons n’est pas un homme d’affaires comme les autres. D’abord, c’est un homme indépendant, décidé et convaincu. La preuve : il est l'un des rares chefs d’entreprise à prendre la parole sur la place publique dans le dossier de l’iniquité fiscale actuelle, qui avantage Amazon, Netflix, Facebook, Google, eBay et les autres géants américains du web.

Ensuite, son discours, sur plusieurs points, rejoint celui d’Amir Khadir. Peter Simons a choisi d’appuyer ses revendications sur la justice sociale. Il pose la question sans détour : comment allons-nous financer nos écoles et nos hôpitaux ?

« C’est urgent, a dit Peter Simons en point de presse. Ce ne sont pas que les faibles et les malades qui vont tomber. Vous ne pouvez pas me demander comme entrepreneur de compétitionner contre des grands de l’industrie mondiale avec un désavantage d’au minimum 30 %. En plus, vous voulez ajouter un bain pour les aînés, vous voulez qu’on paie 15 $ l’heure, ce que j'appuie intellectuellement [...], je ne demande pas une augmentation de l’assiette fiscale, mettez ça juste égal et équitable. »

« M. Simons réfléchit aussi comme citoyen, a dit Amir Khadir. Citoyen corporatif, mais aussi citoyen réel, physique, parce qu’il nous a témoigné, de manière admirable, qu’il pense à ses enfants, ses petits-enfants, qui ne seront pas tous des gagnants, entre guillemets, dans la société. Ils ont besoin de services, ils ont besoin du gouvernement. »

S’il a un intérêt financier dans sa bataille, Peter Simons l’appuie sur des valeurs fondamentales et des enjeux de société qui sont névralgiques. On parle ici de la guerre fiscale entre les États et des milliers de milliards de dollars qui se retrouvent dans les paradis fiscaux, ce qui assèche les finances publiques gouvernementales. Ça nous conduit à deux résultats : soit on coupe dans les services publics, soit on augmente les impôts des citoyens.

Il est bon de voir se former ces alliances inattendues. Est-ce que le gouvernement Couillard veut faire partie de la solution?

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