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Procès pour terrorisme : Ismaël Habib aurait menacé de tuer une femme qu'il fréquentait

Le procès d'Ismaël Habib s'est ouvert lundi, au palais de justice de Montréal, avec le témoignage d'une femme qui l'a fréquenté.

L'homme avait une épouse et des enfants en Syrie et il prévoyait d'aller les rejoindre et de combattre aux côtés du groupe armé État islamique (EI). Tel était son devoir de musulman, à son avis. C'est ce qu'une femme qu'il a fréquentée a raconté à la barre des témoins au premier jour de son procès.

L'épouse d’Ismaël Habib insistait beaucoup pour qu'il vienne la rejoindre en Syrie, affirme la témoin. Et s'il ne le faisait pas, elle l'encourageait à prendre les armes au Canada et à commettre un acte terroriste ici.

« Fais ton djihad si tu ne viens pas », aurait dit la femme, selon la témoin. L'accusé aurait toujours été réfractaire à parler de ces sujets au téléphone puisqu'il se savait faire l'objet d'une enquête, rapporte la témoin. « Arrête de parler de ça, c'est une alarme de feu pour la GRC, je suis écouté », aurait-il répondu.

Ismaël Habib est incarcéré depuis le mois de février. Ses cheveux ont allongé jusqu'à ses épaules, il porte un pantalon beige très pâle, un chandail blanc, une chemise grise et des espadrilles. Il est assis dans le box des accusés, menotté, avec un calepin. Mais il prend peu de notes. Il observe plutôt les témoins.

Il est accusé d'avoir tenté de quitter le Canada pour rejoindre un groupe terroriste et d'avoir fait une fausse déclaration dans le but d'obtenir un passeport.

La témoin soutient qu’Ismaël Habib regardait des vidéos d'exécution de l'EI sur Internet dans les mois avant son arrestation en février 2015. Ils se disputaient souvent puisqu'elle refusait de porter le voile et qu’elle côtoyait des hommes au travail.

Lorsqu'elle a voulu aller le dénoncer, il aurait menacé de la tuer en faisant exploser sa voiture.

J'avais peur, je ne savais pas comment le laisser sans avoir des ennuis.

Une témoin au procès d'Ismaël Habib

Cette témoin-clé de la Couronne ne peut être identifiée puisqu'elle a fait l'objet de menaces. Depuis qu'elle a collaboré avec les policiers, elle affirme s'être fait menacer de mort au téléphone et avoir reçu la photo d'une femme voilée tenant une kalachnikov.

En contre-interrogatoire, l'avocat d’Ismaël Habib, Me Charles Montpetit, a évoqué l'idée que son client voulait se rendre en Syrie pour venir en aide à sa femme qui était retenue contre son gré, avec leurs enfants.

Il a également questionné la témoin sur les sentiments qu’elle avait éprouvés en apprenant que M. Habib était marié. Selon l’avocat, elle ne l'avait pas quitté en espérant qu'il reste avec elle.

Passeport retiré en 2013

Une enquêteuse de la direction des passeports de Citoyenneté et Immigration Canada a raconté que le 5 mars 2013, elle a reçu l'information selon laquelle Ismaël Habib pouvait être mêlé à des activités terroristes. Naomie Bureau l'a aussitôt ajouté à la liste des « signalements » pour qu'il ne puisse pas obtenir un nouveau passeport.

En juin, une lettre a été envoyée à M. Habib pour lui demander de rendre le passeport qu'il avait déjà en sa possession, ce qu'il n'a pas fait. En octobre, son passeport a donc été annulé. Un mois plus tard, il était arrêté en Turquie, son passeport était saisi et il était renvoyé au Canada.

Une demande de passeport sous une fausse identité

L'agente de Passeports Canada Mélissa Ohnona a raconté que le 9 juin 2014, un homme qui s'est présenté comme étant Samy Mohamed Habib lui a fait une demande pour un passeport urgent.

Elle affirme avoir tout de suite remarqué que quelque chose clochait dans son visage... Elle avait l'impression que l'homme s'était mis de l'autobronzant.

L'agente a constaté qu'il ne correspondait pas à la photo de la carte d'assurance maladie qu'il lui avait présentée. Après vérification, elle a su que les identités de Samy Mohamed Habib et d'Ismaël Habib figuraient toutes les deux dans la liste des signalements. Le dossier a donc été transmis à la sécurité et la demande de passeport a été refusée.

En cour lundi, Mme Onhona a identifié l'accusé comme étant le client qu'elle a servi.

Une première au pays

C'est la première fois qu'un adulte subit un procès en lien avec l'article 83.181 du Code criminel, soit d'avoir voulu quitter le Canada en vue de rejoindre un groupe terroriste. Cet article a été ajouté en 2013.

Ce procès sera suivi de près puisqu'il jettera des bases importantes en vue des prochains procès pour des accusations similaires.

Ce n'est pas tout de prouver qu’Ismaël Habib voulait se rendre en Syrie. La procureure de la Couronne fédérale, Lyne Décarie, doit démontrer hors de tout doute raisonnable qu'il souhaitait grossir les rangs d'un groupe terroriste.

C'est un défi important, selon l'avocat-criminaliste Walid Hijazi.

Il n'est pas nécessaire de prouver qu'à telle date on allait commettre un attentat à la bombe dans tel lieu, mais il faut prouver qu'il y a un lien entre l'individu et le groupe, et que l'individu cherchait à accroître les capacités de ce groupe.

Walid Hijazi, avocat-criminaliste

S'il est reconnu coupable, Ismaël Habib risque un maximum de 10 ans d'emprisonnement.

Mardi, des agents d'infiltration de la police seront appelés à la barre des témoins.

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