WASHINGTON - Un évènement flamboyant comme le combat de championnat mondial de Lucian Bute est une excellente occasion de se demander ce que les professionnels font pour assurer leur relève.

Un texte de Jean-François Chabot

Les promoteurs que sont GYM, Interbox et Eye of the Tiger ne perdent sûrement pas de vue que leurs principales têtes d'affiche n'en ont plus pour très longtemps.

Bute a 36 ans. Jean Pascal aussi. Et Adonis Stevenson soufflera 39 bougies sur son prochain gâteau d'anniversaire en septembre.

Outre la relève chez ceux qui font vendre les billets de la boxe au Québec, qu'en est-il de la pépinière qui doit fournir les vedettes de demain.

Clairement, la préoccupation est ailleurs. Comment expliquer sinon qu'Interbox ait clairement abandonné la fondation qu'elle avait mis sur pied il y a une dizaine d'années pour soutenir les aspirations des jeunes pugilistes, en développant les talents tout en prévenant le décrochage scolaire?

Pierre Duc, vice-président Ventes et Marketing chez Sportscene (La Cage), ne faisait pas partie de l'organisation quand le programme avait été lancé en grandes pompes lors d'une conférence de presse tenue au Casino de Montréal en présence des gros canons tels Éric Lucas, Stephan Larouche et Jean Bédard.

Depuis 10 ans, tout est demeuré à l'état de projet. Pierre Duc n'est pas en mesure de dire depuis quand personne n'a ouvert le tiroir où dorment les lettres patentes de la Fondation Interbox.

« L'énorme manne dont a bénéficié la boxe professionnelle québécoise avec tous ces champions qui lui ont fourni une visibilité à l'échelle mondiale a sans doute nui aux bonnes intentions du début. Les énergies ont été placées en haut de la pyramide et la base a été mise de côté. Ça arrive dans tous les types d'entreprises », explique celui qui a aussi œuvré au sein de la Brasserie Molson.

Duc dit qu'il compte bien dépoussiérer le dossier pour voir s'il existe une façon de donner vie aux promesses de soutien et d'encadrement faites il y a maintenant trop longtemps.

« Le modèle d'affaires de la boxe professionnelle a changé. Nous avons ici au Québec la chance d'opérer dans l'un des meilleurs marchés en Amérique du Nord. Il est important de le préserver et d'assurer la relève » a admis Duc.

Un soutien constant mais modeste

Du côté de chez GYM, Yvon Michel parle avec assurance de son implication auprès de la boxe amateur depuis plus de 30 ans.

Il siège sur le conseil d'administration de la Fondation de la boxe amateur qui vient en aide aux jeunes boxeurs d'ici par le biais de bourses visant à défrayer les coûts de leur entraînement et de leur participation à des rendez-vous importants.

Selon Michel, GYM verse dans les coffres de cette fondation des montants pouvant atteindre de 20 000 à 30 000 dollars annuellement.

Toujours selon Yvon Michel, cette fondation soutien aussi directement la Fédération québécoise de boxe olympique en défrayant la moitié du salaire annuel de son directeur technique.

Une athlète comme Ariane Fortin, qui se rendra aux Jeux olympiques de Rio en août prochain, a bénéficié de l'aide de cette même fondation.

Des plans existent aussi pour mettre sur pied de nouvelles formes de financement. Ainsi, un montant d'un dollar pourrait être versé sur chaque billet vendu lors des galas de boxe organisés par GYM. Les discussions en ce sens sont toujours en cours avec Boxe Canada.

Il reste que les dirigeants de la boxe professionnelle d'ici hésitent souvent encore à participer au développement de ceux qui pourraient bien devenir leurs têtes d'affiche de demain, comme si cette tâche ne leur revenait pas.

Le recrutement se fait maintenant sur la scène internationale en misant sur des talents déjà prouvés et formés ailleurs sans avoir à en assumer les coûts. D'où l'arrivée au Québec des Eleider Alvarez (Colombie) et Artur Beterbiev (Russie).

Reste à voir ce qu'Interbox pourra sortir de ses fonds de tiroirs et si les professionnels du noble art finiront par embrasser pleinement le rôle de locomotive qu'ils pourraient jouer auprès des pugilistes amateurs de partout au Québec.

Le modèle de l'Impact de Montréal avec son Académie et le Montréal FC qui recrute, concentre et développe les plus beaux espoirs du ballon rond est un bel exemple de succès.

L'histoire est à suivre...

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