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Qu'a fait Max Pacioretty, au juste, pour mériter un tel traitement?

BILLET – Les partisans du Canadien connaissent-ils autant le hockey qu'ils veulent bien le croire?

Prenons deux minutes et imaginons le scénario suivant. Marc Bergevin convoque une conférence de presse au complexe d’entraînement de Brossard pour annoncer une transaction.

Le DG du CH prend le micro et révèle qu’il vient de mettre la main sur un attaquant ayant inscrit le huitième plus haut total de buts dans la LNH depuis la saison 2013-2014. La nouvelle acquisition de l’équipe n’a inscrit que deux buts de moins que Steven Stamkos, mais il en a marqué plus que Patrick Kane, John Tavares et Brad Marchand.

Qui plus est, la nouvelle acquisition du CH a marqué 30 buts gagnants au cours de cette période. C’est le deuxième plus haut total dans toute la ligue! Seul Alex Ovechkin (avec 33) le devance dans la colonne des buts décisifs. Joueur des grandes occasions, le nouveau porte-couleurs du Tricolore compte huit buts gagnants de plus que Jonathan Toews (que les fans des Blackhawks surnomment affectueusement respectueusement Captain Clutch), et 11 buts gagnants de plus que Sidney Crosby.

Des trémolos dans la voix, Bergevin ajoute que son nouveau joueur est en pleine apogée. Il n’est âgé que de 27 ans. Et la cerise sur le sundae, c’est qu’il ne touche que 4,5 millions par saison, soit la moitié ou moins de la moitié que les joueurs qui produisent au même rythme que lui. En plus, son contrat est encore valide jusqu’à la fin de la saison 2018-2019.

Le CH vient de mettre la main sur une superstar! Montréal est en liesse. Les joueurs capables de marquer des buts constituent, et de très loin, la denrée la plus rare et la plus chère dans l’industrie du hockey.

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Revenons maintenant à la réalité.

Ce joueur endosse déjà le chandail du Canadien. Il s’appelle Max Pacioretty. Sauf qu’à Montréal – Only in Montreal, comme disent les observateurs anglophones – lancer des roches à Max Pacioretty est en train de devenir un sport à la mode.

Allez savoir pourquoi.

Jeudi soir au Centre Bell, le capitaine du Canadien a inscrit son cinquième but de la campagne. Son début de saison est un peu plus lent qu’à l’habitude. Il a complété le premier quart du calendrier au rythme d’une saison de 20 buts alors qu’il porte l’étiquette d’un marqueur de 30 ou 35 filets.

Mais quand même. Le but inscrit jeudi par Pacioretty était son troisième filet gagnant de la saison. Et comme il est le joueur du CH ayant obtenu le plus grand nombre de chances de marquer depuis le début de la campagne, il est écrit dans le ciel que les choses finiront par se replacer.

De telles périodes creuses surviennent à tout moment, et pour tout le monde. À pareille date l’an dernier, Sidney Crosby comptait seulement trois buts à sa fiche en 20 matchs, et son bilan défensif s’élevait à « moins 9 ». Des observateurs le disaient fini. Or, six mois plus tard, Sid the Kid soulevait la Coupe Stanley. Cette année? Crosby revendique 14 buts en 14 matchs et connaît son meilleur départ à vie. Que fera-t-il au cours des deux prochains mois? Personne ne le sait. Crosby pourrait fort bien être limité à trois ou quatre buts.

Mais revenons à Pacioretty. Après le match, les partisans n’en avaient rien à cirer de son but gagnant. Sur les réseaux sociaux, on le pendait haut et court parce qu’il ne s’était pas avancé sur la patinoire pour saluer la foule lorsqu’on a annoncé sa troisième étoile.

Sérieusement?

Un lecteur a même perdu 15 minutes de sa vie pour m’écrire un long et virulent courriel dénonçant le manque de classe de Pacioretty, et réclamant qu’il soit échangé sur-le-champ.

On croit rêver.

Pacioretty s’est contenté de saluer la foule près de la bande parce qu’il y a eu un moment de confusion lorsqu’un employé de l’organisation lui a annoncé qu’on venait de lui décerner une étoile. Il n’avait pas saisi s’il s’agissait de la deuxième ou de la troisième étoile. Puis quand la foule s’est mise à l’applaudir, il n’était pas certain d’avoir entendu son nom. Craignant d’avoir l’air ridicule et de s’avancer sur la patinoire au mauvais moment, il a préféré saluer la foule de la main avant de retraiter au vestiaire.

Toute une controverse!

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En plus d'exceller dans l'art de marquer des buts, Max Pacioretty est un athlète poli et respectueux. En revanche, il n'aime pas vraiment attirer les réflecteurs et ressortir du lot. En ce sens, il ressemble à Carey Price et Shea Weber.

Pacioretty a étudié dans un prestigieux prep school catholique du Minnesota où, dans la plus pure tradition de ces grandes écoles privées, on lui a enseigné à quel point il est important de respecter l’autorité et ses coéquipiers. On lui a aussi enseigné l’importance de l’implication communautaire.

Dans le vestiaire, ses coéquipiers reconnaissent et apprécient ces qualités. C'est d'ailleurs pourquoi, le printemps passé, ils l'ont désigné comme le joueur du CH s'étant le plus distingué par son implication dans la communauté. Devant vous savez qui.

Et son leadership?

Il y a quelques années, alors que l’entraîneur varlopait de façon virulente un coéquipier devant tout le monde, Pacioretty n’a pu s’empêcher de se lever pour prendre sa défense. Par la suite, quand l’entraîneur a quitté la pièce, tous ses coéquipiers l’ont chaleureusement applaudi.

Il n’y avait pas encore de lettre sur son chandail à cette époque. Mais dans l’esprit de ses coéquipiers, Pacioretty est devenu le futur capitaine du Canadien cette journée-là.

Ils ont confirmé son statut de leader bien longtemps après, dès qu'on leur a donné l’occasion de voter sur cette question.

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Nous voilà donc en présence d’un marqueur d’élite, d’un gentleman et d’un excellent coéquipier qui serait accueilli à bras ouverts dans toutes les villes et dans tous les vestiaires de la LNH.

Mais pour une certaine frange de partisans du CH, qui n’ont aucune idée de ce qui se passe dans le vestiaire et qui ne s’intéressent visiblement pas aux faits, Max Pacioretty n’est ni un capitaine acceptable, ni un élément positif dans l’alignement du Canadien.

Tous les prétextes sont bons pour le descendre en flammes. Les courriels que l’on reçoit et les gazouillis qui circulent sont hallucinants. « Il n’est pas assez flamboyant. » « Il n’a pas beaucoup souri quand tel coéquipier a marqué un but. » « Il ne se bat pas pour défendre ses coéquipiers. » « Il marque ses buts dans des filets déserts. » « Il ne va pas dans les coins. » « Il ne travaille pas assez fort. »

Et depuis jeudi nous avons le désormais célèbre : « échangez-le parce qu’il n’est pas allé sur la patinoire quand on a annoncé sa troisième étoile ».

Il y a de ces phénomènes qu'on ne voit qu'à Montréal et qui défient l'imagination.

Chose certaine, Pacioretty doit être vachement talentueux pour avoir marqué tous ces buts sans travailler. Parce que Stamkos, Kane, Crosby et Ovechkin, même s’ils sont nettement mieux entourés que le capitaine du CH, donnent l’impression de déployer pas mal d’énergie pour y parvenir.

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