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Plus le temps s'écoule, plus le CH semble peinturé dans un coin

BILLET - Est-ce que Marc Bergevin sera encore le DG du Canadien le jour où Jesperi Kotkaniemi fera son entrée dans la LNH?

Pour les équipes de recruteurs, la conclusion d’un repêchage s’avère toujours un moment enivrant. C’est peut-être l’unique moment de l’année où tout le monde s’estime gagnant. En refermant leurs cartables, les chercheurs de talents se font l’accolade et se tapent dans le dos, convaincus d’avoir déniché les perles qui feront progresser leur équipe.

En fin de semaine, vous avez sans doute lu des phrases du genre: « Avez-vous vu notre choix de deuxième tour? Je ne pouvais croire qu’il soit encore disponible! »

Quand on se projette de quelques années vers l’avant, il est toujours permis de rêver.

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Les étalages du repêchage de 2018 n’étaient pas exceptionnels. Les dirigeants d’équipes s’entendaient pour dire qu’il ne s’agissait pas d’un grand cru mais qu’on y retrouvait certainement un certain bassin de joueurs intéressants.

Détenteurs du 3e choix au total, Marc Bergevin et Trevor Timmins avaient la chance de mettre la main sur quelques-uns des rares espoirs susceptibles d’aider leur équipe dès la saison prochaine. Lorsqu’on est assis sur un siège éjectable et qu’on est aux commandes d’une équipe de 28e place, ce n’est certainement pas un facteur à ignorer.

Or, Bergevin et Timmins ont plutôt choisi la patience et, surtout, le bien de l’organisation. Ils ont poursuivi sur une lancée amorcée en 2015 en ciblant particulièrement la position de centre. Ils ont ainsi continué de s’attaquer à un mal qui ronge le CH de l’intérieur depuis au moins deux décennies.

L’Américain Brady Tkachuk, un teigneux ailier gauche excellant dans les espaces restreints (et particulièrement autour du filet) aurait percé et dynamisé l’alignement montréalais dès le mois d’octobre. Ce sont plutôt les Sénateurs d’Ottawa qui ont eu le loisir de réclamer ce pur attaquant de puissance au quatrième rang. Le Tchèque Filip Zadina, un ailier droit gaucher, était peut-être le meilleur sniper de tout le repêchage. Pour une équipe désespérément à la recherche de marqueurs (comme le CH), il valait son pesant d’or. À leur grande surprise, ce sont les Red Wings de Détroit qui en ont hérité au sixième rang.

Bergevin et Timmins ont misé sur le centre finlandais Jesperi Kotkaniemi. Plus jeune que les deux autres de presque une année (il ne célébrera son 18e anniversaire qu’au début de juillet), Kotkaniemi a jusqu’ici démontré un sens du jeu exceptionnel. Tout comme Ryan Poehling (le premier choix du CH la saison dernière), Kotkaniemi comprend son rôle en zone défensive en plus d’être doté d’une belle vision de superbes habiletés de passeur. Son tir est aussi supérieur à la moyenne.

Le hic, c’est qu’il faut se lever de très bonne heure pour jouer au centre dans la LNH. Soir après soir, vous faites face à des monstres dans le cercle des mises au jeu et vous devez constamment vous battre aux côtés de vos défenseurs contre des attaquants format géant dans le fond de votre zone défensive. Vous devez aussi faire les bonnes lectures de jeu, supporter tout le monde et alimenter/compléter vos ailiers en attaque.

Kotkaniemi évolue au centre dans les compétitions internationales dans son groupe d’âge mais, face à des hommes dans la Ligue élite finlandaise, on l’utilisait à l’aile pour favoriser son adaptation et son développement.

Tout est possible dans la vie. Mais raisonnablement, on peut tenir pour acquis de Kotkaniemi ne jouera pas dans la LNH avant un an. Peut-être deux.

Peu importe. Étant donné la grande rareté des centres de qualité sur le marché, le développement à l’interne d’une solide banque de centres s’avérera sans doute une stratégie très payante à moyen et long termes.

Depuis le repêchage de 2015, l’équipe de recrutement du CH a clairement modifié sa philosophie. Elle a sélectionné 15 attaquants, dont 12 étaient des centres. Selon le meilleur scénario, par contre, les premiers dividendes ne sont pas attendus avant l’automne 2019.

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Revenons maintenant sur le plancher des vaches.

Dans quatre mois, la prochaine saison se mettra en branle. Et incroyablement, l’alignement qui a généré une 28e place et tant de sièges vides en 2017-2018 est encore à peu près intact.

Outre l’arrivée de Max Domi (qui remplacera Alex Galchenyuk sur le flanc gauche), la ligne de centre est encore rapiécée (Drouin, Danault, De la Rose) et la brigade défensive (ne revenons pas sur les déclarations du tournoi de golf de septembre 2017) ne compte toujours pas d’arrière capable d’évoluer sur le flanc gauche du premier duo.

