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Québec surveillera le conseil municipal de Longueuil

Le gouvernement du Québec suivra avec attention ce qui se passe au conseil municipal de Longueuil, à la suite de critiques concernant son déroulement. Radio-Canada a appris que le ministère des Affaires municipales traite actuellement plusieurs plaintes à ce sujet et pourrait intervenir.

Un texte de Thomas Gerbet

Le plus récent conseil municipal a duré près de sept heures. Nul besoin d'être un fin observateur de la politique municipale pour constater les difficultés vécues.

« On dirait un parlement étudiant », témoigne un fonctionnaire. « C'est comme deux groupes d'enfants qui se chicanent », analyse une proche de l'équipe de la mairesse Sylvie Parent. « Ça peut avoir l'air niaiseux », admet un membre de l'opposition.

Depuis des mois, l'opposition et le parti de la mairesse Parent, minoritaire, se déchirent. Il est notamment question des nominations sur les différentes commissions, comités et instances. Au final, même si l'opposition officielle a le plus grand nombre d'élus, elle ne détient aucun siège sur le comité exécutif ni sur le conseil d'agglomération.

Le chef de l'opposition Xavier Léger dénonce des « manoeuvres et des stratégies pour contourner le conseil municipal ». Il accuse le parti de la mairesse de faire passer ses décisions en utilisant les instances où son parti domine.

Dans une lettre adressée au ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, le 6 avril, M. Léger demande au gouvernement du Québec « d'intervenir le plus rapidement possible ».

L'opposition accuse la mairesse Parent d'« omettre de consulter le conseil sur certains éléments ou de garder au comité exécutif l'information sur certains projets importants ». Dans sa lettre, le parti Longueuil Citoyen affirme aussi que cette situation va à l'encontre de la loi 122 que le ministre Coiteux a fait récemment adopter.

La mairesse n'a pas souhaité faire de commentaire. Dans un courriel, son attachée de presse, Alexandra Bélisle, déclare : « Il n’y a pas de blocage au conseil, puisque plus de 90 % des résolutions sont adoptées à la majorité ou à l’unanimité. Toutes les décisions prises à ce jour respectent la compétence de chacune des instances. »

Que s'est-il passé?

Le 22 mars, la mairesse a fait entériner la convention collective des cols blancs de Longueuil lors du conseil d'agglomération (où elle est majoritaire) plutôt que lors du conseil municipal (où elle est minoritaire). C'est la première fois à Longueuil qu'une telle chose se produit.

« Au niveau de l’éthique et de la gouvernance, ça me pose de sérieux problèmes de conscience », s'est alors permis de déclarer le maire voisin de Saint-Bruno, Martin Murray, ajoutant que le conseil d'agglomération n'avait pas pour but de pallier les problèmes internes du conseil municipal.

Aucune orientation n'avait été préalablement présentée au conseil de Longueuil. Les élus de la ville n'avaient donc pas donné leur appui à cette entente de convention collective. « Nous nous questionnons à savoir si la loi permet d'outrepasser ainsi les compétences du conseil municipal, dit Xavier Léger. Une convention collective est une entente contractuelle et les effets financiers de celle-ci seront principalement assurés par les seuls contribuables de la ville de Longueuil, pas d'agglomération. »

La nomination des membres des commissions de l'agglomération a également fait l'objet de bisbilles. La mairesse Sylvie Parent a présenté aux élus de l'agglomération une liste de noms qui ne tenait pas compte de ceux déposés par l'opposition, lors du conseil municipal précédent. Les élus longueuillois n'avaient pas non plus donné leur avis préalable.

Les difficultés vécues au conseil municipal de Longueuil sont directement issues de l'élection chaudement disputée du 5 novembre 2017. Après un recomptage judiciaire, Sylvie Parent avait été élue mairesse avec 110 voix d'avance sur un total de 59 498 bulletins de vote. La candidate défaite Josée Latendresse avait en revanche vu son parti remporter deux fois plus de postes de conseillers que l'équipe de la mairesse.

Lors du plus récent conseil, la mairesse Parent a déclaré : « J'ai été élue au suffrage universel et j'ai reçu le mandat de diriger la ville avec mon comité exécutif. » Et s'adressant à l'opposition (toute masculine), elle a ajouté : « Messieurs, vous allez devoir l'accepter. Il nous reste 42 conseils à passer ensemble. »

« J'en appelle à la maturité des élus, déclare la seule conseillère indépendante de Longueuil, Nathalie Boisclair. En tant qu'élus, on s'est engagés à agir dans le meilleur intérêt des citoyens et actuellement, ce qu'on leur offre comme spectacle, ce n'est pas du tout à la hauteur. »

Le prochain conseil municipal de Longueuil aura lieu le 15 mai.

Avec la collaboration de Sarah Sanchez

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