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Procès d’Ahmad Nehme : mari contrôlant ou victime de sa femme infidèle?

Ahmad Nehme contrôlait l'argent de sa femme, il l'a déjà giflée et il a enregistré 20 heures de conversations téléphoniques pour l'espionner. Du même souffle, l'homme de 53 ans accusé du meurtre prémédité de sa femme, a soutenu mercredi auprès du tribunal qu'il était terrorisé à l'idée qu'elle ne s'en prenne à lui avec son amant.

Un texte de Geneviève Garon

Cet ancien commerçant dans le domaine de l’électronique reconnaît qu’il était criblé de dettes au moment de la mort de sa femme, Catherine De Boucherville, le 5 juillet 2012, à Montréal. Il soutient tout de même avoir été persuadé qu’elle et son amant allaient l’assassiner pour le détrousser de ses biens.

L’accusé de 53 ans reconnaît avoir poignardé à mort sa femme dans la résidence familiale, mais il plaide la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Une femme infidèle ou un mari jaloux?

Lors de son témoignage au palais de justice de Montréal, Ahmad Nehme affirme que sa femme l’a trompé avec plusieurs hommes au cours de leur mariage de près de 20 ans.

En 2006, il a d’ailleurs mis la ligne téléphonique résidentielle sous écoute. Il dit avoir découvert qu’elle le trompait avec un représentant qui se rendait régulièrement à son commerce. Cinq ans auparavant, il l’avait giflée en apprenant qu’elle avait été infidèle, pour lui donner « une petite punition ».

Mais pas cette fois-là, en 2012. Lorsqu’il l’a confrontée, elle semblait terrorisée. « Elle a démontré beaucoup de regrets et elle pleurait », dit-il.

En contre-interrogatoire mercredi, Ahmad Nehme souligne avoir eu l’impression que sa femme agissait « comme une ado », et non pas comme « la mère de deux enfants ».

« Vous l’infantilisez? », a rétorqué le procureur aux poursuites criminelles et pénales Éric Côté. « Non », a répondu l’accusé.

Il explique ne pas l’avoir quittée à ce moment, « par amour pour sa famille ». Le procureur suggère plutôt qu’il est resté parce que son épouse ne l’a pas trompé.

« La famille est restée unie grâce à moi »

Catherine De Boucherville a longtemps travaillé dans le magasin de son mari, mais elle ne touchait pas de salaire directement. C’était lui qui tenait les cordons de la bourse.

Ahmad Nehme relate que sa femme n’avait pas de cellulaire en 2006, puisqu’elle ne lui en avait jamais demandé. « Toute chose qu’elle veut acheter, je lui donne de l’argent, dit-il. Elle avait accès à ma poche. »

« La famille est restée unie grâce à moi », affirme Ahmad Nehme, en faisant référence à ses deux enfants. Peu avant de tuer la victime, il dit avoir accepté de se séparer, même si cela le déchirait. « Personne n’aime briser sa famille », laisse-t-il tomber.

Me Côté lui suggère que ce n’est pas la séparation qui aurait mis fin à la famille, mais plutôt « la mort de Mme de Boucherville ». M. Nehme finit par répondre qu’il ne comprend pas ce que le procureur veut dire.

Pendant deux jours, Ahmad Nehme a témoigné devant les douze jurés d’un ton monotone, marmonnant à l’occasion.

Des menaces, mais pas de plainte

La veille du meurtre en 2012, Ahmad Nehme aurait reçu des menaces de la part d’un autre commerçant, qui aurait été selon lui l’amant de sa femme.

Il aurait rapporté l’incident à la police pour que « ça soit dans un dossier s’il [lui arrivait] quelque chose ». Ayant peur de l’homme, Ahmad Nehme n’aurait toutefois jamais porté plainte contre lui, même une fois emprisonné.

Le procureur laisse entendre que l’accusé n’a pas parlé de ces menaces aux enquêteurs après son arrestation pour le meurtre de sa femme. Il ne leur aurait pas non plus mentionné que Catherine De Boucherville l’avait aussi menacé et trompé. « Vous n’aviez aucune preuve tangible de son infidélité », affirme Me Côté.

L’accusé insiste pour dire qu’il était sous le choc lors de son arrestation.

Des messages incohérents

Un ancien employé de l’accusé, Alex Gejakushyan, se souvient qu’Ahmad Nehme pouvait parfois lever le ton à l’endroit de la victime si elle ne travaillait pas assez vite, « comme un patron qui veut se faire comprendre. » Mais il ne l’a jamais senti agressif.

La veille de la mort de Catherine De Boucherville, l’employé a échangé de nombreux messages textes avec son patron et la victime, à qui il réclamait son chèque de paye. Ahmad Nehme lui aurait répondu d’attendre que la police le contacte. Le témoin ne comprenait pas ce à quoi il faisait allusion. Mme De Boucherville lui aurait écrit que son mari était « troublé » et qu’il « [perdait] l’esprit ».

Selon M. Gejakushyan, Ahmad Nehme était « très stressé » en raison de l’ouverture prochaine d’un nouveau magasin.

Expertise psychiatrique à venir

Plus tôt dans le procès, la fille d’Ahmad Nehme a témoigné que son père avait fait vivre « l’enfer sur terre » à la famille, en étant manipulateur et agressif. Elle a raconté que sa mère était totalement sous son emprise et qu’il avait menacé de la tuer.

Un psychiatre doit témoigner pour appuyer la défense de non-responsabilité criminelle. Les avocats d’Ahmad Nehme, Giuseppe Battista et Robert Israël, soutiennent que leur client ne pouvait pas faire la différence entre le bien et mal lorsqu’il a poignardé à mort Catherine de Boucherville, pendant que ses deux adolescents étaient dans l’appartement.

Le procès se poursuit jeudi.

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