Retour

Quand les commotions cérébrales tuent le rêve

À 14 ans, Majorie Marineau avait besoin qu'on l'aide à s'habiller, à se laver les cheveux et parfois même à marcher. Elle a dû abandonner son programme d'études et le hockey, qu'elle adorait. La raison : deux commotions cérébrales subies au jeu. Selon un chercheur de l'Université de Montréal, trop de jeunes vivent de telles situations.

Le 15 décembre 2013, lors d'un match de tournoi de hockey à Laval, un joueur adverse plaque illégalement, par derrière, celle qui avait alors 13 ans, à environ un mètre de la bande.

Elle se relève et termine son match, mais non sans mal. À la fin de la partie, elle est prise de convulsions. « Mes jambes ont lâché », raconte-t-elle. « On a fait venir l'ambulance. »

Elle doit interrompre sa saison pendant quelques semaines.

À son retour, un coup de bâton accidentel l'oblige à quitter la patinoire pour le reste de la saison. L'année suivante, elle reprend ses activités sportives, jusqu'au 3 novembre 2014, jour où un joueur bantam B de Saint-Jérôme lui assène un coup de coude après un arrêt de jeu.

« Elle a encore été envoyée à l'hôpital en ambulance », raconte Mélanie Marineau, la mère de Majorie.

Cette fois, le médecin lui a dit carrément que le hockey, pour elle, c'était fini pour la vie. Elle était anéantie, détruite.

Mélanie Marineau, la mère de Majorie

Un rêve détruit et une vie bouleversée

Elle a dû abandonner son programme d'études en concentration hockey à Sainte-Thérèse. Elle a dû mettre un terme définitivement à la pratique du hockey et elle a accumulé du retard dans son cheminement scolaire.

Elle a aussi dû abandonner l'idée de mener une vie normale : elle a du mal à se concentrer depuis, elle vit avec des douleurs récurrentes à la tête et se fatigue beaucoup plus rapidement.

J'étais une fille vraiment sportive, je m'entraînais 16 heures par semaine. Maintenant je ne fais même plus mes cours d'éducation physique.

Majorie Marineau, 16 ans

« Je suis toujours stressée, je me prive de faire des choses de peur de me recogner la tête. Ma mémoire a vraiment été affectée, déplore-t-elle. J'ai du mal à me rappeler de petits détails, comme des adresses, par exemple. Je ne retiens pas toute l'information. À l'école, j'ai dû mal en sciences et en histoire. »

« J'ai perdu mes amis de hockey, j'ai dû changer d'école. J'ai tout perdu lors de ma première commotion. Ma vie était réduite à regarder la télévision, me reposer et dormir. Avant, je faisais beaucoup de sport. Avant, je savais que je pouvais obtenir des 100 % à l'école. Ma vie a changé complètement », poursuit la jeune fille, qui vit à Oka.

Tout a éclaté. Sa vie sociale, sa vie d'école, sa vie de hockey. Aujourd'hui, elle est plus irritable, moins tolérante au bruit. La vie familiale a changé.

Mélanie Marineau, mère de Majorie

Trop peu et souvent trop tard

Pour le professeur et chercheur Dave Ellemberg, du Département de kinésiologie de l'Université de Montréal, ce genre de situation est fréquent. « À l'Institut des commotions cérébrales, nous recevons souvent des élèves du secondaire qui viennent nous voir un peu trop tard », déplore-t-il.

« Ils ont subi une ou plusieurs commotions cérébrales et n'ont pas mis en place les procédures pour bien récupérer, explique-t-il. Ils ont poursuivi leurs activités scolaires et sportives, de sorte que le cerveau n'a pas eu le repos dont il aurait eu besoin. »

À chaque année, il y a un nombre important de jeunes que nous recevons qui doivent abandonner leurs études pendant 6 mois, un an, deux ans, parce qu'ils n'arrivent plus à fonctionner. Parfois, ils ont même du mal à suivre une simple conversation.

Dave Ellemberg, professeur et chercheur, Université de Montréal.

Manque de formation

« Les associations sportives que je rencontre, encore aujourd'hui, ne semblent pas avoir les outils nécessaires. Il nous faut avoir des directives claires pour que les intervenants sachent quoi faire sur le terrain », insiste-t-il.

« D'une part, les commotions cérébrales ne sont pas encore bien reconnues et identifiées sur le terrain. Selon certaines études américaines, dans des équipes qui sont outillées pour évaluer les risques de commotions cérébrales, on apprend qu'environ un joueur sur trois subira une commotion cérébrale lors d'une saison sportive. C'est loin des statistiques que je vois dans certaines associations sportives du Québec, qui sont souvent de 1 % ou 2 %. »

Certains parents ou jeunes sportifs, trop souvent, ne reconnaissent pas les symptômes de commotion ou choisissent de ne pas les reconnaître. Souvent, parce que c'est la passion de leur jeune, parce qu'ils sont dans un tournoi ou une finale pour une coupe importante, et que le jeune rêve d'une carrière.

Dave Ellemberg

Dave Ellemberg affirme toutefois qu'il est possible dans plusieurs cas de traiter une commotion cérébrale, même après coup. « Il n'est jamais trop tard pour pouvoir faire un retour. Nous proposons de faire un redémarrage, comme on le fait avec un ordinateur. Un repos complet, qui peut avoir des bienfaits presque aussi importants que s'il était fait au moment de l'impact. »

« Ensuite, il faut faire un retour progressif par l'exercice physique, affirme-t-il. L'exercice permet de rééquilibrer le cerveau, notamment au niveau de l'oxygène et du système nerveux. À l'Institut des commotions cérébrales, nous avons des programmes de prise en charge, destinés aux jeunes et aux adultes. »

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine