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Quand ça comptait le plus, Julien a tourné le dos à Pacioretty et à Radulov

BILLET – Dans son autobiographie, qui s'intitule tout simplement Pedro, l'ancien lanceur Pedro Martinez raconte qu'il avait une façon bien particulière d'aborder les situations de pression extrême qui survenaient dans les moments cruciaux d'un match.

« Je m’imaginais que des ravisseurs détenaient ma mère en République dominicaine et qu’elle allait être exécutée si je permettais à l’autre équipe de marquer un point », dit celui qui a remporté trois trophées Cy-Young.

C’est un brin extrême comme source de motivation, mais cette confidence de l’ex-lanceur des Expos en dit tout de même long sur la pression que s’imposent elles-mêmes les supervedettes du monde du sport. Très souvent, leurs exigences et leurs attentes sont souvent nettement supérieures à celles des partisans et des représentants des médias.

À la lecture de Pedro, ce modus operandi de Martinez avait particulièrement attiré mon attention parce que j’ai très souvent recours à un scénario semblable pour analyser le travail et les décisions d’un entraîneur.

L’un des critères d’analyse que j’utilise fréquemment repose sur la question suivante : si votre vie dépendait du résultat d’un seul match, quels joueurs utiliseriez-vous dans les situations les plus susceptibles d’influencer le pointage final?

Or, quand on applique ce raisonnement au cinquième (et crucial) match de la série Canadien-Rangers, les faits en disent très long sur l’évaluation que Claude Julien fait de son équipe.

***

Si votre vie avait été en jeu mercredi soir, qui auriez-vous utilisé en première vague lors des deux derniers avantages numériques dont le CH a bénéficié face aux Rangers?

Auriez-vous confié votre destin à Max Pacioretty, Alex Galchenyuk et Alex Radulov, qui ont inscrit 70 buts cette saison, dont 20 en supériorité numérique? Ou auriez-vous misé sur Artturi Lehkonen, Tomas Plekanec et Brendan Gallagher, qui ont marqué 38 buts durant le calendrier, dont un total de 6 en situation d’avantage numérique?

Pensez-y deux secondes.

D’un côté, vous avez un marqueur de 35 buts qui se trouve à être votre capitaine et qui a aussi été l’un des six meilleurs buteurs de la LNH au cours des quatre dernières années (Pacioretty). Vous avez votre meilleur fabricant de jeux et troisième marqueur de la LNH au cours des présentes séries (Radulov). Et vous avez Alex Galchenyuk, qui n’a obtenu qu’une seule chance de marquer de qualité depuis le début du tournoi printanier, et qui a bousillé votre première situation d’avantage numérique de la rencontre (un revirement qui a directement mené au but de Jesper Fast).

De l’autre, vous avez une recrue (Lehkonen), un vétéran en fin de carrière ayant perdu sa touche offensive depuis un an et demi (Plekanec) et le teigneux Brendan Gallagher, à qui on ne peut rien reprocher, mais qui revient quand même d’une saison de seulement 10 filets.

Quand les Rangers ont écopé une deuxième pénalité en l’espace de quelques minutes au début du second engagement, Claude Julien a décidé de miser sur Lehkonen, Plekanec et Gallagher.

Puis, avec cinq minutes à faire en troisième, J.T. Miller a été puni pour avoir asséné un violent coup de bâton sur une main de Gallagher. Le pointage était alors 2-2 et le Tricolore était complètement dépassé par les événements. Les hommes de Julien ne parvenaient même plus à s’approcher du filet d’Henrik Lundqvist. Cette pénalité était une occasion en or de filer avec la victoire et de placer les Rangers au pied du mur.

Mais incroyablement, Julien a choisi de confier la survie de son équipe à Galchenyuk, Plekanec et Gallagher.

Dans ces deux avantages numériques cruciaux, l’entraîneur du Canadien a donc écarté de l’équation ses deux meilleurs joueurs offensifs : Pacioretty et Radulov.

Pacioretty n’a pas encore touché la cible depuis le début des séries, mais il est l’attaquant du CH qui a obtenu le plus grand nombre de chances de marquer face aux Rangers. Quant à Radulov, il avait quand même préparé ou marqué 75 % des buts de l’équipe avant le match de mercredi. Ce n’est pas rien.

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Un entraîneur a beau se montrer élogieux et témoigner toute la confiance du monde envers ses meneurs lorsqu’il se présente devant les journalistes. La vérité se trouve toutefois dans les décisions qu’il prend dans le feu de l’action, et particulièrement dans les moments cruciaux.

Claude Julien est un entraîneur extrêmement compétent et il a toutes les informations pertinentes en mains. N’empêche. Avant la série, si quelqu’un avait prédit que Pacioretty et Radulov allaient être assis sur le banc pour regarder jouer Tomas Plekanec dans des situations aussi importantes, très peu de gens l’auraient cru.

Quelle étrange série. Et quelle étrange équipe.

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