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Peu importe l'identité de son adjoint, Carey Price transforme le Canadien

BILLET - La saison dernière, le Canadien a appris à la dure qu'un gardien réserviste peut parfois porter le sort de toute une organisation sur ses épaules. C'est ce qui explique, notamment, pourquoi Marc Bergevin a consenti cette semaine une prolongation de contrat de deux ans au vétéran Al Montoya.

Jusqu’à présent, Montoya s’est dignement battu et il est reconnu par tous comme un coéquipier exemplaire. Mais où se situe-t-il, statistiquement, par rapport aux autres gardiens auxiliaires de la LNH?

Pour mesurer le rendement du duo de gardiens du CH par rapport aux 29 autres paires d’hommes masqués de la LNH, je me suis livré cette semaine (avant les matchs disputés mardi) à une petite analyse que je répète chaque année et qui livre toujours des résultats intéressants.

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Le concept de cette analyse repose sur cette prémisse : le meilleur moyen d’évaluer un gardien consiste à comparer son rendement avec celui de son coéquipier, et de mesurer l’impact de sa présence devant le filet de son équipe par rapport à l’impact qu’exerce son partenaire lorsque ce dernier est appelé à jouer.

Les gardiens de la LNH sont un peu comme des pilotes de F1. Puisque seuls les deux porte-couleurs d’une même écurie pilotent exactement la même monoplace, ce sont toujours les chronos enregistrés au sein de la même écurie qui servent de référence pour mesurer le rendement d’un pilote.

Au hockey, un peu de la même manière, aucun gardien ne joue derrière la même défense. N’importe quel amateur peut concevoir, par exemple, que la moyenne d’efficacité d’un gardien puisse varier considérablement dépendamment du fait qu’il porte les couleurs d’une équipe de première ou de dernière place.

Et à l’inverse (on l’a bien vu à Montréal la saison dernière), le rendement d’une équipe peut être grandement affecté par l’identité du gardien qui se trouve entre les poteaux.

***Qui sont les gardiens qui ont le plus d’impact sur leur équipe dans la LNH cette saison? Et quelles sont les paires les plus efficientes ?

On peut utiliser deux méthodes pour le découvrir :

a) En comparant le pourcentage de points de classement que protègent les gardiens lorsqu’ils sont utilisés.

En 82 matchs de saison régulière, il y a 164 points à protéger.

Donc, si les Panthers de la Floride ont récolté 27 points sur une possibilité de 50 quand Roberto Luongo défendait leur filet, on dira que Luongo a protégé 54 % des points de son équipe. C’est légèrement supérieur à son partenaire James Reimer, qui a récolté 13 points sur une possibilité de 26 (50 %).

b) En comparant les moyennes d’efficacité des deux gardiens d’une même formation.

Ainsi, si Corey Crawford présente une moyenne d’efficacité de ,927 devant le filet des Blackhawks et que son partenaire Scott Darling affiche une moyenne de ,921, on dira que Crawford procure à son club un léger avantage « Efficacité +6 » par rapport à son coéquipier.

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Les explications étant données, voici donc le fameux classement :

1. Tuukka Rask (Bruis de Boston) : Aucun autre gardien de l’organisation des Bruins ne semble en mesure de défendre les points de classement avec autant d’efficacité que Rask (68,33 %), et ça constitue pour eux un problème énorme. En revanche, Anton Khudobin, Zane McIntyre et Malcolm Subban n’ont défendu que trois points de classement sur une possibilité de 20 (15 %). Cet écart de 53,33 % entre un gardien numéro un et son/ses réservistes est le plus important dans toute la LNH.

Rask (,928) présente aussi une cote « Efficacité +54 » par rapport aux autres gardiens des Bruins (,874). Si ces derniers avaient simplement empoché 50 % des points de classement qui leur ont été confiés, Boston n’accuserait qu’un point de retard sur le CH et la tête de la Division atlantique.

2. Frederik Andersen (Maple Leafs de Toronto) : Le gardien numéro un des Leafs a protégé 63,33 % des points de son équipe cette saison alors que son second, Jhonas Enroth, n’est parvenu à défendre qu’un point sur huit (12,5 %). Ce gigantesque écart de 50,83 % explique pourquoi les Leafs ne font plus confiance à Enroth. Si ce dernier avait simplement rapporté 50 % des quelques points qu’il défendait avant les Fêtes, les Leafs figureraient aujourd’hui parmi les équipes qualifiées pour les séries.

Andersen (,924) présente aussi un avantage « Efficacité +52 » sur Enroth (,872). Il s’agit du plus grand écart entre deux coéquipiers en ce qui a trait à la moyenne d'efficacité. Si Frederik Andersen se blesse, les Leafs seront en grande difficulté.

