Retour

Plateau : vers un référendum sur l'interdiction de nouveaux stationnements?

Des citoyens mécontents de la décision du Plateau-Mont-Royal de vouloir interdire l'aménagement de nouveaux espaces de stationnement dans les cours arrière et les ruelles ont recueilli suffisamment de signatures pour ouvrir des registres dans 34 zones de l'arrondissement. Ils souhaitent organiser un référendum afin de faire annuler ce projet de règlement.

Un texte de Romain Schué

« On n’est pas près de lâcher. Changer un sens de circulation, on peut s’en sortir. Mais mettre le nez dans nos propriétés, ça va trop loin », clame l’avocat Simon Cadotte, un propriétaire vivant sur le Plateau, qui mène, avec un groupe de citoyens, une campagne visant à faire fléchir le maire Luc Ferrandez et son équipe.

Ces derniers jours, ces résidents se sont mobilisés pour dénoncer ce projet de règlement, présenté début mars par l’arrondissement.

Celui-ci souhaite « prohiber » la création de nouveaux stationnements dans les cours arrière et les ruelles des secteurs résidentiels du Plateau. L’objectif mis de l’avant est de développer des ruelles verdies, conviviales et sécuritaires, mais aussi de « réduire la dépendance à l’automobile ».

De nombreuses voix se sont cependant élevées contre cette idée, en évoquant une intrusion dans leur vie privée et leur droit à la propriété. Plusieurs résidents estiment notamment que l’administration ferait baisser la valeur de leur logement en mettant en place une telle décision.

« Les cours verdies et aménagées ont elles aussi une valeur marchande pour plusieurs acheteurs qui veulent venir s’établir dans l’arrondissement », a quant à lui fait valoir le Plateau, dans une publication diffusée sur son site Internet.

14 % du Plateau concerné

L’arrondissement a indiqué avoir eu des demandes pour l’ouverture de registres dans 34 des 505 zones concernées par ces nouvelles dispositions, soit 14 % du territoire visé.

« À la fin du printemps ou au début de l’été », un registre sera ainsi ouvert dans chacun de ces secteurs, a souligné l'administration. Pour obtenir un référendum, les protestataires devront néanmoins convaincre 10 % des citoyens de cette zone de venir signer ce document.

Mais à moins d’un changement de cap de Luc Ferrandez, qui ne compte pas, pour le moment, revenir sur ce projet, une victoire des contestataires pourrait aboutir uniquement à une non-application de ce règlement dans les territoires où celui-ci a été rejeté par voie référendaire.

« D’immenses conséquences », soutiennent des opposants

Lundi soir, au cours du prochain conseil d’arrondissement, ces résidents comptent faire entendre une nouvelle fois leur colère. Dans leur point de mire désormais, un flou autour des droits acquis de stationnement.

La lecture d’un procès-verbal, qui reprend les propos de représentants de l’arrondissement tenus au cours d’une consultation publique menée le 3 avril, a fait sourciller plusieurs citoyens.

On y lit notamment que « la preuve de l’existence d’une case de stationnement en cour arrière […] revient au propriétaire », qui devra la démontrer, et que « l’attribution de droits acquis se fait au cas par cas ».

En cas de modification d’une dimension ou du positionnement d’un espace actuel dans le cadre d’un réaménagement d’une cour privée, le droit acquis sera perdu, est-il également noté.

« Ça va avoir d’immenses conséquences à l’avenir pour les résidents du Plateau, soutient Charles Deziel, un denturologiste installé sur le boulevard Saint-Joseph. Personne ne va oser modifier quoi que ce soit, même pour y rajouter de la verdure et combattre les îlots de chaleur. Si un résident le fait, il pourrait perdre son stationnement. »

Pas de « chasse aux sorcières », promet le Plateau

Si l’arrondissement reconnaît une mauvaise communication dans ce dossier et « des inquiétudes », « celles-ci ne sont pas fondées », jure l’administration du Plateau.

Selon le cabinet du maire Ferrandez, hors de question de mener « une chasse aux sorcières ».

Les résidents possédant un tel espace de stationnement - mis en place avec ou sans permis - n’auront pas à se rendre dans les bureaux de l’arrondissement pour faire régulariser leur espace, explique-t-on. « La reconnaissance d’un droit acquis ne sera pas demandée, s’il n’y a pas de travaux dans une cour », précise d’ailleurs l’arrondissement.

En cas d’aménagement ultérieur, ces résidents devront en revanche montrer « la preuve » de l’existence d’un stationnement. Mais, outre un certificat de localisation, une simple photo ou une image aérienne provenant de Google pourront suffire, ajoute le cabinet du maire, qui se veut rassurant.

« On n’a ni les ressources ni la volonté d’aller vérifier dans les ruelles, assure-t-on. Tous les gens qui avaient un stationnement avant ce règlement ne seront pas embêtés. On ne va pas former une brigade pour inspecter les cases de stationnement. »

Une décision bientôt copiée?

Sur son site Internet, l'arrondissement souligne également que sa décision pourrait être copiée.

« Le Plateau est le premier à prendre position aussi concrètement en faveur du verdissement des cours arrière, il n’est pas impossible que ces nouvelles dispositions réglementaires inspirent d’autres arrondissements centraux », est-il écrit.

Interrogée sur ce sujet lundi, au cours d'un point de presse à l'hôtel de ville, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, s'est montrée plus mesurée.

« Je n’annoncerai pas ce matin que toutes les ruelles vont être gérées de la même façon », a-t-elle fait savoir.

« Chaque arrondissement met de l’avant des projets qui sont connectés à ses réalités, a-t-elle ajouté. J’ai toujours dit que les arrondissements doivent avoir la possibilité et l’autonomie de décider en fonction de leurs populations qui les ont élus ».

Plus d'articles