Rappelez-vous de la déclaration, très claire, faite par le DG lors du bilan de saison d’avril dernier: « On ne peut espérer des résultats différents en gardant la même formule ».

Le week-end du repêchage - le moment de l’année où les 31 DG sont le mieux disposés à transiger - appartient à l’histoire et il ne s’est rien passé.

Plus le sablier s’écoule, plus Bergevin semble peinturé dans un coin.

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De sérieuses tentatives d'échange de Max Pacioretty ont échoué avec les Sabres de Buffalo et les Kings de Los Angeles. Et pour couronner le tout, le capitaine a conclu la fin de semaine en congédiant son agent Pat Brisson (qui dirige la prestigieuse agence CAA) et en se tournant vers Allan Walsh, de l’agence Octagon.

On parle de deux agents dont les styles sont totalement différents. Brisson entretient des relations privilégiées (voire personnelles) avec plusieurs dirigeants d’équipes et opère généralement avec une main de velours. Avec Walsh, il n’y a pas de zone grise. La ligne est clairement tracée et il n’hésite pas à écraser des orteils au besoin, même publiquement, pour ses clients.

Certains avancent que Pacioretty était incommodé par l’amitié de longue date qui unit Bergevin et Brisson. Ça reste à démontrer.

Il n’est toutefois pas difficile d’imaginer que Pacioretty (le dixième meilleur buteur de la LNH depuis la saison 2012-2013) ait pu se sentir bousculé par les scénarios qu’on lui présentait.

Plaçons-nous cinq minutes dans ses chaussures. Il est un marqueur de 30 buts et le capitaine du Canadien de Montréal. Il lui reste une année de contrat à écouler (d’un très mauvais contrat, cela dit) avant de pouvoir bénéficier de l’autonomie complète.

Pacioretty n’a pas de fusil sur la tempe et n’a pas à précipiter de décision. Il n’a pas à accepter de signer immédiatement (il en aura le droit à compter du 1er juillet) un contrat à long terme qui l’expédiera sous d’autres cieux et qui ne l’enchante pas totalement. Maximiser la contrepartie qu’obtiendra le Canadien devrait normalement être de dernier de ses soucis.

Si Pacioretty se sent plus à l’aise avec un autre agent, grand bien lui fasse. Mais objectivement, la situation ne change pas. Son équipe tente de l’échanger depuis l’hiver dernier.

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L’arrivée d’Allan Walsh dans le portrait forcera tout le monde la prendre une grande respiration et à réévaluer ses positions. Walsh n’a certainement pas promis à son client de le replonger illico dans le même genre de scénario. Il voudra faire ses devoirs et réévaluer toutes les possibilités.

Il serait donc assez surprenant que Pacioretty soit échangé avant le 1er juillet. Par ailleurs, l’histoire nous enseigne qu’entre l’ouverture du marché de l’autonomie et le début de la saison, les mouvements de personnel de cette importance sont extrêmement rares.

Si Pacioretty entreprend la prochaine saison à Montréal sans parapher de prolongation de contrat, il jouera son va-tout et devra absolument connaître une saison exceptionnelle. Ce sera risqué pour lui et positif pour le Canadien. Par contre, pour le CH, la possibilité de l’échanger et d’obtenir en retour un centre de la trempe de Ryan O’Reilly ou un défenseur de premier plan s’évanouira à jamais.

Imaginez un peu le chaos si, en février prochain, Pacioretty connaissait une saison de 30 buts et que le CH se maintenait difficilement parmi les équipes participant aux séries. Le DG mettra-t-il en péril une participation aux séries afin d’obtenir une faible contrepartie pour Pacioretty? Ou risquera-t-il de perdre un marqueur de 30 buts à la fin de la saison sans rien obtenir en retour?

Bref, les deux clans ont sans doute intérêt à travailler de concert. Et fin de compte, ce n’est peut-être pas Pacioretty qui a un fusil sur la tempe.

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À défaut de transiger, la seule option restante pour rehausser l’alignement du CH serait le marché de l’autonomie, où les directeurs généraux commettent généralement leurs plus grandes erreurs.

Bergevin ne veut pas en arriver là. Il n’est pas un fan du 1er juillet. Il répète sans cesse que « le jour où tu te présentes sur le marché en ayant absolument besoin de tel ou tel joueur, tu es fait ».

Pour s’en convaincre, on n’a qu’à penser au contrat de 5 ans/23,1 millions obtenu par Karl Alzner en juillet 2017.

Pour toutes ces raisons, la sélection de Jesperi Kotkaniemi au premier tour du repêchage, vendredi dernier, avait quelque chose d’admirable.

À court terme, la marge de manoeuvre de Marc Bergevin semble minimale. Il est difficile, en ce moment, de croire qu’il parviendra à modifier de façon notable l’alignement qui vient de disputer l’une des pires saisons de l’histoire de l’organisation.

Cela ne l’a toutefois pas empêché de sélectionner un jeune centre dont les prouesses pourraient fort bien, dans un an ou deux, faciliter la vie de son successeur.

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