Retour

Pour Lance Stroll, la saison vient enfin de commencer

BILLET – Avant de vous parler de Lance Stroll, laissez-moi vous raconter le Grand Prix de F-1 le plus hallucinant auquel j'ai assisté.

Interlagos, avril 2003. Le ciel est gris, il pleut constamment et les services météorologiques brésiliens prévoient de fortes averses durant la course. Toutes les écuries clientes du manufacturier Bridgestone n’ont que des pneus intermédiaires à leur disposition en cas de mauvais temps (la réglementation de l’époque les obligeait à miser sur un seul type de pneu de pluie pour un GP).

Les pilotes sont inquiets. Certains estiment qu’il est trop risqué de courir dans ces conditions. Les pilotes délibèrent durant une réunion d’urgence et Jacques Villeneuve se moque de ceux qui rechignent à l’idée de piloter sous la pluie.

On donne finalement le départ. Et le déluge surgit. Au point où une mini-rivière se forme et traverse la piste au troisième virage. C’est complètement fou!

Les sorties de pistes et les collisions se multiplient. Les pilotes qui sortent de piste frôlent à plusieurs reprises la grue mobile qui tente d’évacuer les monoplaces qui ont pris le décor précédemment. C’est un véritable cirque! Les deux Ferrari abandonnent, une première en cinq ans. La voiture de sécurité entre et sort au gré des incidents, et dès que la course reprend, les erreurs de pilotage et les incidents reprennent de plus belle. Les pilotes n’y voient strictement rien.

La course est censée compter 71 tours mais ce Grand Prix ne se rendra jamais à la limite. Avec un peu moins de 20 tours à faire, l’Australien Mark Weber (Jaguar) heurte un mur et l’un de ses pneus se met à virevolter sur la piste. Le jeune Fernando Alonso (Renault) arrive à pleine vitesse et heurte le pneumatique de Weber de plein fouet. Sa monoplace se désagrège en mille morceaux sous la force de l’impact.

La course est finalement stoppée pour des raisons de sécurité. Mais tout juste avant, l’Italien Giancarlo Fisichella (Jordan) franchit l’arrivée dans la ligne des puits alors que sa monoplace est en flammes!

C’est la confusion la plus totale. On déclare Kimi Raikkonen (McLaren) vainqueur, mais plusieurs jours après l’épreuve, la FIA détermine que Fisichella a bel et bien remporté ce tumultueux Grand prix du Brésil.

Ce fut la première de trois victoires de la carrière de Fisichella, qui était pourtant un redoutable et combatif pilote.

Bref, il est parfois hasardeux de prendre le résultat d’un Grand Prix au pied de la lettre. Parfois, tellement d’incidents surviennent au cours d’une même épreuve que l’ordre final est déterminé par d’étranges concours de circonstances, par la chance ou par un peu des deux.

***

Revenons maintenant à Lance Stroll, qui a terminé troisième dimanche au Grand Prix d’Azerbaïdjan.

L’épreuve disputée dans les rues de Bakou n’a pas été marquée par un déluge mais quand même, les nombreux accrochages, le drapeau rouge, la pénalité infligée à Sebastian Vettel et plusieurs sorties de la voiture de sécurité ont complètement chamboulé cette épreuve.

En bout de ligne, le pilote Red Bull Daniel Ricciardo (qui était parti en 10e place) l’a emporté, même après avoir été forcé de retraiter aux puits dès le sixième tour en raison de problème de freins. Le Finlandais Valtteri Bottas a terminé deuxième malgré le fait qu’un accident survenu au premier tour l’ait repoussé jusqu’au 20e et dernier rang. Et le pilote canadien, qui avait pris le départ 8e, est parvenu à éviter les écueils et à monter sur la troisième marche du podium.

À l’arrivée, les trois pilotes qui ont accédé au podium disaient tous la même chose: ils n’auraient jamais cru possible un tel résultat.

Comme cela avait été le cas au Brésil en 2003, l’ordre final de ce Grand Prix était en quelque sorte l’équivalent d’une combinaison gagnante à la loterie. Et il pourrait s’écouler bien des années avant qu’une course aussi folle survienne à nouveau.

***

De façon générale, les médias canadiens ont fait grand état de ce résultat de Stroll.

Le pilote de 18 ans vient de connaître son meilleur Grand Prix de la saison et cette troisième place (survenue après une bonne prestation à Montréal) haussera sans doute considérablement son niveau de confiance.

Or, ce n’est pas cette position finale qui a constitué son plus grand exploit du week-end.

Avant de débarquer à Bakou, Stroll avait été incapable de devancer son coéquipier Felipe Massa lors des séances de qualifications. Battu par Massa lors des sept épreuves précédentes – et souvent par de fortes marges – Stroll demeurait l’un des pilotes les moins compétitifs du championnat par rapport à son coéquipier.

Mais samedi dernier, coincé par le temps en fin de séance en raison d’une sortie de piste d’un autre pilote, Stroll a maximisé le seul tour lancé qu’il pouvait effectuer et il s’est qualifié 8e, avec une priorité de 45 millièmes de seconde sur Massa.

Il était incroyable de voir Stroll franchir la ligne d’arrivée parmi les meneurs dimanche. Mais sa qualification, elle, était véritablement attribuable à des facteurs que le pilote contrôlait.

***

Dans le cas de Stroll, on peut dire que sa première saison de F1 vient véritablement de commencer. Après un début de saison catastrophique, il vient de jeter les gants et d’indiquer à Massa qu’il s’ajuste et qu’il peut en découdre avec lui.

S’agissait-il d’un accident de parcours pour Massa? L’écart se rétrécira-t-il vraiment entre les deux coéquipiers? Stroll finira-t-il par prendre les commandes et par devenir le pilote de confiance chez Williams?

Le reste de la saison s’annonce fort intéressant. Et ce début de lutte opposant le vétéran brésilien à la recrue canadienne fera partie des éléments qui retiendront l’attention des connaisseurs de F1.

Si Stroll parvient à renverser la vapeur d’ici la fin du calendrier, il s’agira d’une des grosses surprises de la saison.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine