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Première carpe asiatique pêchée dans le Saint-Laurent : les pêcheurs racontent

Deux pêcheurs commerciaux de Lanoraie, dans Lanaudière, ont eu la surprise de trouver un spécimen de carpe asiatique dans leurs filets, une espèce envahissante qu'on ne croyait pas encore présente dans le fleuve Saint-Laurent. Le poisson pesait 64 livres! Une histoire de pêche bien réelle, qui n'a rien d'une bonne nouvelle...

Un texte de Dominic Brassard

« On n'était vraiment pas certain de ce que c'était. Ça ressemblait à une carpe... Ç'a la même couleur, mais c'est gros! On voyait toute une différence avec les autres », raconte le pêcheur Pierre Thériault. Son collègue Gérard Boucher et lui pêchent normalement des carpes allemandes et des esturgeons.

Or, le 27 mai dernier, ils ont trouvé dans leurs filets une carpe de roseau (carpe asiatique), une espèce qui a envahi de nombreux cours d'eau américains jusqu'à la frontière avec les Grands Lacs.

Le pêcheur Gérard Boucher a ensuite contacté un biologiste du ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs pour le prévenir de cette découverte étrange. « Ça n'a pas été long qu'ils sont venus, raconte-t-il. Pour les biologistes, ç'a été une grosse surprise! C'est comme s'ils n'avaient pas voulu la voir ici. Ils n'auraient pas voulu que je la pogne, mais ils sont contents que je l'aie pognée », explique le pêcheur.

Les biologistes et les pêcheurs ont alors examiné le spécimen, ce qui a permis de déterminer qu'il s'agissait d'une femelle d'un mètre, dont le ventre était rempli d'œufs. Selon les premières analyses du ministère, ces œufs étaient stériles, probablement en raison de l'âge avancé du poisson.

Pour Gérard Boucher, une telle découverte est inquiétante, puisqu'il gagne sa vie de la pêche commerciale. Il craint le pire pour les espèces indigènes locales : « Ça va faire un peu comme aux États-Unis, ç'a envahi et détruit les habitats des autres poissons, et tout. Ce n'est pas une bonne nouvelle en principe. »

Un programme québécois pour lutter contre la carpe asiatique

La découverte de ce spécimen dans le fleuve Saint-Laurent a forcé le ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs à mettre en marche son plan d'action pour lutter contre l'espèce envahissante. Un montant de 1,7 million de dollars sur trois ans servira à tenter de détecter la carpe asiatique dans le fleuve en plus de sensibiliser les pêcheurs commerciaux.

Le biologiste et responsable de la coordination du nouveau programme, Michel Legault, confirme la prise de ce poisson près de Lanoraie. Il estime que la carpe de roseau (asiatique) pêchée pouvait être âgée de 15 à 30 ans.

« On croyait effectivement que les carpes asiatiques étaient confinées, explique Michel Legault. Mais on sait depuis quelques années que la carpe de roseau est implantée dans le lac Érié, dans un secteur très restreint. Et l'été dernier, neuf carpes de roseau ont été capturées dans la région de Toronto. »

Le ministère tente maintenant de déterminer s'il s'agit d'un cas isolé ou si d'autres individus ont élu domicile dans le secteur. Si c'est le cas, les rivières d'eau douce reliées au fleuve Saint-Laurent sont aussi menacées.

La carpe asiatique en quelques points :

  • Divisée en quatre espèces, dont la carpe de roseau.
  • Grandit et se reproduit rapidement.
  • Sans réel prédateur.
  • Se nourrit de plancton et de plantes aquatiques, ce qui endommage les habitats des autres espèces de poissons.
  • Introduite dans le sud des États-Unis dans les années 60 pour ensuite coloniser le fleuve Mississippi et de nombreux autres cours d'eau.

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