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Quand l’immobilier montréalais s’adapte à une clientèle étrangère

CHRONIQUE - L'intérêt des étrangers envers Montréal ne cesse visiblement de croître. Des entreprises du monde entier ont investi une somme record de 1,35 milliard de dollars dans la métropole l'an dernier, selon l'organisation Montréal International.

Un texte de Marc-André Carignan, chroniqueur à l'émission Le 15-18 et à ICI Grand Montréal

Les étudiants internationaux sont de plus en plus nombreux à cogner aux portes de nos universités. Le nombre d'investisseurs immobiliers provenant de l’extérieur de nos frontières a bondi de 62 % en 2016, sur l’île, selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), notamment depuis l’instauration d'une taxe spéciale de 15 % à Vancouver pour les étrangers.

Cette tendance a-t-elle un impact sur notre marché immobilier, voire sur l’architecture montréalaise?

Tout porte à croire que oui. Du moins, une sensibilité à une clientèle étrangère, voire à d’autres cultures et croyances, commence à influencer des promoteurs et architectes qui œuvrent dans la métropole.

Sans dire que des transformations majeures s’opèrent dans l’architecture de nouvelles constructions, la conception de certaines tours d’habitation engendre des réflexions supplémentaires en matière de design et de matérialité.

Le sujet reste cependant tabou pour plusieurs. Peu de promoteurs ou architectes osent en parler ouvertement – et même de discuter de projets en particulier – de peur de s’aliéner une clientèle locale ou d’ébruiter des stratégies marketing auprès de concurrents.

« Il y a effectivement de nouvelles demandes qui émergent dans le marché, notamment pour s’adapter à une clientèle asiatique », me confie un architecte bien impliqué dans divers développements immobiliers du centre-ville, qui désire conserver l’anonymat.

Principes feng shui

Plus concrètement, des promoteurs demandent, par exemple, que le design de certains logements flirte avec des principes feng shui. « Un logement qui a une porte d’entrée qui pointe directement vers une porte-patio n’est pas idéal, selon les croyances de certaines personnes, explique-t-il. Les "bonnes énergies" pourraient sortir trop facilement de la maison. »

Autre exemple : la tête de lit doit pouvoir s’orienter vers le nord afin que le corps des occupants, une fois ceux-ci allongés, regarde vers le sud, les « bonnes énergies provenant du sud avec le soleil ». Il faut donc éviter que des portes ou des plinthes électriques nuisent à cette configuration.

Un autre architecte, Michel Lauzon, associé principal de la firme Lemay, confirme également que l’arrivée de plus en plus d’étrangers à Montréal invite certains de ses clients - impossible de savoir lesquels - à repenser l’architecture de leurs tours résidentielles.

« On voit une clientèle de l’international qui, de plus en plus, recherche de petits logements, indique-t-il. Des gens qui ne sont pas nécessairement toujours à Montréal, qui y transitent pour le travail ou autres. […] Il y a donc beaucoup de rotation dans ces logements et certains vont les mettre sur Airbnb, ce qui peut être un inconvénient pour le voisinage. […] On se questionne donc à savoir si tout le monde doit avoir les mêmes accès partout, les mêmes portes d’entrée ou les mêmes espaces communs. Ce sont des idées qui se discutent actuellement. »

Résidence temporaire

Son de cloche similaire de la part de la présidente d’Humà Design + Architecture, Stéphanie Cardinal, qui planche actuellement sur des projets au centre-ville et dans Griffintown.

« Pour des travailleurs de l’extérieur, qui sont de passage pour un contrat d’un an dans une entreprise, par exemple, le sentiment d’appartenance à l’unité sera moins grand qu’un Montréalais qui achète son logement pour y grandir pendant quelques années et qui y sera très attaché, explique-t-elle. La façon d’habiter et de maintenir les lieux n’est pas la même. On doit le considérer de plus en plus [en tant que concepteur] dans le choix des matériaux et dans [le développement] des espaces communs. »

La matérialité et son degré de durabilité sont ainsi revus à la hausse, en s’inspirant notamment de la réalité hôtelière, où le client peut avoir un attachement plus limité envers son environnement immédiat.

La taille du marché

Cela dit, tous les intervenants questionnés à ce sujet affirment que la spécialisation de l’offre ne peut être trop ciblée envers des clientèles précises, le marché montréalais étant trop petit. Les changements apportés, tels que l’adaptation à certains principes feng shui, restent imperceptibles aux yeux de plusieurs, ce qui évite de restreindre le marché potentiel d’un promoteur.

Ces tendances s’accentueront-elles ces prochaines années? Chose certaine, le contexte international, de l’instabilité provoquée par Donald Trump aux États-Unis jusqu’au Brexit, en Europe, avantage Montréal sur plusieurs fronts. Avec son coût de la vie relativement bas, son réseau universitaire de qualité, son caractère festif et sa stabilité sur le plan politique, tout porte à croire que la métropole sera invitée à ouvrir ses portes encore plus grandes.

« Il faut voir ça très positivement, m’indique un autre concepteur montréalais, également témoin de ces changements dans le marché immobilier. […] On parle beaucoup d’Expo 67 ces jours-ci, de l’ouverture du Québec sur le monde. On est dans cette continuité et c’est une richesse pour Montréal, ce côté cosmopolite. Comme architecte, on ne peut pas être insensible à ça. »

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