Les Montréalais ont peu de risques d'être victimes d'un crime, particulièrement d'un crime violent. Mais certains endroits et quartiers attirent plus de criminels que d'autres. Découvrez notre carte du crime qui montre les points chauds à Montréal.

Depuis environ deux ans, la police de Montréal publie des données détaillées sur certains crimes commis sur l'île depuis 2015. CBC/Radio-Canada a compilé ces données, qui sont mises à jour tous les trois mois. Nous les avons transformées en cartes et en graphiques qui sont automatiquement mis à jour.

Le criminologue de l’Université de Montréal Rémi Boivin affirme sans hésitation que Montréal est une ville sécuritaire et que ces données « enlèvent le côté mythique de la criminalité ». Il précise qu'il est très rare pour un Montréalais d’être victime d’un crime violent.

Géographie du crime

Les taux de criminalité sont assez prévisibles, précise M. Boivin. En règle générale, les endroits les plus fréquentés sont ceux où il y a le plus de crimes.

« La violence entre étrangers arrive surtout au centre-ville, tandis que dans les quartiers, la violence se fait entre personnes qui se connaissent. Les crimes entre conjoints arrivent dans les endroits avec plus de domiciles », explique-t-il.

Selon la théorie de la désorganisation sociale, dans une ville, les crimes sont distribués inégalement et de façon non aléatoire. Le centre-ville connaît des taux de criminalité plus élevés puisqu'il s'agit d'un secteur continuellement en transition avec une plus grande mobilité résidentielle.

Les endroits plus accessibles – près des transports en commun et des grandes artères – connaissent davantage de crimes.

Les secteurs commerciaux présentent une concentration de criminalité beaucoup plus élevée. Généralement, les épiceries, les buanderies, les salons de coiffure, les commerces de prêt sur gages et les bureaux de change et d'encaissement de chèques – tout lieu où les transactions se font souvent en espèces – sont des foyers d’attraction pour la criminalité.

Enfin, il y a généralement plus de crimes violents le soir et plus de cambriolages l’été.

Crimes violents

La plupart des crimes à Montréal ne sont pas violents; d’ailleurs, les crimes violents sont si peu fréquents qu’ils ne sont presque pas visibles sur les graphiques. Il y a eu 5 infractions menant à la mort en 2018; 21 en 2017, 22 en 2016 et 25 en 2015.

En fait, le taux de criminalité a été réduit presque de moitié depuis 1998. Il est donc plus probable de se faire frapper par la foudre que d’être l’une des deux ou trois personnes qui meurent chaque mois d’un crime violent.

Les homicides ont connu leur sommet dans les années 70 et 80, et les années 90 ont été marquées par des règlements de compte au sein du crime organisé.

Montréal se trouve au 19e rang de l’indice global de gravité de la criminalité de Statistique Canada de 2016. Regina est la ville qui a le plus haut indice global de gravité de la criminalité, suivie de Saskatoon, d’Edmonton, de Winnipeg et de Kelowna.

En comparaison, selon le Major Cities Chiefs Association, en 2017, il y a eu 328 meurtres à Chicago, 136 à Détroit, et 170 à Baltimore, des villes avec une population moins nombreuse que Montréal. Philadelphie, qui a une population de la même taille que Montréal, a répertorié environ 10 fois plus de meurtres.

Même si l’ensemble de la ville est sécuritaire, certains secteurs connaissent des taux de criminalité plus élevés que d’autres. Ces données ne devraient toutefois pas provoquer de panique ou d’anxiété, mais simplement servir d’outil d'information et de prévention.

Vols de véhicules : points chauds dans l'ouest

Selon le dernier rapport annuel du SPVM, les vols de véhicules ont diminué de 2,5 % entre 2012 et 2016.

Toutefois, ce que l’on remarque, c’est que la plupart des vols de voitures depuis 2015 ont été commis à deux endroits : dans les stationnements le long du boulevard Côte-de-Liesse (où l’on trouve plusieurs hôtels) et au centre commercial Fairview à Pointe-Claire.

À ces endroits, les voitures sont souvent garées pendant des heures, voire des jours à la fois, explique André Durocher, inspecteur et porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

En avril 2017, le SPVM a démantelé un réseau de voleurs de voitures qui ciblaient les stationnements d'hôtels sur la voie de desserte du chemin de la Côte-de-Liesse. Le SPVM a aussi rencontré les responsables des hôtels du secteur, mais il semblerait que le problème n’est pas encore réglé.

Autres points chauds pour le vol de voitures :

  • Près du magasin IKEA
  • Place Vertu
  • Place Versailles
  • Walmart à Montréal-Nord

Il existe deux types de voleurs de voitures, selon M. Boivin : ceux qui volent occasionnellement et les voleurs professionnels qui revendent et exportent les véhicules volés. Si la proximité du port de Montréal a par le passé facilité la revente à l’étranger, M. Boivin croit que des contrôles plus serrés ont eu un effet dissuasif.

