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Portrait de la misère quotidienne à Montréal

Des dizaines de milliers de Montréalais doivent s'affamer pour payer leur loyer ou sont contraints de vivre dans des logements insalubres, deux situations susceptibles d'entraîner des problèmes de santé physique et mentale.

C'est du moins ce que révèle le rapport Pour des logements salubres et abordables révélé lundi par la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal dans le cadre du Forum montréalais sur le logement et la santé.

Selon le rapport, 210 000 ménages montréalais consacraient plus de 30 % de leur revenu à payer leur logement en 2014; 95 000 d'entre eux ont souffert d'insécurité alimentaire, et plus de 50 000 ont manqué de nourriture en raison d'un manque d'argent.

Qui plus est, 30 % des ménages montréalais avaient au moins un problème d'insalubrité dans leur logement en 2014, qu'il s'agisse de moisissure apparente ou d'infiltration d'eau (20 %), de rongeurs (9 %), de punaises de lits (3,4 %) ou de coquerelles (3,3 %).

Il est aussi à noter que 42 % de ces logements ont été construits il y a plus de 50 ans, une proportion qui s'établit à 28 % à l'extérieur de Montréal.

Appel aux gouvernements

Le directeur de la santé publique de Montréal, le Dr Richard Massé, demande au gouvernement fédéral de réinvestir dans les programmes de logements sociaux et communautaires. Le Canada, note-t-il, est le seul pays de l'OCDE qui n'a aucune stratégie nationale globale en habitation.

Il demande également au gouvernement Couillard d'adopter une politique nationale de l'habitation de concert avec les villes, afin de réinvestir dans les logements sociaux et communautaires destinés aux familles, et de mettre en place des programmes d'aide à la rénovation pour les logements privés.

Le Dr Massé souhaite aussi que les municipalités montréalaises adoptent des règlements sur la salubrité des logements, et que celles qui en ont déjà un consacrent davantage d'argent et de ressources humaines pour en assurer l'application.

Montréal essaie d'en faire plus

La Ville de Montréal a instauré un plan d'action pour la lutte à l'insalubrité en mai 2014.

Même si elle avoue que la Ville « se heurte à un manque d'argent », Karine Boivin-Roy, conseillère associée au dossier de l'habitation à la Ville de Montréal, affirme que ce plan, qui implique des inspections beaucoup plus soutenues, a permis des avancées considérables.

« Depuis 2007, il y a 847 bâtiments qui ont été inspectés. Ça représente à peu près 16 300 logements. Et de ça, il y a 95 000 problèmes de non-conformité qui ont été rapportés », dit-elle.

Dans les cas de non-conformité, indique Mme Boivin-Roy, des correctifs sont apportés dans 82 % des cas. Et pour les propriétaires récalcitrants, la Ville a décidé en août dernier d'augmenter les amendes qu'ils reçoivent, amendes qui sont modulées en fonction de la gravité des infractions commises.

De son côté, le directeur de la santé publique de Montréal ne note pas d'améliorations particulières des conditions d'insalubrité des logements depuis les dernières années.

« Les données qu'on a montrent que la situation est stable », commente-t-il.

Insécurité alimentaire

Le rapport souligne que 26 % des ménages montréalais vivent sous le seuil de faible revenu contre 15 % dans le reste de la province. Dans le même ordre d'idées, 29 % des ménages consacrent plus de 30 % de leur revenu à leur loyer, contre 17 % ailleurs au Québec.

La DSP de Montréal note que l'insécurité alimentaire peut entraîner des carences alimentaires et mener à des problèmes de santé mentale ou physique chez les adultes et les enfants. Ces derniers, précise-t-elle, peuvent voir leur développement physique compromis à long terme.

Quant aux problèmes d'insalubrité, ils peuvent contribuer au développement ou à l'aggravation de maladies respiratoires, comme l'asthme, la rhinite allergique ou les infections respiratoires.

 

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