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Procès de Jacques Corriveau : les délibérations à partir de jeudi

Après six semaines de procès, Jacques Corriveau connaîtra bientôt le sort que lui réserve le jury. Il aura passé des jours assis en salle d'audience à griffonner des notes dans un calepin, à soupirer devant les affirmations de la Couronne et à ressasser des souvenirs vieux de plus de 20 ans.

Un texte de Geneviève Garon

L'ancien organisateur du Parti libéral du Canada aura gardé le silence jusqu'au bout, laissant le soin à son avocat de tenter de convaincre les jurés d'avoir un doute raisonnable sur sa culpabilité.

Oui, Jacques Corriveau était un bon ami de l'ancien premier ministre Jean Chrétien. Certes, « il a eu du flair » en choisissant son camp dans les années 1980.

Mais jamais il ne s'est servi de sa position privilégiée au sein du Parti libéral du Canada pour influencer l'octroi des commandites. C'est la position de l'avocat de la défense qui a livré sa plaidoirie finale, mardi.

Et la réponse est évidente, selon l'avocat : non.

Contrairement à ce que la poursuite martelait lundi, M. Corriveau ne se vantait pas de ses liens d'amitié avec l'ancien premier ministre Chrétien. Me Soulière a cité plusieurs témoins, dont l'ancienne secrétaire de Jacques Corriveau, Lise Migneault, qui ont déclaré qu'il « ne discutait pas de ses contacts ».

« Tout le monde avait accès »

Me Soulière plaide devant le jury que les voies du PLC étaient loin d'être impénétrables.

L'ancien directeur général de l'aile québécoise du parti, Benoît Corbeil, recevait régulièrement des appels de plusieurs directeurs d'agence de publicité. C'est ce que son adjointe Nathalie Côté a raconté à la cour.

Pour la défense, c'est une preuve que « tout le monde avait accès [à M. Corbeil]. Le parti pouvait interférer dans le processus des commandites ». Selon la défense, de hauts dirigeants du parti ont pu tirer des ficelles. Mais M. Corriveau, lui, ne l'a pas fait, dit son avocat.

Crédibilité des témoins

Lors de son témoignage, Luc Lemay, anciennement à la tête du groupe Polygone, a déclaré : « N'eût été Jacques Corriveau, je n'aurais jamais eu de commandites. » Une phrase lourde de sous-entendus, que la Couronne n'a pas manqué de rappeler dans sa plaidoirie, lundi.

La défense a tenté de miner la crédibilité de ce témoin clé en évoquant son passage devant la commission Gomery, chargée de faire la lumière sur le scandale des commandites.

Dans les dernières semaines, Luc Lemay a affirmé que l'accusé avait parlé quatre fois à Jean Pelletier, l'ancien directeur de cabinet de Jean Chrétien, pour lui permettre d'obtenir des commandites. Or, en 2005, il avait passé cette information sous silence, devant le juge John Gomery, a-t-on rappelé.

Des millions en pots-de-vin?

La Couronne affirme qu'il a obtenu 6,5 millions de dollars grâce à un système de fausses factures, en échange de l'obtention de généreux contrats de commandites pour le groupe Polygone-Expour et l'entreprise Groupaction Marketing, entre 1997 et 2003.

Dans son rapport final, le juge Gomery avait décrit Jacques Corriveau comme étant « l'acteur principal d'un dispositif bien huilé de pots-de-vin qui lui a permis de s'enrichir personnellement et de donner de l'argent et des avantages au PLC ».

Il est accusé de trafic d'influence, de fabrication de faux documents et de recyclage des produits de la criminalité.

Un procès éprouvant pour l'accusé

Le processus judiciaire est difficile pour l'octogénaire, selon son avocat.

Effectivement, de longues journées attendent M. Corriveau, puisque le jury doit délibérer à partir de jeudi, après avoir reçu les directives du juge Jean-François Buffoni.

Les jurés doivent se pencher sur une preuve très volumineuse, qualifiée même d'« encyclopédique » : plus de 50 000 pages de documentation.

Les quatre femmes et les huit hommes seront isolés jusqu'à ce qu'ils s'entendent à l'unanimité sur un verdict.

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