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Pont Champlain : un nouvel échéancier en vue?

Le ministre fédéral des Infrastructures, Amarjeet Sohi, rencontrera bientôt les syndicats des travailleurs du nouveau pont Champlain pour discuter de la sécurité du chantier, mis à mal par un accident survenu il y a deux semaines. L'échéancier pourrait être réévalué.

« Le pont ne doit pas se faire au détriment de la qualité et de la sécurité des travailleurs », a déclaré le cabinet du ministre pour justifier la rencontre, qui aura lieu la semaine prochaine à Ottawa. Une réunion téléphonique d'urgence était aussi prévue mardi après-midi.

Les travailleurs sont inquiets des conditions de sécurité sur le chantier après un accident qui aurait pu bien mal se terminer, il y a deux semaines, lors d'une opération de levage « improvisé » d'une pièce dont la charge avait été mal évaluée. La pièce, un support horizontal installé entre deux piliers du futur pont, a fait basculer la grue, mais celle-ci s’est accotée sur un échafaudage, selon le Journal de Montréal. L'accident n'a fait aucun blessé, mais il a poussé les syndicats à s'interroger sur les impacts d'un échéancier qu'ils jugent de moins en moins réaliste.

« On opère des gros lifts. Tu as des lifts de 800 tonnes, 300, 400... Ce sont des choses qui ne pardonnent pas. Alors ça te prend beaucoup de rigueur pour t'assurer justement qu'il n'y ait pas d'incident », rappelle Sylvain Boivin, agent d'affaires au Conseil provincial du Québec des métiers de la construction.

Les travaux de construction du nouveau pont Champlain ont débuté en mai 2015 et doivent en théorie se terminer en décembre 2018. Cet échéancier de trois ans et demi – 42 mois au total – a peut-être été fixé pour plaire à l'opinion publique, laissent entendre les syndicats, mais il risque maintenant de compromettre la qualité du produit et la sécurité des travailleurs.

Sans parler nécessairement de conditions dangereuses, Sylvain Boivin admet que les constructeurs tournent les coins ronds à certains moments. Selon lui, il y a un manque de communication entre ceux qui travaillent dans les bureaux – les ingénieurs – et ceux qui oeuvrent sur le terrain, et les travaux n'avancent pas aussi rapidement qu'on l'aurait voulu parce qu'on a fixé l'échéancier sans nécessairement tenir compte des intempéries comme la neige, le vent et la pluie.

« Le but, ce n'est pas d'étirer l'échéancier pour l'étirer », certifie le représentant syndical, qui représente quelque 300 travailleurs sur le chantier. « C'est de dire : "Est-ce que c'est pensable de faire ça dans cet échéancier-là?". Et puis qu'est-ce qu'on doit valoriser en premier? Est-ce que c'est un échéancier? [...] Ou est-ce que ce n'est pas plutôt une qualité, et la santé et la sécurité [des travailleurs]? »

Les syndicats font en outre valoir qu'ajouter quelques mois pour terminer le chantier serait un investissement tout à fait justifiable pour construire une structure dont la durabilité promise est de 125 ans.

Le ministre Sohi dit entendre les revendications des travailleurs et souhaite que ces rencontres puissent rassurer les futurs utilisateurs du pont.

Le chantier de 4,2 milliards de dollars connaît des ratés depuis quelque temps déjà.

Les travaux ont été ralentis cet été en raison d’un problème dans l'octroi des permis permettant de transporter les poutres et les caissons en acier sur le chantier. Les ingénieurs de l’État ont aussi été en grève plusieurs mois.

De plus, on apprenait lundi que le chantier pourrait en plus avoir été ralenti par des travaux additionnels à effectuer pour corriger des défauts de fabrication sur des pièces névralgiques, principalement sur des poutres-caissons provenant de l’entreprise Tecade, en Espagne.

Le contrat de livraison du nouveau pont Champlain prévoit une amende de 100 000 $ par jour de retard, puis de 400 000 $ par jour après la première semaine de retard, jusqu’à concurrence de 150 millions de dollars.

Puisqu’il s’agit d’un projet à prix et à date fixe, ce sera en théorie au consortium Signature sur le Saint-Laurent d'assumer les coûts additionnels.

En entrevue à Radio-Canada lundi, le directeur de la coordination du projet, Daniel Genest, a admis que la date de fin du chantier tendait davantage vers 2019 pour le moment, précisant que des mesures d’accélération avaient été mises en place, dont l’ajout de main-d’oeuvre, afin de revenir à l’échéancier prévu.

Avec les informations de Sébastien Desrosiers

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