Des milliers de Québécois francophones commencent cette semaine leurs études collégiales ou universitaires dans une nouvelle langue, souvent pour perfectionner leur anglais ou simplement parce que c'est dans cette langue que s'offre le programme qui les intéresse. État des lieux.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

Au Québec, environ 5 % des étudiants qui fréquentent un cégep anglophone déclarent le français comme langue maternelle, explique Judith Laurier, directrice des communications à la Fédération des cégeps. « Ce chiffre est assez stable. Il était de 5 % en 2012 et il est de 5,6 % en 2015 », précise-t-elle.

Aux cégeps anglophones Vanier et Marianopolis, près de 40 % des étudiants ont fréquenté une école secondaire francophone. Mais parmi eux, moins de 15 % des jeunes déclarent le français comme étant leur langue maternelle.

Il y a toutefois une exception au lot. Le Collège régional Champlain St. Lawrence, le seul cégep anglophone de la région de Québec, a dû refuser cette année plus de 350 étudiants. Cette hausse des inscriptions s'explique en partie par un nombre croissant d'étudiants francophones qui espèrent y être admis.

Selon le directeur, Edward Berryman, les francophones veulent perfectionner leur anglais afin de satisfaire les exigences grandissantes des employeurs qui souhaitent engager des employés bilingues.

« Les étudiants [francophones] veulent simplement être branchés et veulent être des citoyens du monde », souligne Katherine Haralambous, porte-parole pour le Collège Marianopolis.

Marguerite Corriveau, porte-parole pour le Cégep Vanier, explique que les étudiants en sciences souhaitent faire des études collégiales en anglais afin de mieux comprendre les rapports et les études scientifiques, qui sont en majorité rédigés en anglais. « Ils veulent comprendre ce qu'ils lisent, même s'ils choisissent de poursuivre leurs études en français et de travailler en français », précise Mme Corriveau.

De plus, en étudiant en anglais au cégep, les étudiants ont ensuite un plus grand choix lorsqu'ils veulent poursuivre aux études supérieures, selon Mme Corriveau.

Audrey Levac a décidé d'étudier au Collège John Abbott afin de mieux maîtriser la langue de Shakespeare, qu'elle a apprise informellement avec ses coéquipières d'une ligue de hockey amateur.

Des professeurs offraient aux étudiants francophones l'option de rédiger certains projets en français, mais Audrey Levac a préféré vivre l'immersion complète. « Je me suis inscrite à l'école en anglais pour m'améliorer, pas pour écrire en français. »

Heidi Bates, qui a étudié au collège Dawson, puis à l'Université Concordia, ajoute que les cégeps et les universités anglophones facilitent l'intégration des francophones. « Ils t'offrent beaucoup d'outils si ton anglais n'est pas parfait », dit-elle.

La langue n'oriente pas toujours le choix d'école

Mme Laurier affirme que la plupart des étudiants choisissent l'école en fonction du programme et non de la langue. Elle ajoute que les francophones qui choisissent un cégep anglophone n'oublient pas pour autant leur langue maternelle.

« Mes réflexes francophones sont toujours là », confirme Audrey Levac. D'ailleurs, elle s'est souvent jumelée à d'autres francophones pour réaliser certains travaux. « C'était un peu plus facile pour échanger dans notre langue maternelle. Je suis francophone - je pense, je réagis en français. Quand j'avais la chance de parler en français, je le faisais. »

La Fédération des cégeps s'était d'ailleurs opposée à une proposition du Parti québécois qui voulait appliquer la loi 101 aux cégeps. Dans un mémoire, en 2013, l'organisme avançait que « la répartition des inscriptions dans les cégeps selon la langue d'enseignement est demeurée stable depuis 2002, s'établissant à 83 % pour les établissements francophones et à 17 % pour les établissements anglophones. »

Des programmes bilingues

Depuis quelques années, les cégeps Vanier et Marianopolis offrent par ailleurs des programmes bilingues, en collaboration, respectivement avec le Cégep Saint-Laurent et le Collège Brébeuf. Les étudiants du cégep anglophone font au moins une session au cégep francophone et vice versa.

« C'est une immersion totale. Non seulement ils font des cours dans une autre langue, mais ils s'immergent dans une autre culture en se faisant des amis ou en faisant des activités », indique Mme Haramboulos.

Les universités anglophones de plus en plus populaires

Si de nombreux étudiants choisissent de fréquenter un cégep anglophone, plusieurs optent pour le français au niveau universitaire, selon Mme Corriveau.

À Concordia, 23 % des étudiants déclarent le français comme langue maternelle. À McGill, c'est environ 20 %, tandis qu'à Bishop's, 25 % des étudiants sont francophones. À Bishop's, la moitié de ces francophones n'ont jamais étudié en anglais auparavant.

Ces chiffres incluent tous les étudiants provenant de divers pays de la Francophonie, qui sont d'ailleurs de plus en plus présents dans les universités anglophones. En 2015, à l'Université Concordia, 16 % des étudiants internationaux venaient de la France.

À l'Université McGill, le nombre d'étudiants français a presque triplé en 10 ans.

Christine Mota, porte-parole pour l'Université Concordia, réaffirme ce que Mmes Corriveau et Haramboulos constatent : les étudiants sont en majorité attirés par les programmes, et non par la langue de l'école.

Par exemple, du côté de Concordia, le programme des Beaux-Arts, qui est considéré comme l'un des meilleurs au pays, attire une grande proportion d'étudiants francophones québécois. « Au niveau universitaire, les étudiants veulent suivre la meilleure formation et rester à Montréal », d'après Mme Mota.

C'est le cas d'Audrey Levac, qui après avoir étudié en anglais au cégep a choisi l'Université du Québec à Montréal (UQAM) pour faire son baccalauréat parce qu'on y offrait le programme de son choix. Elle songe d'ailleurs à suivre des cours en anglais si elle entreprend une maîtrise.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine