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Prélever sperme et ovules sur de jeunes malades pour préserver leur fertilité

Il n'y a pas que les adultes qui peuvent faire congeler leur sperme ou leurs ovules. Les adolescents aussi. Au cours des prochains mois, l'Hôpital Sainte-Justine permettra même à des enfants malades de moins de 12 ans de conserver des tissus ovariens ou testiculaires.

Un texte de Marie-Eve Cousineau

Depuis cinq ans, une centaine de jeunes de moins de 18 ans ont fait prélever leurs ovules ou leur sperme dans divers hôpitaux et cliniques, selon la Régie de l’assurance maladie du Québec.

Souvent atteints de cancer, ces jeunes malades doivent subir des traitements, comme de la chimiothérapie, qui mettent en péril leur fertilité. « Ils ont besoin de médicaments qui sont très efficaces pour leur maladie de base, dit le Dr Elias Dahdouh, directeur médical du Centre de procréation assistée de l’Hôpital Sainte-Justine. Mais le problème, avec ces médicaments, c’est qu’ils vont avoir un pourcentage de diminution de leur fertilité. Ça peut aller de 30 % jusqu’à 100 % ».

C'est le cas de Lauren Greco. Il y a deux ans, elle a vu son univers basculer. Des médecins de l’Hôpital Sainte-Justine ont découvert des tumeurs potentiellement cancéreuses dans son abdomen. Le traitement proposé : une intervention chirurgicale et fort probablement de la chimiothérapie.

Heureusement pour la jeune femme de 18 ans, qui rêve d’avoir trois ou quatre enfants, ce processus est possible depuis 2013.

Peu de temps avant ses traitements, Lauren Greco a fait prélever des ovules. L’intervention a été effectuée sous anesthésie générale à l’Hôpital Sainte-Justine. Tout au long du processus, l’adolescente, alors âgée de 16 ans, a été suivie par une équipe multidisciplinaire, dont faisait notamment partie un psychologue.

« Je n’étais pas stressée, dit Lauren Greco. L’intervention n’a pas été douloureuse ».

Ses ovules ont été congelés dans de l’azote liquide, à -194 °C, et ils pourront y demeurer pendant des dizaines d’années sans se dégrader. « Les processus biologiques arrêtent à cette température-là », explique Pascal Desrosiers, chef embryologiste au Centre de procréation assistée de l’Hôpital Sainte-Justine.

Elle n’a finalement pas eu à subir de chimiothérapie, car les masses étaient bénignes. « Je suis chanceuse! », dit Lauren Greco. En fin de compte, ses ovules congelés sont devenus en quelque sorte une police d’assurance, au cas où elle devrait un jour subir des traitements qui pourraient nuire à sa fertilité.

Préserver la fertilité d’enfants de moins de 12 ans

Prélever des ovules est présentement impossible chez les fillettes de moins de 12 ans qui n’ont pas encore atteint la puberté. Leurs ovules ne sont pas encore matures.

Toutefois, au cours des prochains mois, l’Hôpital Sainte-Justine offrira aux filles et aux garçons prépubères dont la fertilité est menacée, l’accès à une nouvelle technique expérimentale, approuvée par son comité d’éthique.

« On peut prendre un tissu ovarien ou un tissu testiculaire par prélèvement, sous anesthésie locale ou anesthésie générale et on peut le congeler pour utilisation future, dit le Dr Elias Dahdouh. Mais les données sont au stade vraiment expérimental ».

Selon lui, cette technique, utilisée pour les femmes postpubères, a jusqu’à présent donné lieu à une centaine de grossesses dans le monde.

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