3. Peter Budaj (Kings de Los Angeles) : Privés de leur gardien numéro un (Jonathan Quick) depuis le début de la saison, les Kings empochent 29,09 % plus de points quand Budaj se trouve devant leur filet. L’ex-gardien du Canadien a récolté 60,34 % des points qui lui ont été confiés jusqu’à présent, comparativement à seulement 31,25 % pour Jeff Zatkoff.

Budaj (,919) est aussi nettement meilleur que Zatkoff (,892) au chapitre de la moyenne d’efficacité. L’écart « Efficacité +27 » qui les sépare est la 7e plus grande disparité entre deux gardiens d’une même formation dans la LNH.

4. Carey Price (Canadien de Montréal) : En termes de pourcentage de points de classements ramenés à la maison, Price (74,07 %) se situe encore et toujours parmi la très fine élite de la LNH. Seul Sergei Bobrovski, qui défend les couleurs de l’équipe de l’heure dans la NHL, les Blue Jackets de Columbus, devance Price à ce chapitre. Bobrovski, qui est sur une séquence de 14 victoires de suite, a mis en banque 80,64 % des points qui lui ont été confiés jusqu’à présent.

Cela étant dit, Al Montoya n’a empoché que 45,45 % des points qu’on lui a confiés jusqu’à présent. On peut arguer que l’équipe a moins bien joué devant Montoya que devant Price. Mais le fait demeure : cet écart de 28,62 % est le 4e plus important à travers la LNH.

Par ailleurs, l’écart « Efficacité +21 » qui existe entre Price (,930) et Montoya (,909) est aussi parmi les plus importants dans la LNH. Mais cet écart serait négligeable si Montoya n’était pas resté devant le filet lors d’une dégelée de 10 à 0 encaissée à Columbus au début de novembre.

5. Cam Talbot (Oilers d’Edmonton) : La bonne nouvelle, c’est que les jeunes Oilers sont enfin parvenus à dénicher un gardien numéro un. Cam Talbot est parvenu à empocher 61,76 % des points de classement qui lui ont été confiés depuis le début de la saison. La mauvaise, c’est que son second Jonas Gustavsson n’inspire pas confiance. Il n’a récolté que trois points sur huit (37,50 %).

Et la moyenne d’efficacité de Gustavsson (,893) est de 26 points inférieure à celle de Talbot (,919). Comme les Kings, les Leafs et les Bruins, les Oilers devront probablement surutiliser leur gardien numéro un d’ici la fin de la saison. Et une blessure à ce joueur-clé pourrait s’avérer fatale.

6. Chad Johnson (Flames de Calgary) : Les Flames participeraient aux séries éliminatoires si elles débutaient demain. Et à la surprise générale, ce n’est pas à cause du vétéran Brian Elliott. Assez rapidement, les Flames se sont tournés vers un réserviste de carrière âgé de 30 ans, Chad Johnson, quand Elliott s’est avéré incapable d’assumer les responsabilités de gardien numéro un. Et depuis, Johnson rapporte 61,36 % des points en banque, comparativement à Elliott (44,11 %). On parle d’un considérable écart de 17,25 % entre les deux.

Par ailleurs, Johnson (,920) présente une cote « Efficacité +27 » par rapport à Elliott (,893). Jusqu'à présent, les Flames constituent le plus bel exemple d’une saison sauvée par le gardien réserviste d’une formation.

7. Mike Smith (Coyotes de l’Arizona) : Les Coyotes de l’Arizona occupent peut-être le 29e rang du classement général de la LNH, mais ce n’est pas parce que le vétéran Mike Smith n’essaie pas de renverser cette tendance. Smith n’a récolté que 42,85 % des points qu’il a défendus cette année, mais c’est 12,85 % de plus que son partenaire québécois Louis Domingue (30 %). C’est le 7e plus grand écart entre deux gardiens d’une même formation.

Qui plus est, malgré la jeunesse et les énormes difficultés que connaissent les Coyotes, Smith (,920) présente une cote « Efficacité +25 » par rapport à Domingue (,895).

Le fait que leur gardien numéro un soit incapable de maintenir une fiche de ,500 malgré une telle moyenne d’efficacité démontre à quel point les Coyotes sont en piteux état.

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Bref, lorsqu’on fouille un peu, on constate qu’Al Montoya ne constitue pas encore - statistiquement - le genre de solution de rechange fiable que le CH envisageait lorsque Marc Bergevin l’a mis sous contrat l’été dernier.

Et on se rend compte que plusieurs équipes qui luttent âprement pour une place en séries éliminatoires manquent de profondeur et sont extrêmement vulnérables devant le filet.

Il serait donc étonnant que quelques-unes des formations mentionnées plus haut ne tentent pas d’acquérir de nouveaux gardiens d’ici la date limite des transactions.

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