Le centre-ville au coeur des vols dans les véhicules

Quand les voleurs dérobent des objets à l’intérieur des voitures, ils le font surtout au centre-ville et dans le Vieux-Montréal. « Un voleur voit quelque chose dans la voiture et le prend. C’est pourquoi nous conseillons aux gens de ne pas laisser d’objets de valeur à l’intérieur du véhicule », souligne M. Durocher.

Autres points chauds pour le vol dans les voitures :

  • Galeries des Sources (Dollard-des-Ormeaux)
  • Marché central (Ahuntsic-Cartierville)
  • Centre Rockland (Ville de Mont-Royal)
  • Intersection de l’A-40 et du boulevard Lacordaire (Saint-Léonard) (on y trouve un hôtel, plusieurs concessionnaires automobiles et des commerces).

Introductions par effraction : fléau des quartiers denses

Les crimes les plus fréquents sont les entrées par effraction; environ 800 sont signalées chaque mois. Il faut toutefois relativiser : ce type de crime touche moins de 0,1 % des quelques 760 000 ménages et le nombre d’introductions par effraction est relativement stable depuis une dizaine d’années.

La plupart de ces cambriolages sont concentrés dans le centre-ville, Le Plateau-Mont-Royal et Hochelaga-Maisonneuve. Ils sont particulièrement fréquents dans le Quartier latin, le quartier Milton-Parc (« ghetto McGill ») et Rosemont-La-Petite-Patrie.

Les quartiers centraux de Verdun et de Côte-des-Neiges ont chacun connu des centaines d’introductions par effraction. Le district Ovide-Clermont à Montréal-Nord connaît également un grand nombre de cambriolages.

Sans surprise, ces quartiers sont parmi les plus densément peuplés de la ville.

« Il y a des voleurs qui se promènent dans les quartiers et qui testent si les portes n’ont pas été barrées », explique M. Durocher. Il avance que ces voleurs ont souvent des problèmes de consommation de drogue. « Ces voleurs cherchent des choses qui sont faciles à prendre. Ils vont chercher des portes ouvertes ou des fenêtres ouvertes en été », précise M. Durocher.

Méfaits : graffitis et vandalisme au centre-ville

Le centre-ville, particulièrement le long de la rue Sainte-Catherine dans le Village gai et près de l’Université Concordia, est la cible privilégiée des vandales.

Un autre endroit à Montréal se distingue du lot : la moitié nord de la Plaza Saint-Hubert dans Rosemont-La-Petite-Patrie. On y a enregistré beaucoup plus de méfaits que dans les secteurs avoisinants.

Même situation dans le secteur d’Hochelaga, entre Frontenac et Pie-IX. Rappelons que ce secteur où se trouvent de nombreux commerces a connu une vague de vandalisme anti-embourgeoisement en 2016 et 2017. Plusieurs personnes ont depuis été arrêtées.

Vols qualifiés dans le Village gai

Les vols qualifiés sont rares à Montréal, mais pas dans le Village gai et dans le Quartier latin. Ces deux quartiers ont connu un total de 230 vols qualifiés depuis 2015, un chiffre plusieurs fois supérieur qu’ailleurs sur l'île. La majorité des vols qualifiés se sont produits dans le quadrilatère entre les rues Sainte-Catherine et Sherbrooke et entre Atwater et Papineau.

L’inspecteur Durocher indique que la plupart de ces vols se produisent dans les entreprises, en ajoutant que les gens dans la rue peuvent aussi être victimes de vols qualifiés.

« Le Village est une grande zone piétonne en été, mais il y a aussi beaucoup de personnes qui quittent les bars la nuit qui peuvent être des victimes faciles », selon M. Durocher.

De nombreux vols ont aussi été recensés au métro Côte-Vertu, à proximité du Collège Marie-Victorin et dans le secteur Longue-Pointe à Rosemont.

Taux de criminalité en baisse : pourquoi?

Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer pourquoi le nombre de crimes rapporté au SPVM, ainsi qu’aux différentes instances policières à travers le Canada, est à la baisse depuis plusieurs années.

L’une de ces hypothèses est que, lorsque l’économie va bien, il y a moins de crimes. L’autre hypothèse est que le nombre de crimes n’a pas tout à fait diminué, mais qu'il s’est plutôt transformé. « Il y a un mouvement vers la cybercriminalité. Mais quand, par exemple, la banque nous signale une fraude sur notre carte, on n’a souvent pas besoin de faire appel à la police; tout est arrangé avec la compagnie de crédit », précise  M. Boivin.

Avec la collaboration de Roberto Rocha

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