Ali Pahrani rafistole des tourne-disques depuis l'adolescence. De sa première réparation à aujourd'hui, il a traversé toutes les époques : celles des cassettes et des disques compacts, puis le triomphe du numérique. Ce passionné de musique se réjouit aujourd'hui du retour en force des platines, qu'il n'a lui-même jamais quittées.

Un texte de Jérôme Labbé

« Le vinyle offre une haute qualité qui est incomparable », affirme d'entrée de jeu le technicien, dont l'atelier se trouve dans le même local que La Fin du vinyle, un magasin de disques usagés situé boulevard Saint-Laurent, entre les rues de Bellechasse et Beaubien, à Montréal. « Ça reste le format idéal », insiste-t-il. « Les signaux sont incroyablement bons. »

Puis, il démonte un premier préjugé : contrairement à ce que pourrait laisser croire la recrudescence des ventes de tourne-disques, « le vinyle n'est jamais parti ». « Il a toujours tenu bon. Mon volume de travail n'a jamais changé. »

Pourtant, ils ne sont plus que « deux ou trois » à pratiquer ce métier à temps plein à Montréal. Ses compétiteurs se sont envolés au fil du temps, victimes de ce qu'Ali considère comme « un problème d'adaptation ».

« Ceux qui sont restés dans le domaine de la réparation de tourne-disques ont gagné, parce qu'entre-temps, la technologie a continué à évoluer », souligne-t-il. « Quand il était temps de servir les audiophiles, les autres réparateurs n'étaient nulle part, tandis que nous, on était là, comme des vieux dinosaures. Et on s'en est sortis. »

Le retour de l'analogique

Dans l'arrière-boutique de son atelier, des amoncellements d'appareils datant du 20e siècle, dont plusieurs tourne-disques, témoignent d'un intérêt renouvelé pour la musique « prénumérique ». Mais, contrairement à ce qu'on pourrait croire, la plupart des clients d'Ali sont à mille lieues de correspondre au cliché du baby-boomer nostalgique. « Je vois énormément de jeunes ici », assure-t-il.

Selon lui, les amateurs de musique sont nombreux à vouloir se détourner du numérique. « Il y a quelque part une recherche de quelque chose d'un peu plus sobre, d'un peu plus simple. [...] Les gens se disent : "On a besoin de retourner vers quelque chose de plus vrai." »

Pour Ali, cette recherche passe forcément par l'analogique, « une onde pure, naturelle, qui est le résultat d'une vibration ». « Quand elle est reproduite, explique-t-il, elle est reproduite avec des appareillages analogiques, qui vont essayer d'épouser cette forme aussi naturellement que possible. Le digital, lui, va faire une pauvre imitation du signal, [sans] atteindre la fidélité de reproduction du vinyle. »

« Je vois des jeunes de 18 ou 19 ans qui viennent ici et qui me disent : "Je ne connais absolument rien aux tables tournantes, mais je veux apprendre." Et à La Fin du vinyle, on éduque. On adore faire ça, et apparemment, ça marche », se réjouit-il.

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Privilégier les vieux tourne-disques

À ces jeunes qui viennent le voir, Ali suggère d'opter pour des tourne-disques des années 70 et 80, comme ceux fabriqués par les compagnies Technics, Toshiba et Pioneer.

« Il y a eu quelques compagnies au Japon et aux États-Unis qui fabriquaient des bras de tourne-disques de haute qualité faits avec des matériaux de qualité, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Voilà pourquoi les gens se tournent vers le vintage et le classique. »

Ali considère que « ce qui qualifie une très très bonne table, c'est sa pointe de lecture, c'est-à-dire le pickup, la partie de capture du son. Ensuite, le pivot, c'est-à-dire l'axe sur lequel le bras va pivoter - il doit être très très précis, permettant à l'aiguille de bien se promener à l'intérieur d'un sillon [...]. Ensuite, la sortie dépendra aussi de ce qui va être connecté, c'est-à-dire un amplificateur de qualité [...] avec des niveaux de distorsion assez bas, de manière à reproduire aussi fidèlement le son que possible. Et ensuite, une paire de haut-parleurs décente, capable de reproduire ces fréquences ».

« Il y a beaucoup de gens qui ont envie de revenir au vinyle, mais qui ne savent pas trop comment faire ça », constate-t-il. « Je les invite à aller dans une boutique, parler à un technicien, demander, selon leur budget de 400 $ ou 500 $ : "Que me suggérez-vous?" Et je pense qu'un technicien honnête leur dira de se retourner vers les appareillages des années 70 et 80. »

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