Retour

Portrait inédit de l'itinérance sur la Rive-Sud

« Peu et mal connue », l'itinérance est pourtant bien installée sur la Rive-Sud de Montréal. Si on recense une centaine d'itinérants dans la MRC de Marguerite D'Youville, il pourrait s'agir de la pointe de l'iceberg, selon une nouvelle étude. Le phénomène, plus caché qu'à Montréal, reste difficile à documenter.

Un texte d'Anne-Marie Provost, de Grand Montréal

Trois chercheuses de l'Université de Montréal (UdeM) ont approché différents services, villes et organismes pour faire une compilation du nombre d'itinérants dans la région, qui compte six municipalités, entre 2010 et 2015.

Mais il a été difficile d'avoir accès à des statistiques dans la région.

« Seulement cinq acteurs sociaux sur un potentiel de 31 ont pu fournir des chiffres. Personne ne tient de registre sur ça, à cause d'impératifs de confidentialité », explique Jean-François Lessard, agent de développement à la Corporation de développement communautaire (CDC) de la région, qui a coordonnée l'étude. 

Plus cachée qu'à Montréal

Conflits familiaux, toxicomanie, problèmes de santé mentale: les causes de l'itinérance dans la MRC ressemblent à celles de Montréal, révèlent les différentes entrevues menées par les chercheuse. La façon de la vivre, elle, est toutefois différente.

Si certains dorment incognito dans des lieux publics ou plantent une tente, beaucoup se promènent d'un logement à l'autre, chez des connaissances ou de la famille.

Le Centre d'entraide bénévole de Saint-Amable rapporte notamment le cas d'une « mère ado qui se promène de place en place. [Sa] mère la met dehors parce qu'elle est enceinte ».

Pourquoi des personnes itinérantes restent-elles dans leur ville d'origine? Certains ressentent le besoin de demeurer sur le même territoire quand ils perdent leur logement. D'autres se méfient de Montréal, où il est plus facile de se procurer de la drogue.

« Moi, je suis une personne qui est dans l'itinérance qui a arrêté de consommer, témoigne un itinérant. Montréal, c'est plus un vortex de consommation, c'est une roue, qu'on veuille ou pas, ça finit par nous avoir. À force de le voir à l'entour de nous, la consommation, elle vient à nous rattraper. Donc, moi, je me tiens loin de ça ».

Peu de ressources dans la région

L'étude met également en relief le manque de ressources disponibles sur le territoire et leur accès limité. Plusieurs personnes itinérantes parcourent de longues distances pour avoir accès à des services.

Les auteures de la recherche recommandent notamment de développer davantage le transport en commun et d'offrir des billets de taxi lorsqu'une personne doit se rendre d'une ressource à une autre.

Les chercheuses montrent également du doigt l'absence d'organisme d'hébergement d'urgence ou de centre de crise pour les toxicomanes sur le territoire.

« La création d'un centre de crise permettrait de répondre aux individus vivant des moments de crise et de leur offrir un hébergement temporaire, le temps de trouver des solutions à leur situation. Une ressource d'hébergement permettrait également aux individus vivant une crise au niveau du logement de demeurer au sein de leur territoire le temps de trouver des alternatives à leur situation », écrivent les auteures de l'étude.

La peur d'attirer des personnes itinérantes dans la région peut toutefois être un frein. Un policier interviewé souligne que, « malheureusement », le phénomène du « pas dans ma cour » est présent parmi la population.

Certaines villes préfèrent éloigner les personnes itinérantes à coup de contraventions et d'éviction de lieux publics, pendant que d'autres hésitent à mettre sur pied des ressources.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York





Rabais de la semaine