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Philippe Pichet renonce à son titre de directeur du SPVM

Alors que les élus du conseil municipal s'apprêtaient à voter pour la destitution définitive de Philippe Pichet comme chef de police de Montréal, l'intéressé a finalement renoncé à ce titre, en envoyant, mardi, une déclaration écrite à la mairesse Valérie Plante. Il réintégrera le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Un texte de Romain Schué

L'administration de Valérie Plante a annoncé, par voie de communiqué, que M. Pichet demeurera à l'emploi de la Ville de Montréal. Il sera affecté à un poste d'officier de direction au SPVM, à titre d'inspecteur chef.

« L'apport de M. Pichet sera incontestablement bénéfique au SPVM, vu ses vastes et profondes connaissances de l'organisation policière montréalaise, son professionnalisme et son indiscutable passion pour le service public », peut-on lire dans ce document.

« C'est un dénouement qui est très satisfaisant, on est content », a réagi la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en marge de la reprise du conseil municipal, mardi matin.

Cette renonciation de M. Pichet au titre de chef entraîne donc la fin du processus de destitution qui avait été entamé le 4 juin à la demande du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Ce dernier s'était basé sur un rapport réalisé par le chef intérimaire du SPVM, Martin Prud'homme.

La poursuite civile lancée par M. Pichet pour faire annuler sa suspension a également été annulée, a précisé Mme Plante.

« C’est le meilleur scénario pour tout le monde », a-t-elle ajouté, se disant « heureuse » de ce dénouement.

Le chef de l'opposition Lionel Perez a également salué cette décision. « Ce sont de bonnes nouvelles pour la Ville de Montréal et pour M. Pichet », a mentionné l'élu d'Ensemble Montréal, en précisant que M. Pichet pourrait « avoir un moindre rôle au sein du SPVM ».

Destitution recommandée par la Ville

Cette destitution avait été recommandée, à l'unanimité, par la Commission de la sécurité publique de la métropole (CSP), la semaine passée, qui avait auditionné le 11 juin, à huis clos et pendant près de trois heures, M. Pichet.

Devant les élus membres de cette commission de la sécurité publique, M. Pichet a notamment affirmé être victime d’une « grave injustice ».

L’ex-chef de police, déplorant le fait que personne ne l’a rencontré depuis sa suspension pour obtenir sa version des faits, a également souligné qu’il n’avait passé que 90 minutes avec le commissaire Michel Bouchard, en septembre 2017.

Ce dernier a été l’auteur du rapport dévastateur qui a entraîné la suspension de Philippe Pichet, puis la nomination de Martin Prud’homme comme chef du SPVM par intérim.

Ces arguments n'ont cependant pas convaincu les élus.

La CSP, dans un rapport écrit, a notamment dénoncé « les carences et le laxisme » au sein de la division des affaires internes. « M. Pichet a manqué de diligence en omettant de porter une attention immédiate aux problèmes majeurs affectant » cette division, est-il ajouté.

Le comité exécutif de la Ville de Montréal avait ensuite appuyé, le 13 juin, la recommandation de la CSP.

Lundi, en marge de la dernière séance du conseil municipal avant une pause estivale, le parti d'opposition Ensemble Montréal avait annoncé qu'il soutiendrait lui aussi cette destitution. Un vote devait être organisé d'ici la fin de cette rencontre mensuelle.

« Il y a un manque de confiance et d'autorité morale », avait souligné Lionel Perez, chef de l'opposition.

Ensemble Montréal, qui compte 23 des 65 élus siégeant au conseil, avait néanmoins émis des réserves sur « la procédure » qui a mené à cette décision de destituer M. Pichet.

L'opposition a indiqué qu'elle aurait voulu rencontrer le commissaire Michel Bouchard, ainsi que le chef du SPVM par intérim, Martin Prud'homme, auteurs de deux rapports accablants contre Philippe Pichet.

Ensemble Montréal avait aussi dénoncé le fait que cette rencontre entre M. Pichet et les élus de la Commission de la sécurité publique (CSP) ait eu lieu derrière des portes closes.

« On pouvait donner une certaine image, une certaine idée au public par rapport au niveau de transparence avec le SPVM », a expliqué le conseiller Abdelhaq Sari, responsable des dossiers de sécurité pour Ensemble Montréal, en évoquant une « grande précipitation » de la part de l'administration de Valérie Plante.

Suspension en décembre 2017

Désigné chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) en août 2015, Philippe Pichet avait été suspendu en décembre 2017 par le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Ce dernier lui reprochait les pratiques en vigueur au sein de la division des affaires internes du SPVM, ainsi que sa propre gestion au sein du corps de police.

Alors que le mandat de Philippe Pichet devait se terminer en 2020, la Ville de Montréal l’avait réaffecté, en février, à d’autres fonctions.

L’administration de Valérie Plante l’avait nommé responsable du service de gestion des immeubles municipaux. Il devait ainsi superviser le travail des agents de sécurité, dont ceux patrouillant à l’hôtel de ville.

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